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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 12:15
Bon après-midi avec un peu de lecture ! ;o)
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                                                                                                  4


              Hébétée, je faillis tomber en arrière, mais un bras musclé me rattrappa. J’ouvris les yeux. Crochet était penché sur moi, m’examinant rapidement. Voyant que je revenais à moi, il me fit me redresser rudement. Il écarta les bras, désignant l’ensemble de la pièce dans laquelle nous nous trouvions.

            - Bienvenu sur le Jolly Roger, ma chère ! s’exclama-t-il avec une nuance de moquerie dans la voix.

            Puis il alla se servir un verre, cessant de s’occuper de moi. Je jetai un large regard autour de moi. D’après mes souvenirs du livre de Barrie, le Jolly Roger était le navire de Crochet et cet endroit devait être sa cabine, à savoir un ensemble sombre et disparate de meubles en tous genres, de bibelots indescriptibles, d’armes dont toute une rangée de crochets différents suspendus sur une paroi, de vêtements, et à ma grande surprise de livres. Quant à la « porte » qui semblait nous avoir relié à la réalité, elle était simplement constituée d’une large bassine remplie d’eau et de brouillard pour le moment.

            Tandis que Crochet avalait un verre d’un trait, je me mis à fixer l’eau avec impatience, très mal à l’aise d’être seule avec lui.

            - Ils en mettent du temps ! grommelai-je au bout d’un moment.

            Le pirate eut un rire qui ressemblait au feulement d’un tigre.

            - Avez-vous déjà essayé de faire rentrer un cheval dans une baignoire ? répliqua-t-il sarcastiquement. Le Prince est indissociable de son cheval, que voulez-vous. Ventrebleu, une chose aussi stupide est-elle croyable ? Si ça ne tenait qu’à moi ce Prince aurait déjà les tripes à l’air et son cheval serait en train de tourner sur une broche !

            Il perdit soudain son air moqueur, s’assombrissant d’une manière effrayante.

            - Si ça ne tenait qu’à moi…, répéta-t-il dans un grondement.

            Il jeta loin de lui son gobelet de cuivre qui rebondit sur le mur avant de rouler à mes pieds. Je dus faire un effort pour avaler ma salive et me mis à prier que le Prince ne tarde plus à nous rejoindre. La violence de cet homme me terrifiait. Mais ce qui me terrifiait peut-être encore davantage était le côté attirant qu’elle lui donnait.

            Cependant, semblant soudain prendre conscience de la chaleur qui régnait dans la pièce, Crochet alla ouvrir un des hublots, dévoilant une rangée de barreaux d’acier, puis voulut enlever sa lourde veste. Mais ses gestes étaient trop nerveux et son crochet se prit dans sa manche. Je vis sa mâchoire se crisper et me précipitai.

            - Laissez-moi vous aider, proposai-je anxieusement.

            Il plongea son regard froid dans le mien, semblant jauger mes intentions, puis finit par acquiescer lentement. Je m’activai aussitôt à le libérer de sa veste, obligeant mes gestes à se faire calmes et précis. Quelques secondes plus tard je posai le riche vêtement sur une chaise. Crochet ôta encore son gilet et se retrouva uniquement en chemise. Je ne pus m’empêcher d’admirer la ligne parfaite de ses épaules. Il surprit mon regard et un sourire inquiétant passa sur ses lèvres. Je rougis. Au même instant un hennissement nous parvint, de plus en plus proche, et un cavalier surgit soudain dans la pièce, bientôt suivi de Mouche. A peine le pirate était-il apparu que le passage se refermait.

            Le Prince fit sortir son cheval de la cabine, ne me laissant pas le temps de voir l’extérieur, puis se tourna vers moi après un regard méfiant à Crochet.

            - Tout va bien ? demanda-t-il poliment.

            Je lui souris.

            - Aussi bien que possible vu les circonstances.

            Le Prince acquiesça avec satisfaction.

            - Bien. Nous…

            Mais il fut brusquement interrompu par des cris en provenance de l’extérieur. Une grande agitation semblait soudain régner sur le pont du navire.

            - Mouche ! lança simplement Crochet.

            Le pirate se précipita, avant de s’immobiliser sur le seuil de la porte, fixant quelque chose en hauteur.

            - C’est Pan, Capitaine ! lança-t-il. Il essaye encore de voler !

            - Bon sang ! s’exclama Crochet avec colère. Ce petit imbécile ne peut donc pas se tenir tranquille ! S’il meurt…

            Il n’acheva pas sa phrase et courut sur les traces de Mouche. Le Prince les suivit et comme personne ne faisait plus attention à moi je fis de même. Je demeurai paralysée par le spectacle extraordinaire qui s’offrit alors à moi.

            Malgré la chaleur étouffante, je fus surprise de constater que le Jolly Roger était totalement prisonnier des glaces, ce qui expliquait l’absence de roulis qui m’avait un peu étonnée. Un sorte de banquise désertique s’étendait à des miles et des miles autour du navire et à l’horizon se dessinait vaguement la silhouette de l’île du Pays Imaginaire. Le ciel était plombé comme s’il s’apprêtait à neiger et malgré la clarté le soleil était parfaitement invisible. Mais ce n’était pas le plus incroyable.

