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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 11:55

Hi !

Je sais, ça fait un bail que j'ai rien posté, désolée, désolée, mea culpa, mea maxima culpa. ;o)

Pour me faire pardonner, voilà un petit texte qui date de 2007. C'est un délire total, une espèce d'improvisation saugrenue à la fin de laquelle j'ai essayé de retomber sur mes pieds du mieux que j'ai pu. A vous de juger si j'ai réussi ou pas. Le texte est court, en deux parties, je posterai la suite lundi.

En attendant, bon week-end et bonne lecture ! :o)
@+


                                                                                                 1


« Il y avait une fontaine d’ossements surmontée d’un crâne aux orbites flamboyantes. Du ciel tombait une poudre bleue délicate qui faisait de chaque objet une écume étrange sur le monde. C’était un endroit curieux, à part, posé là comme pour l’éternité, avec juste ce qu’il fallait de sinistre pour vous flanquer la frousse. Et cet endroit, c’était chez moi dans un sens.

            J’aimais bien me tenir sur la margelle de la fontaine et observer le lent écoulement du temps. Ca me plaisait ce chuintement indistinct et douloureux, inévitable, inéluctable. Ainsi va la vie, comme aurait dit le tenancier. C’était curieux d’être là, sans aucun bruit autour, sans personne, avec simplement le chat qui me fixait de ses yeux jaunes et le soleil qui trouait le ciel comme un clou. Je me sentais seul et en même temps j’étais pas vraiment là, donc pas vraiment seul, pas vraiment en vie. Je n’étais pas vraiment.

            Il y avait deux choses que j’aimais vraiment bien en ce temps-là. M’asseoir sur la place, les jambes en tailleur, recroquevillé sur moi-même jusqu’à avoir mal au dos, puis m’allonger lentement et m’offrir à la caresse du soleil comme une fleur qui ouvre ses pétales. L’autre chose était un peu plus spéciale, si vous voyez ce que je veux dire, c’était plus personnel. En fait ça consistait à me masturber en regardant le crâne dans les yeux. Ca m’excitait ce regard vide et brûlant, ça me faisait bander ferme et à tous les coups je jouissais. Proprement. Dignement. Comme l’homme que j’étais pas.

            Je me suis toujours demandé comment j’avais pu atterrir dans un endroit pareil, comment j’avais pu me perdre à ce point dans ma grande quête de l’univers, mais finalement c’est pas vraiment important. J’y étais, ou plutôt je n’y étais pas. Et ça, ça m’excitait carrément. Je veux dire par là que ça n’agissait pas seulement sur ma queue, je le sentais dans mon cerveau aussi, dans cette masse de nerfs entre mes tempes qui palpitait de pensées dérisoires et absurdes. Là aussi ça agissait, ça fluidifiait, tout devenait plus rapide, plus pressé, et plus évident. Une sensation physique dans cette cervelle qui n’abritait pas un esprit réel, une putain de jouissance.

            Après la fontaine, il y avait le château, façon carton-pâte. Une espèce de truc de dingue, immense, avec plein de donjons et de créneaux qui se découpaient en noir sur le bleu du ciel, comme si on les avait soulignés à l’encre de chine. La demeure formait un contraste frappant avec la masure juste en face, basse, décrépie, prête à s’écrouler, qui paraissait se recroqueviller dans son ombre comme par crainte de prendre un coup de soleil ou de sembler un peu plus accueillante. J’aurais pas voulu habiter là-dedans, je préférais encore dormir dehors, même si je n’étais plus tout à fait sûr d’avoir dormi un jour. Le crâne me regardait de toutes ses dents et ricanait d’un air stupide. Mais j’avais beau l’insulter, il refusait de réagir. Salaud.

            J’ai essayé de rentrer dans le château, comme ça, juste pour voir. En fin de compte j’ai même pas réussi à passer la porte et j’ai vite renoncé tandis que le crâne se foutait de moi. C’est con à dire, mais j’avais oublié qu’on ne peut pas rentrer à l’intérieur d’un dessin. J’aurais dû savoir pourtant qu’il fallait que ce soit une peinture, ou au moins une photo, que c’était logique en fait, que c’était ça les règles du monde, mais j’avais imaginé que je pouvais. J’ai conscience de ce qu’on va m’objecter. Imaginer ? Pff, personne n’imagine plus de nos jours. Pourquoi pas manger du chocolat ou sauter en parachute pendant qu’on y est ? N’importe quoi. Ouais, peut-être, mais moi je sais ce qui s’est passé à l’intérieur de mon crâne. Je l’ai imaginé et je n’en démordrai pas.

            Tout le monde m’a traité de fou quand je suis revenu de ma tentative, enfin… surtout le chat en fait. Assis sur son postérieur de chat, il a froncé son nez de chat et m’a toisé avec tout son mépris de chat. « Vous êtes complètement toc toc, monsieur » a-t-il miaulé à mon intention. J’ai haussé les épaules et il a laissé tomber. Il est allé se coucher sur la margelle de la fontaine, au chaud, et il n’a plus jamais ouvert sa petite gueule de chat pour me parler. Il faut dire aussi que les chats ne sont pas des animaux très bavards avec les humains.

            Quand j’ai compris que je rentrerais pas dans le château, j’ai tenté le coup du côté de la masure. En fait j’avais pas tellement envie d’aller voir à l’intérieur, mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, on ne se refait pas. Les humains, c’est comme ça. Ils préfèrent encore s’enterrer au fond d’un trou que construire une fourmilière. C’était quelque chose dans mon bide qui me poussait à me bouger et à faire un truc plutôt que de rester là à fixer le crâne. Lui, il continuait à rigoler de toutes ses dents. Honnêtement je le trouvais de plus en plus moche et je suis sûr que vous auriez été d’accord avec moi si vous l’aviez vu en train de ricaner bêtement sous le soleil. Ri-di-cu-le. Tiens, il est marrant ce mot, chaque son de chaque syllabe pourrait correspondre à un autre mot. J’avais jamais fait gaffe. Où j’en étais ? Ah oui, la baraque. [...]

 

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 27/02/2009 11:00

que de variations ! j'adore ! pluzen particulier (que le reste que j'adore ;-)) l'écume du début, la description de la jouissance cérébrale, le coup du chocolat/parachute;-), l'expression s'enterrer plutôt que de construire une fourmillière !, toutes ces réflexions/ perceptions curieuses ganz crazy délectables ah oui et bien sûr le fait de devoir entrer dans une peinture, le chateau de fou et tout et je préfère te lire que te commenter alors :-P

Anaïs 04/02/2009 14:15

Coooooool que ça te plaise ! Je suis toujours contente d'avoir de nouvelles opinions, alors n'hésite à continuer à commenter abondamment ! ;o))

Sarah 24/01/2009 17:00

Comme promis je me lance dans une longue lecture de tout les petits textes qui sont posté ici. En un (un et demi en faite) mot : J'aime !
J'aime la simplicité complexe du texte. On navigue entre le morbide, l'oser, et sans s'éloigner du fantastique et tout les trucs du genre. J'adore ça.

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