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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 08:53

Bonjour !

Un peu de lecture pour bien commencer la semaine... ;o)

Bonne journée !
@+



                                                                                          9


            - Allons ! reprit soudain Crochet. Seriez-vous en train de changer d’avis sur votre généreux dévouement à notre cause ? Le Prince a gentiment minimisé les risques lorsqu’il vous a présenté la situation, n’est-ce pas ? Oui, vous pouvez mourir. Mais il n’est pas encore trop tard pour changer d’avis. Vous savez que je ne peux rien vous refuser vu ce que vous êtes capable de me faire. Un mot de vous et je rouvre le passage vers votre monde.

            Je levai les yeux vers lui. Il était parfaitement sérieux. Il se pencha légèrement en avant, plongea ses yeux bleus intenses au plus profond des miens.

            - C’est maintenant ou jamais, ma chère. La décision vous appartient et je pense qu’il est inutile que je vous parle de conséquences. Après tout c’est votre vie que vous jouez. Choisissez.

            Je secouai la tête avec détresse, mais il se contenta de m’envoyer un sourire implacable. Nerveuse, je m’approchai du baquet d’eau qui n’avait pas bougé depuis notre arrivée. Je me penchai dessus et vis bientôt le reflet de Crochet apparaître à côté du mien.

            - Ce n’est pas là que vous trouverez la réponse, chuchota-t-il à mon oreille.

            Je fixai ses yeux dans l’eau.

            - Vous le feriez vraiment ? murmurai-je. Vous me renverriez chez moi sans rien me demander de plus ?

            - Bien sûr. Je tiens à mes vieux os.

            J’eus un mouvement agacé devant son ton sarcastique.

            - Et si je n’étais pas capable de vous faire le moindre mal ?

            Il parut surpris.

            - Et si je ne pouvais pas vous y obliger ? insistai-je. Après tout je n’ai rien demandé, c’est vous qui me faîtes soudain cette proposition. Je ne comprends même pas pourquoi vous faîtes ça et je vous assure que je n’ai aucune envie de vous y obliger. Je n’ai pris aucun plaisir à ce qui s’est passé avant…

            Il ne répondait toujours pas.

            - Et si je ne pouvais pas vous y obliger ? répétai-je encore.

            Il eut un haussement d’épaules.

            - Je suppose que je vous ferai la même proposition, fit-il enfin. Il me semble qu’Outroupistache a précisé que vous deviez être parfaitement volontaire. Le Prince n’a qu’une vague notion de ce qu’est la liberté, j’en ai peur.

            Je cessai de fixer l’eau pour poser les yeux sur l’original du reflet qui me fascinait tant. Il y avait quelque chose comme de la méfiance dans son expression.

            - Vous me laisseriez partir sans même une menace ?

            Il eut un sourire presque gêné, comme si notre proximité le mettait mal à l’aise.

            - Ma foi, oui, lâcha-t-il enfin.

            Je lui rendis son sourire.

            - Alors je reste.

            Nonobstant son froncement de sourcils étonné, je m’éloignai de lui et brandis soudain mon épée, fendant l’air devant moi comme un enfant maladroit.

            - J’espère que vous saurez vous montrer plus patient que ce vous avez déjà laissé voir, lançai-je joyeusement, ou je vais vous rendre fou en moins d’une heure !

            Il secoua la tête avec un sourire amusé et je crus voir quelque chose comme de la chaleur traverser ses yeux de glace tandis qu’il tirait sa propre épée.


             La leçon que je pris avec la Capitaine Crochet dura environ deux heures. Il commença par m’apprendre quelques mouvements d’épée très simples, la base d’une défense réussie d’après lui. Il me fit répéter plusieurs centaines de fois les mêmes gestes jusqu’à ce que je réclame merci, n’en pouvant plus. Mon bras était tellement endolori que je songeai que j’aurais désormais le plus grand mal à me défendre même si les parades étaient gravées dans mon esprit. Je n’avais plus de force. Je me laissai tomber dans un fauteuil, soupirant, essuyant la transpiration sur mon front. Tout en soulignant le biais de ces leçons lié au fait qu’il était gaucher contrairement à la plupart des épéistes, Crochet me servit un verre de vin et me le tendit presque gentiment.

            - Mais vous ne vous débrouillez pas trop mal, ajouta-t-il, vous devriez vous en sortir.

            Je le remerciai ironiquement pour ces paroles très rassurantes et parvins même à lui arracher un sourire. Cependant il ne m’accorda qu’une brève pause. Abandonnant l’épée, il m’apprit à recharger les pistolets que m’avait donnés le Prince, puis me montra comment tirer le plus efficacement possible. Je l’écoutai avec attention, comprenant bien que ce qu’il m’enseignait pouvait me sauver la vie, mais j’avais le plus grand mal à me concentrer lorsqu’il se tenait tout près de moi pour me montrer quelque chose, les narines emplies de son odeur, mélange de vin, de tabac, et d’une note subtile de parfum. J’aurais voulu m’ennivrer de cette odeur si forte et si masculine, j’aurais voulu glisser mon visage contre son cou pour la respirer à pleins poumons.

