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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 11:12
Bonjour !

Suite et fin du texte publié vendredi !
J'espère que ça vous plaira. :o)

Commencez bien la semaine !
@+


                                                                                                     2


           Elle était vraiment pourrie, ça oui. Quelques planches défoncées pour les murs, un peu de paille moisie pour le toit, un rideau miteux pour la porte, et voilà, le tour était joué. Je suis sûr que vous voyez le genre, quelque chose comme un cube de glace posé en plein désert sur la pointe d’un cure-dent. Le truc qui va s’écrouler d’une seconde à l’autre quoi. C’était pas franchement rassurant, surtout que le chat miaulait pour donner l’alerte et que le crâne rigolait de plus en plus fort. J’avais même l’impression que la fontaine faisait plus de bruits que d’habitude, façon castagnettes. J’ai pas trop compris ce qui m’arrivait, je me suis mis à devenir vert. Mais pas un vert moisissures, attention, j’ai du goût quand même. Nan, c’était un beau vert pomme, un vert sain et brillant, naturel, le type de vert qui vous fait penser que la nature c’est quand même un sacré truc. En fait je venais de me transformer en nature. Bon je vous dirai que ça a pas changé grand-chose pour moi finalement, à part que la sève c’est un peu plus épais que le sang et puis que ça sent meilleur, mais sinon, tout pareil qu’avant. Ah si, y a juste un truc qui était vachement mieux : ma queue était dure comme du bois pratiquement tout le temps.

            Donc je rentre dans la vieille bicoque. J’ai failli vomir quand j’ai touché le rideau. Il était en peau de vache, vous comprenez, et j’ai jamais pu sacquer les peaux de vache, c’est comme ça depuis que je suis gosse, ptet bien que ça vient d’un vieux traumatisme dont je me rappelle pas. J’en sais rien. En tous cas je pousse le rideau et je me retrouve à l’intérieur. Il faisait sacrément noir par rapport à dehors, on se serait cru dans le cul d’un babouin constipé. D’ailleurs l’odeur ressemblait pas mal aussi. Merde, qu’est-ce que ça puait là-dedans. Vraiment dégueulasse. Mais bon, ça me dérangeait pas vraiment, du fait que j’étais devenu une nature, vous comprenez.

            J’avais pas fait trois pas à l’intérieur qu’il y a eu une vraie tempête humaine, avec des ongles qui griffaient, des dents qui mordaient, des poings qui cognaient. Je me suis pris une sacrée trempe, mais je pouvais pas me laisser faire, question d’honneur. Alors j’ai sorti ma règle et j’ai dit à mon agresseur de mesurer son comportement. Il a pas voulu m’écouter et du coup je lui ai planté la règle droit dans la gorge, histoire de lui faire prendre la mesure de toute l’illusoire efficacité de la violence. Il a bien compris où je voulais en venir, parce qu’après il a entrepris de repeindre le sol dans une jolie couleur rouge. C’était quand même une activité plus convenable que d’agresser les honnêtes gens.

            J’ai continué mon chemin et finalement la cabane était bien plus grande qu’il y paraissait de prime abord. Y avait même une fenêtre et j’ai jeté un coup d’œil dehors. Le chat et le crâne étaient en grande conversation. Ils discutaient de la meilleure manière de préparer du pudding et ça m’a donné un sale rictus. Ouais, un rictus, parfaitement, comme qui dirait une crispation de la bouche due à l’exaspération, une grimace, mais en plus vicieux. Ils se prenaient pour des cuisiniers, ces deux sales intellos. Vraiment ridicule. Ri-di-cu-le. Toujours aussi marrant ce mot. Mais revenons-en à nos mouflons.

            Au fond du taudis, il y avait une grande fille-fleur. Elle était toute rabougrie, parce qu’elle avait pas vu le soleil depuis un bon moment et quand elle m’a vu arriver avec ma nature toute prête à lui donner sa sève, elle a crié de joie. J’étais un peu réticent, je savais pas trop, j’osais pas. Bah c’est vrai quoi, on peut jamais savoir sur qui on tombe. Et si elle avait préféré du saucisson dans ses cuisses de grenouille ? Au final j’ai pas tergiversé des heures, je l’ai sautée et j’ai ouvert la fenêtre derrière elle pour me tirer. Mais elle voulait pas me laisser partir, elle était pire qu’une pieuvre affamée, elle m’a chopé par la main et elle m’a jeté par terre. Je pouvais plus bouger, j’étouffais, et le bruit de la fontaine… bon dieu, il était tellement fort que je m’entendais même plus respirer. C’était la panique à bord, les rats de ma cervelle quittaient le navire, les femmes et les emmerdements d’abord. J’avais pas le choix, j’ai sauté.

