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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 10:43
Bonne journée !
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                                                                                        10

            Pendant quelques secondes je fus à nouveau happée par l’extraordinaire déploiement de créatures imaginaires que j’avais sous les yeux. Malgré moi mon regard fut attiré par un petit dragon lové sur un tonneau, ses ailes repliées autour de son corps comme pour se protéger. Ses écailles étaient d’une couleur grisâtre, terne et maladive, et certaines se détachaient de son corps, tombant jusqu’au sol comme des feuilles mortes. Un léger filet de fumée s’échappait de ses naseaux tandis qu’il respirait péniblement. Soudain un frémissement parcourut son corps, il tenta de se redresser dans un grognement à peine audible, puis retomba, comme foudroyé. Il me fallut quelques secondes pour comprendre qu’il était mort. J’avais de plus en plus de mal à distinguer sa forme et j’avais beau me frotter les yeux le cadavre était de plus en plus flou. Je me rendis soudain compte que je fixai le vide. Le dragon avait disparu.

            Quelque chose en moi s’assombrit lentement comme je faisais ce constat amer. Je promenai un regard triste sur la foule qui avait envahi le pont, ayant l’impression de contempler l’antichambre d’un cimetière. Une idée me traversa soudain et je fermai les yeux, me concentrant au maximum. Je croyais en leur existence, tous, je croyais qu’ils existaient, j’y croyais, j’y croyais, j’y croyais. Ils ne pouvaient pas mourir, ils ne pouvaient pas disparaître, je croyais en eux, je savais qu’ils étaient bien réels, j’y croyais. Je me répétai cela dix fois, cent fois, mille fois et rouvris les yeux.

            Rien n’avait changé si ce n’est que tous les regards s’étaient tournés vers moi. Je pris la couleur d’un caméléon marchant sur une tomate et déglutis. Je devais trouver le Prince. Ne sachant trop à qui demander, j’entrepris de descendre l’escalier qui séparait la cabine de Crochet du reste du pont. Arrivée au bas des marches, je dus m’arrêter, une créature à peine plus grande que mon pouce ayant attrapé mon pantalon.

            - Merci de nous aider, murmura le petit être.

            Je rougis encore plus et esquissai un sourire.

            - Mais de rien… Tom Pouce…

            Le petit être, jusque là relativement apathique, poussa un cri de joie et se mit à battre des mains.

            - Vous savez qui je suis ! s’écria-t-il.

            Il se tourna vers une jeune fille cachée sous une peau d’âne près de lui et se mit à lui donner de petits coups pour attirer son attention.

            - Elle sait qui je suis ! exultait-il. On se souvient encore de moi !

            La jeune fille se contenta d’écarter Tom Pouce avec un vague grognement et se recroquevilla sur elle-même, semblant chercher le sommeil. Mais cela ne suffit pas à entamer la bonne humeur du petit être. Je profitai de l’occasion.

            - Excusez-moi, demandai-je timidement. Est-ce que vous savez où je peux trouver le Prince ?

            - Bien sûr ! me répondit la petite voix aiguë. Il est avec ses princesses, elles sont toutes en bas, dans le réfectoire des pirates ! Il n’y avait plus de place ailleurs ! Je vous y conduis si vous voulez ! 

            Je le remerciai, le saisis avec précaution et le posai sur mon épaule. Il me donna quelques indications et je me dirigeai vers une écoutille, traversant prudemment la foule, devant me concentrer à chaque pas pour ne pas marcher sur quelqu’un. Pendant ce temps le minuscule bonhomme parlait sans arrêt à mon oreille, semblant positivement ravi. Je n’écoutai que distraitement ce qu’il me disait. La situation avait pris un tour qui me faisait dangeureusement douter de sa réalité et je devais dévider dans mon esprit tout un tas d’arguments pour me convaincre que tout ceci était bien en train d’arriver. Croire semble être la chose la plus simple du monde, mais je découvris alors que cela pouvait devenir un véritable défi. Croire est quasiment quelque chose de physique et il est très difficile de transformer des arguments purement mentaux en une sensation physique. Mais le léger poids de Tom Pouce sur mon épaule parvenait encore à m’ancrer suffisamment dans cette réalité. J’y croyais.

            Je descendis prudemment l’escalier de bois qui menait à l’entrepont, mais j’eus beau faire attention je fus surprise par le changement de luminosité et faillis rater la dernière marche. Tom Pouce fut brusquement secoué et son premier réflexe fut de s’accrocher à mes boucles d’oreille. Je ne pus retenir un cri de douleur. Je me rattrapai à la paroi de bois et cherchai aussitôt à ôter le petit être de mon épaule. Il se retrouva assis dans ma main, un anneau dans les bras, l’air à la fois ahuri et désolé. Je portai les doigts à mon oreille et sentis quelque chose d’humide. Un coup d’œil et je pus constater qu’il s’agissait de sang. Je grimaçai.