Le Jolly Roger était un trois-mâts, un grand bateau, et pourtant on avait l’impression qu’il n’y avait plus un centimètre carré de libre à la surface de son pont. Partout, jusque dans le moindre recoin, s’entassaient des créatures de toutes sortes, nains, fées, lutins, elfes, princesses, dragons, sorcières, méchantes reines, ogres, géants, pirates, etc. Tous avaient l’air vieillissant et malade, recroquevillés les uns contre les autres malgré la chaleur caniculaire, et tous fixaient avec anxiété un point dans les cordages. Au bout d’un moment d’intense fascination je suivis leurs regards.

            Un enfant d’une douzaine d’années, affreusement maigre, était perché sur un des mâts transversaux, semblant prêt à sauter. Ses cheveux clairs étaient sales et ébouriffés, ayant perdu toute leur superbe, ses yeux étaient ternes, sa bouche était figée dans un rictus épouvantable, sourire d’une innocence douloureuse, il tremblait. S’il n’y avait eu son habit de feuilles si caractéristique je n’aurai jamais pu croire que j’avais devant moi le fameux Peter Pan.

            Cependant Crochet, Mouche et le Prince se frayaient un chemin jusqu’au mât, écartant toutes les créatures sans ménagement.

            - Pan ! hurlait Crochet. Misérable petite canaille ! Redescends tout de suite !

            Un chapelet de jurons s’en suivit. L’enfant baissa les yeux et eut un petit rire horriblement atone.

            - Je vais voler James Crochet ! lança-t-il. Je vais voler et nous allons nous battre en duel encore une fois !

            Crochet avait atteint le mât. Avec une agilité confondante pour un homme qui était privé d’une main, il se mit à l’escalader.

            - Tu ne peux plus voler, Peter Pan ! répliqua-t-il. Rappelle-toi pourquoi tu es là !

            - Je peux voler ! rétorqua l’enfant avec colère. Je peux voler ! Et je suis là pour te tuer, bandit !

            - Tu as perdu tes pensées heureuses, poursuivit le pirate, se rapprochant de plus en plus de l’enfant. Si tu sautes tu vas te tuer ! Et si tu te tues, nous mourrons tous ! Tu m’entends ? Est-ce cela que tu veux ? Obéis donc pour une fois dans ta pathétique petite vie et descends !

            L’enfant hocha la tête d’un air dangereusement espiègle.

            - D’accord ! répliqua-t-il.

            Et il sauta, les yeux fermés, un large sourire aux lèvres. Mais il n’eut pas l’occasion d’essayer de voler. Crochet avait attrapé une corde et s’était jeté dans le vide en même temps que lui. Il cogna dans l’enfant, l’emprisonnant dans son bras libre. Cependant la corde se balança soudain en arrière, les envoyant violemment percuter le mât. Je crus que je voyais mal et pourtant il n’y avait aucun doute : Crochet avait protégé Peter contre le choc. Mais ce dernier avait été si violent qu’il le lâcha, le rattrapant de justesse en glissant son crochet dans ses vêtements.

            - Mouche ! lança le pirate, les dents serrées. Attrapez-le !

            - Oui, Capitaine ! répondit l’autre en tendant les bras.

            Crochet laissa tomber Peter et l’enfant atterit contre Mouche, manquant de le renverser.

            - Prince ! ordonna encore Crochet. Rendez-vous un peu utile. Ramenez-le dans sa cabine et faîtes en sorte qu’un tel incident ne se reproduise pas !

            Le Prince hésita, puis hocha la tête, soulevant Peter dans ses bras. L’enfant semblait s’être évanoui. Tous deux disparurent par une écoutille. Crochet lâcha alors la corde et atterrit souplement à côté de Mouche.

            - Vous n’avez rien, Capitaine ? demanda le matelot avec sollicitude.

            Crochet se contenta de hausser les épaules.

            - Envoyez un de nos hommes surveiller Pan, fit-il d’un ton glacé. Et prévenez le volontaire que si je dois retourner chercher cet insolent là-haut une troisième fois, il va lui aussi essayer de voler mais avec une corde au cou. Suis-je clair ?

            - Très clair, Capitaine ! rétorqua précipitamment Mouche. Je m’en occupe tout de suite, Capitaine !

            Et le pirate s’éloigna en clopinant, se frayant tant bien que mal un chemin dans la foule silencieuse. Crochet promena un regard dégoûté sur la masse de corps inertes qui se déposaient en vague jusqu’à ses pieds, puis revint vers sa cabine. Je m’écartai pour le laisser passer et il disparut à l’intérieur. Un dernier regard sur cette incroyable réunion de créatures et je le suivis.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 17/09/2008 15:39

FASCINANT !!! c'est génial comme situation !

Anaïs 10/09/2008 09:28

Attends d'avoir lu la suite ! lol
Comme je l'ai dit au début, j'ai écrit ce texte pour me faire plaisir, donc...... ;o)

Anntoria 09/09/2008 16:59

On sent déjà bien ta fascination pour Crochet ;-)

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