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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 08:22

Bonne journée !

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                                                                                             5

 

             Je retrouvai le pirate enfoncé dans un fauteuil, ayant déjà vidé la moitié d’une bouteille de vin, l’air à la fois furieux et désespéré.

            - Me faire ça ! grommelait-il entre deux lampées. Me faire ça à moi !

            - Vous faire quoi ? demandai-je en restant prudemment hors de portée de son membre de fer.

            - Me faire sauver la vie à Peter Pan ! cracha-t-il avec rage. Ce… cette vermine qui m’empoisonne la vie depuis toujours, cet insolent qui s’est mille fois joué de moi ! Il est là, à ma merci, incapable de se défendre, et je le sauve !

            Il se prit la tête dans la main.

            - Je le sauve ! gémit-il encore.

            Il se leva brusquement et je reculai aussitôt jusqu’à la porte. Mais il ne s’occupait pas de moi.

            - Ce n’est pas possible ! poursuivait-il pour lui-même en faisant les cent pas. Cette situation va me rendre fou, il faut trouver une solution !

            Il cessa brutalement son va-et-vient devant un miroir, parut se calmer, lissa un instant sa moustache. Et soudain une nouvelle explosion. Son poing alla fracasser le miroir et son crochet envoya valser ce qui restait du cadre de bois. Il se tourna vers moi. Je voulus fuir, mais il me rejoignit en trois pas, me plaquant contre la paroi de la cabine. Son crochet glissa lentement le long de ma joue tandis que je m’efforçai de réfréner mes tremblements.

            - Il faut trouver une solution, répéta-t-il d’une voix à peine audible. Et je vous conseille vivement d'être cette solution.

            - Je vous en prie, lâchez-moi, murmurai-je pour toute réponse.

            Mais il ne bougeait pas, ses yeux me fixant comme s’ils allaient me dévorer. La seule chose rassurante était que pour l’instant ils demeuraient bleus. Son visage se rapprocha de plus en plus du mien. Sa bouche passa à côté de la mienne sans la toucher, effleura ma joue et glissa jusqu’à mon oreille.

            - Y croyez-vous maintenant ? souffla-t-il.

            Une voix en moi hurla que oui, mais je fus incapable d’articuler le moindre son, à la fois terrorisée et envahie par un sentiment impossible à identifier. Ou peut-être que je ne voulais pas l’identifier.

            - Êtes-vous la solution ? demanda-t-il encore. Allez-vous me sortir de cette folie ?

            Je déglutis. Qu’allais-je devoir promettre pour qu’il me lâche ? Même s’il n’était pas menaçant, je pouvais sentir le métal glacé de son crochet contre mon cou et j’étais terrifiée à l’idée qu’une nouvelle crise de rage le saisisse.

            - Je ferai ce que vous voudrez, mais par pitié lâchez-moi, réussis-je enfin à dire.

            Il eut un mouvement de recul surpris, haussant les sourcils.

            - Pitié ? répéta-t-il sarcastiquement. Avez-vous bien conscience de la personne à qui vous vous adressez ?

            Je m’obligeai à plonger mon regard dans le sien malgré tout ce que cette expérience avait de traumatisant.

            - Je ne suis pas votre ennemie, balbutiai-je encore. Pourquoi ne me traitez-vous pas en alliée ?

            - Une alliance, hein ? grogna-t-il. Comme celle que j’ai dû passer avec Pan et dont ce petit crétin ne se souvient même pas ? Je hais les alliances !

            Il me lâcha brusquement, retraversa la cabine en quatre enjambées, remplit deux verres de vin. Il m’en tendit un, me forçant à le rejoindre pour le prendre. Je n’osai désobéir. Il eut un sourire dément.

            - A cette nouvelle alliance ! Qu’elle soit plus fructueuse que les précédentes !

            Il cogna rudement son verre contre le mien et avala l’alcool d’un trait. Au regard qu’il me lança, je compris que j’avais intérêt à sceller également cette alliance si je ne voulais pas me retrouver avec un crochet dans le ventre. Je vidai donc mon verre à mon tour, manquant de m’étrangler sur la fin. Crochet éclata de rire et me donna une petite tape sur l’épaule.

            - Nous voici donc alliés ! Alliés… Au fond, si on y réfléchit bien, il n’y a qu’un inconvénient à l’alliance.

            Je sentis qu’il attendait quelque chose de moi.

            - Lequel ? soufflai-je.

            - La trahison, bien sûr.

            Il accrocha à nouveau mon regard jusqu’à me faire baisser les yeux. Il poussa un profond soupir et se laissa retomber dans son fauteuil.

            - Nous vivons réellement des heures sombres…, murmura-t-il. Comme il semble loin le temps des fières batailles contre Pan… Ce garçon n’est plus que l’ombre de lui-même et me voilà en train de conclure des alliances…

            Il émit une exclamation dégoûtée. Tendue, m’attendant à chaque instant à le voir retomber dans la violence, je m’assis prudemment sur une chaise à quelques pas de lui.

            - Si vous m’expliquiez enfin ce qui se passe, suggérai-je.

            Il hocha la tête.

            - Oui. Il est temps et plus que temps. Notre cher Prince semble avoir disparu dans la nature, je me chargerai donc du récit.

            Il avala à nouveau une lampée de vin et je commençai à me demander s’il n’était pas ivre après la quantité d’alcool qu’il avait déjà ingurgitée. Mais lorsqu’il croisa ses longues jambes et posa les yeux sur moi, je compris qu’il avait l’esprit parfaitement clair. Il toussota comme pour s’éclaircir également la voix et entama son récit.

 

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 17/09/2008 15:49

oh oui oh oui un récit de sa bouche de sauveur et allié malgré lui :-)

Anntoria 10/09/2008 13:44

Là ca devient vraiment passionnant...
Le récit !!

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  • Les Lunes de Sang
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