            Il parut se rendre compte de l’effet que sa proximité avait sur moi, car il s’éloigna brusquement pour disposer une cible à l’autre bout de la pièce. Il choisit d’abord un livre à la couverture rouge bien visible, mais je protestai.

            - Je refuse de tirer sur un livre ! m’exclamai-je. Autant aller tirer sur un des réfugiés dehors !

            Il eut un sourire amusé.

            - Ce n’est pas faux, concéda-t-il.

            Et il mit une petite cruche en argent à la place du livre, avant de revenir se placer près de moi. La consigne était simple : viser la cruche, recharger mon pistolet le plus vite possible après avoir tiré et viser à nouveau la cruche si je l’avais ratée. Je pris une profonde inspiration, tentai de me souvenir des stands de tir dans les foires, exercice dans lequel j’avais toujours excellé, et tendis le bras devant moi, pointant le canon de mon arme vers ma cible. Crochet me laissa faire, m’observant froidement, les bras croisés.

            Je voulus oublier sa présence, me souvins brusquement du pouvoir de ma pensée sur lui et perdis aussitôt tous mes moyens. Mon bras retomba mollement le long de mon corps.

            - Qu’est-ce qu’il y a ? demanda le pirate avec un froncement de sourcils.

            Je secouai la tête sans répondre, m’obligeai à me concentrer et visai à nouveau. Mon pouce abaissa le chien. Je bloquai ma respiration, laissai mon esprit courir le long de mon bras jusqu’à en faire un prolongement de ma volonté, faisant glisser celle-ci sur l’arme elle-même. Je tirai. La cruche décolla de la table, projetée à travers le hublot. Sans y prendre garde, nonobstant également l’âcre odeur de poudre qui m’empêchait de respirer, je rechargeai le pistolet aussi vite que je le pus. Quelques secondes plus tard je le pointai à nouveau au même endroit, mais il n’y avait plus de cible. Je m’autorisai à me relâcher, plutôt satisfaite de ma prestation. Je me tournai vers Crochet avec un sourire.

            Ma joie s’envola en découvrant son expression. Ses yeux bleus glacés me fixaient intensément, un de ses sourcils curieusement levé, ses lèvres pincées, sa tête légèrement penchée sur le côté. Il décroisa lentement les bras et j’eus un mouvement de recul involontaire, ramenant le pistolet vers moi. Il tapota son crochet contre ses lèvres et m’offrit finalement un sourire froid.

            - Vous auriez pu me dire que vous étiez déjà familière des armes à feu, énonça-t-il sèchement.

            Je le dévisageai avec stupéfaction.

            - Vous plaisantez ? rétorquai-je naïvement. C’est la première fois de ma vie que j’en tiens une ! Enfin… disons à part les fausses de la foire…

            Il ne parut pas saisir le sens de cette dernière remarque, mais haussa les épaules.

            - Dans ce cas il semblerait que vous soyez naturellement douée pour ce genre de choses, je n’ai rien de plus à vous apprendre.

            Je rougis sous ce compliment qui n’en était pas réellement un dans sa bouche.

            - Merci, murmurai-je.

            Il ne répondit pas et je le vis commencer à défaire les liens qui fermaient le devant de sa chemise. Ce fut à mon tour de hausser un sourcil.

            - Allez prévenir le Prince que vous êtes prête, me lança-t-il par-dessus son épaule. Je me change et je vous rejoins sur le pont.

            Je n’en avais aucune envie, mais je m’apprêtai à lui obéir. Arrivée à la porte, je ne pus m’empêcher de me retourner. Il avait ôté sa chemise, dévoilant un dos et des épaules bronzés et musclés dont toute une partie disparaissait sous un attirail de cuir et de métal qui lui permettait de maintenir son crochet au bout de son bras diminué. Sentant que j’étais toujours là il se retourna à demi, me lançant un regard glacé. Je rougis, dévorai d’un coup d’œil la délicieuse image de son torse nu et sortis.

 

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Anaïs 19/09/2008 14:13

Mon double imaginaire manie très bien les armes. Il sait faire plein de trucs ce double, c'est bien pratique. ;o) Et si en plus il peut séduire de beaux mecs ténébreux, pourquoi s'en priver ? :mrgreen:

Anntoria 19/09/2008 10:11

Apparemment tu manies aussi bien les armes que les descriptions alléchantes...

Dharmakylune 18/09/2008 12:36

quel corps à corps, quels yeux !!!
dévastateur et si tenta"teurs" :-)

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