            - Je suis désolé ! fit précipitament Tom Pouce. Je suis désolé ! Je suis désolé !

            Je l’observai. Il semblait terrifié par ce qu’il avait fait et je pris lentement conscience qu’il avait peur de ma réaction. Je lui offris un sourire rassurant.

            - Ce n’est rien, répondis-je. Au contraire, vous venez de m’aider à résoudre un petit conflit intérieur. S’il y a quelque chose à quoi on n’a pas de mal à croire, c’est bien la douleur…

            Il ne parut pas comprendre, mais m’adressa un sourire timide avant de me tendre mon anneau. Je le pris et le glissai dans ma poche. Mon oreille surchauffait et je n’avais aucune envie de la martyriser encore plus en essayant de remettre la boucle. Je laissai le sang couler, espérant qu’il s’arrêterait rapidement, et Tom et moi reprîmes notre route à travers les coursives. Nous arrivâmes bientôt devant une porte basse que je poussai sans songer à toquer.

            La pièce dans laquelle nous entrâmes était toute en longueur, occupée par des rangées de tables et des bancs. Pour le moment ce n’était pas des pirates qui y étaient assis, mais plusieurs dizaines de jeunes femmes, toutes plus belles les une que les autres, semblant plus ou moins malades. Le Prince se trouvait au milieu d’elles, allant de l’une à l’autre, offrant une caresse, une parole de réconfort, un baiser. Il semblait parfaitement à l’aise au milieu de cet étrange harem, mais les princesses échangeaient entre elles des regards haineux et jaloux. Pendant quelques secondes, je me demandai si j’avais réellement affaire au prince charmant ou à Don Juan. Mais le Prince se tourna soudain dans ma direction. Il parut surpris de me voir, puis me sourit. Sans consteste ce sourire-là était charmant.

            Il fit encore une fois le tour de toutes ses promises et me rejoignit avant de prendre mon bras et de m’entraîner hors de la pièce. Je lui répétai les quelques mots dont m’avait chargée Crochet et il approuva d’un hochement de tête. Arrivé devant l’écoutille il s’arrêta et me sourit à nouveau.

            - Tout se passera bien, vous verrez, dit-il avec douceur.

            Je lui rendis son sourire.

            - J’en suis sûre, répondis-je. J’ai confiance en vous pour me protéger, et dans le Capitaine Crochet…

            Son sourire se figea à ces derniers mots et j’en éprouvai une certaine satisfaction. Il y avait un peu trop de condescendance à mon goût dans son attitude protectrice. Cependant il se maîtrisait déjà et d’un geste élégant m’invitait à passer en première. Je grimpai les quelques marches et nous nous retrouvâmes à l’extérieur. Je libérai Tom Pouce qui me souhaita bonne chance, avant de filer rejoindre quelqu’un dont je ne compris pas le nom. De loin je vis la silhouette de Crochet debout devant la porte de sa cabine. Il échangeait quelques mots avec Mouche tout en fixant la direction de l’île. Je suivis le Prince pour les rejoindre.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Anaïs 19/09/2008 14:11

Ca n'a jamais été mon truc les princes charmants... ;o)
Cool que le caméléon tomate vous plaise, j'avais peur que ce soit un peu too much ! :o)

Anntoria 19/09/2008 10:22

Idem pour le caméléon tomate, c'est excellent !!
J'attendais depuis longtemps que tu affiches ton dédain pour le Prince lol Tout était là pour le rendre insupportable à tes yeux :-)

Dharmakylune 18/09/2008 12:44

aaaaaaaaah jamais un dragon n'aurait pu périr sous mes yeux, j'y crois trop ! j'ai beaucoup aimé le coup du caméléon tomate ;-) et la boucle d'oreille douloureuse pour la bonne cause ! tout est si attrayant et émouvant et charmant comme un certain sourire BRAVO on s'extasie et réjouit !

Dharmakylune 18/09/2008 12:44

aaaaaaaaah jamais un dragon n'aurait pu périr sous mes yeux, j'y crois trop ! j'ai beaucoup aimé le coup du caméléon tomate ;-) et la boucle d'oreille douloureuse pour la bonne cause ! tout est si attrayant et émouvant et charmant comme un certain sourire BRAVO on s'extasie et réjouit !

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