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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 10:19
Bonne journée !
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                                                                                            7

            Crochet se tut, finit son verre de vin et entreprit d’allumer un étrange fume-cigares à deux branches qui permettait de fumer deux cigares en même temps. A travers la fumée grisâtre ses yeux d’un bleu d’acier ne me quittaient pas, mais je m’en rendais à peine compte. J’étais totalement dépassée par la situation. Je finis par me prendre la tête dans les mains, essayant de remettre de l’ordre dans mes pensées. Blanche-Neige, la Belle au bois dormant, Outroupistache, Boucle d’Or… ? C’était beaucoup trop en une fois. Je ne pouvais pas y croire. Je m’étais à peine formulé cette pensée qu’un gémissement étouffé me fit redresser la tête.

            Crochet avait porté la main à son cœur, ses traits crispés par la douleur. Je me levai d’un bond, prête à appeler à l’aide, mais il me fit signe de ne pas bouger. Il prit une profonde inspiration et obligea son visage à se détendre. Il poussa un long soupir, respira à nouveau à fond, parut se décrisper lentement.

            - Rasseyez-vous, me lança-t-il d’un ton froid.

            Je ne pus rien faire d’autre qu’obéir, n’osant même pas lui demander s’il se sentait mieux. Il porta son fume-cigare à ses lèvres d’une main légèrement tremblante et me lança un regard suspicieux à travers le brouillard qui s’échappait de son nez.

            - Laissez-moi deviner, murmura-t-il. Vous vous êtes dit que tout ceci était incroyable…

            Je compris brusquement. C’était moi, moi qui avais causé cette brutale douleur en refusant d’y croire. Quel pouvoir avais-je donc… Quelle responsabilité…

            - Je suis désolée, parvins-je à articuler. J’ai un peu de mal, c’est vrai. Mais je vous promets que je fais un effort.

            Il eut un sourire menaçant.

            - J’espère pour vous, répliqua-t-il durement.

            Je fronçai les sourcils. Pourquoi devais-je subir une telle méchanceté ? Après tout on avait besoin de moi, j’avais bien le droit d’exiger un minimum de politesse.

            - J’aimerais que vous me parliez sur un autre ton, fis-je timidement.

            Le pirate ricana.

            - Vraiment ? Et que ferez-vous si je ne change pas de ton ?

            Il ne s’y attendait vraiment pas et mon attaque fut d’autant plus cruelle. Je le fixai d’un air mauvais et me concentrai. « Le capitaine Crochet n’existe pas ! », pensai-je. Et je me mis à me répéter cette phrase de plus en plus vite, comme un leitmotiv infernal. Je vis les yeux du pirate s’exorbiter de rage et de douleur et prendre cette affreuse couleur rouge sang. Il se leva brusquement et  voulut se jeter sur moi, mais je m’écartai d’un bond et brandis mon arme à haute voix.

            - Vous n’existez pas ! lui lançai-je avec un mélange de terreur et de cruauté. Vous n’existez pas ! Je ne crois pas en vous ! Vous n’existez pas !

            Moins que les mots en eux-mêmes c’était ce qu’ils suscitaient en moi qui devait l’atteindre, car je commençais réellement à me convaincre qu’il n’existait pas et que tout ceci n’était qu’un rêve. Le pirate se mit à tituber, puis tomba à genoux, plié en deux par la douleur, haletant, tremblant, son crochet labourant convulsivement le plancher de bois. Horrifiée par ce que j’étais en train de faire, mais incapable de m’arrêter, je me mis à reculer avec terreur. Crochet roula sur le sol, recroquevillé sur le côté, ses bras enserrant ses côtes comme pour contenir la douleur, gémissant. Je voulais m’arrêter, mais quelque chose d’affreux s’était emballé en moi et je n’arrivais plus à retenir ma langue.

            Ce fut une bouteille vide qui sauva le Capitaine Crochet. Reculant sans regarder, je glissai dessus et tombai brutalement sur le dos. La chute me coupa le souffle et arracha ma pensée à sa course infernale. Je me redressai péniblement, geignant. Je m’aperçus alors que Crochet ne bougeait plus. Je n’eus même pas le courage de me mettre debout. A quatre pattes, je rampai jusqu’à lui, les yeux déjà plein de larmes à l’idée de ce que j’avais fait. D’une main tremblante, je le fis rouler sur le dos.

            Un mince filet de sang avait coulé du coin de ses lèvres, il était blême, le visage défait. J’avais porté la main à ma bouche, horrifiée, envahie par la culpabilité, lorsqu’il ouvrit soudain les yeux. Son regard si perçant était totalement brouillé, mais il me reconnut tout de même. Il eut un sourire indéfinissable, dénué de la moindre arrogance, de la moindre peur, de la moindre supplication, un sourire étrange tout à la fois assuré et vulnérable.

            - On dirait que je vous ai sousestimée…, murmura-t-il.

            Je secouai la tête.

            - Je suis désolée, balbutiai-je. Je ne voulais pas… Je… Comment vous sentez-vous ?

            Sa main tâta son ventre.

            - Beaucoup mieux, répondit-il ironiquement. Je vous remercie.

            - Je suis tellement désolée, gémis-je encore. Vous… Je voulais simplement que vous vous adressiez autrement à moi…

            Il eut un rire bref, sec.

            - J’ai parfaitement saisi le message, rassurez-vous, rétorqua-t-il. Inutile de revenir sur la démonstration de vos capacités…

            Il se redressa prudemment et je m’écartai.

            - Pourriez-vous m’aider à me relever ? demanda-t-il d’un ton glacé. Je n’ai aucune envie que le Prince me voit dans cette position.

            J’acquiesçai vivement et lui tendis la main. Il eut un sourire et me tendit en réponse son crochet. J’hésitai un instant, puis saisit le morceau de métal et tirai. Une fois debout, le pirate tituba jusqu’à son fauteuil et s’y laissa tomber avec un profond soupir. Il semblait totalement épuisé, mais ne paraissait plus ressentir la moindre douleur. Je ramassai son fume-cigare et lui donnai timidement. Il l’accepta d’un air impassible et le ralluma après avoir essuyé le sang qui avait coulé de sa bouche. J’allais reprendre la parole, lorsque la porte de la cabine s’ouvrit brusquement.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 17/09/2008 16:22

ça décroche !!!!!!!!!!! et qu'est ce qu'on s'accroche !!!

Anntoria 13/09/2008 10:58

Excellent ce pouvoir !!

Anaïs 13/09/2008 10:17

Merci beaucoup pour ce commentaire, Einsam ! :o)
Ca me fait très plaisir que tu apprécies mon texte. J'espère que la suite ne te décevra pas. ;o)

Einsam 12/09/2008 15:16

Woao ! quelle suite de plus en plus époustouflante ! Tu mélanges magistralement tous les univers des différents contes de fées (même si j'avoue que, si je n'avais fait une petite traduction du résumé "Sherlock Holmes et les 7 nains", film allemand dans lequel apparaît Oustroupistache que j'ai de prime abord découvert sous le nom de nain Tracassin, j'aurais peut-être un peu ramé mais bon ^^) et ce, sans oublier de te donner le beau rôle sans cependant laisser paraître aucune trace d'orgueil ou d'égoïsme. Cela laisse rêveur, car on s'identifie très bien à ton personnage fasciné par le capitaine Crochet.
Il ne me reste plus qu'à réclamer LASUITE LA SUTIE LA SUITE OUAAAAAAAAAIIIIIIIIISSSSS !!!!!!!! mdr

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