            Voilà, ce qui s’est vraiment passé, monsieur le juge de touche. Alors maintenant ce serait quand même bien gentil de m’expliquer ce que je fais dans votre fontaine, alors que la mienne m’attend depuis des heures. Le chat doit crever la dalle, j’avais promis de lui donner mes doigts à bouffer. Et je vous parle même pas du crâne, il va me faire la fête quand je vais rentrer celui-là. Allez quoi, soyez chic, laissez-moi me barrer. »

            Il se tut et il y eut un interminable silence dans la salle d’audience. Le premier applaudissement éclata très loin vers le fond, timide, puis d’autres s’y joignirent très rapidement. En l’espace de dix secondes, tout le public fut debout, revenu de sa stupeur, hilare, applaudissant à tout rompre. Le juge poussa un profond soupir, un début de migraine pulsant entre ses tempes. Il exerçait son métier depuis vingt bonnes années, mais il n’était encore jamais tombé sur un taré pareil. Une tentative de cambriolage sur une maison trop bien sécurisée, ça il pouvait le comprendre. Même le fait de se tourner vers la maison voisine, de tuer le propriétaire, puis de violer sa femme et de la tuer aussi, même ça il pouvait aussi le comprendre. Mais le charabia que venait de débiter ce type… Ca défiait l’imagination et il n’avait même pas le courage de calmer le public, conscient qu’il aurait eu la même réaction s’il n’avait pas eu la lourde tâche de juger ce cinglé.

            Dans le box des accusés, l’homme-nature souriait avec une pointe de timidité, ne saisissant pas tout à fait la réaction des gens. Mais si l’expression de la vérité les mettait tellement en joie, il ne pouvait pas vraiment les en blâmer. C’était une chose si rare que la vérité nue, bien posée à plat sur une table pour être disséquée. Un spectacle au moins aussi grandiose que le soleil se couchant sur un monde noir et blanc où les hommes ne seraient que des pions. Echec et mat, songeait l’homme-nature avec amusement, ri-di-cu-le.  

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 27/02/2009 11:08

mais c'est GENIAL !!! les expressions les comparaisons et le retournement qui nous met une claque, c'est absolument jouissif, décapant, ahurrissant ENCORE ! il me faut ma dose !! c'est une vraie drogue

Anaïs 09/02/2009 14:12

Ce serait dangereux... Mais pourquoi pas ? J'y penserai à l'avenir et au pire Anne m'accueillera dans son service... ;o)

Alex 08/02/2009 11:49

Ben je dirais alors dans ce cas : ARRETE DE TE CONTROLER et laisse ton cerveau partir en cacahuete !! ;)

Anaïs 04/02/2009 14:08

Merci beaucoup pour vos commentaires ! Ca me fait super plaisir de savoir qu'un texte aussi bizarre fonctionne quand même auprès des lecteurs. Eh oui, moi aussi je le trouve bizarre. lol Mais je ne peux pas me renier moi-même. ;o) J'ai écrit ça sans réfléchir, plus ou moins en écriture automatique, et vous voyez donc ce qui sort de mon cerveau malade quand je ne me surveille pas. lol
Contente que ça vous ait plu en tous cas ! :o)

Einsam 31/01/2009 23:36

Je savais que le n'importe quoi avait quelque chose d'artistique, qu'on pouvait faire de l'art avec du n'importe quoi, mais qu'un tel récit aussi illogique et décousu et cependant pouvu de sa logique propre (comme toute chose je crois... ^^) soit aussi sympa, étrange au premier abord quoique non sans faire sourire, en plus de cette façon simplissime mais logique (et fallait y penser) de retomber sur ses pattes (un peu comme le chat dont il est fait mention à plusieurs reprises ^^), tout ça, c'est tout simplement éblouissant, excellent !!
En bref : j'en redemande !!!! ^^

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