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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 09:40
Bonne journée à tous !
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                                                                                           3

            Le Prince les ignora et se rapprocha de moi.

            - Vous n’avez rien à craindre, répéta-t-il. Je ne peux pas vous expliquer immédiatement ce qui se passe, car il est des choses dont on ne peut parler dans votre monde. Il faut que vous nous suiviez au Pays Imaginaire. Là-bas vous comprendrez tout, vous verrez que la situation est catastrophique et que nous avons besoin de votre aide. Mais vous devez venir avec nous de votre plein gré, vous devez y croire ou vous ne pourrez pas nous aider.

            Je secouai la tête.

            - Vous vous rendez compte de ce que vous me dîtes ? soufflai-je. Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez ?

            Le Prince sourit tristement.

            - Je m’en rends très bien compte, répondit-il avec la même douceur. Nous ne serions pas là si nous avions le choix, vous savez. Votre esprit semblait être une ouverture il y a quelques heures à peine, les choses ont-elles déjà changé ?

            - Je… je ne sais pas… Je ne suis plus une enfant…

            - Justement, intervint soudain Crochet d’un ton glacé. Nous avons besoin d’un adulte, un adulte capable de croire.

            - Mais pourquoi en serais-je spécialement capable ? protestai-je malgré moi.

            - Parce que vous en avez sacrément envie, rétorqua le pirate. N’avez-vous pas pleuré après avoir lu l’histoire de Peter Pan ?

            Sa langue avait dérapé sur les deux derniers mots. Il parut faire un effort pour se contenir.

            - Croyez-moi, ajouta-t-il, si nous avions le choix nous irions trouver quelqu’un d’autre !

             Malgré la situation je ne pus m’empêcher de me sentir vexée et de rougir sous son ton méprisant.

            - Eh bien allez donc trouver quelqu’un d’autre alors ! répliquai-je sèchement.

            Je n’avais pas fini de prononcer cette phrase que je la regrettais. Une lueur rouge s’était rallumée dans les yeux de Crochet. Heureusement le Prince se dressait déjà entre nous. Il barra la route au pirate et le repoussa avec brusquerie.

            - Ca suffit ! fit-il avec froideur. J’ai toujours su que les gens de votre espèce étaient méprisables, Crochet, mais je ne pensais pas que vous seriez assez stupide pour essayer de gâcher notre unique chance à tous, votre unique chance à vous aussi.

            Les yeux du pirate virèrent au rouge sang. Je déglutis. Il allait éventrer le Prince d’un coup de crochet, j’en étais certaine. Ce dernier ne semblait pas inquiet, une expression dédaigneuse gâchant la beauté de ses traits. Il y eut un long, un très long moment de silence tendu. Un sourire meurtrier se dessina lentement sur les lèvres fines de Crochet, soulevant à peine le coin de sa moustache. Il fit un pas en arrière et inclina légèrement la tête.

            - Je vous attends à côté, se contenta-t-il de murmurer.

            - Allons, Capitaine ! tenta de le retenir Mouche.

            Mais le poing de Crochet traversa soudain l’air et écarta le pirate qui roula brutalement sur le sol en se tenant le nez à deux mains. Crochet disparut dans la salle de bain. Le Prince aida Mouche à se relever. Le vieux pirate avait du sang plein le bas du visage. Il lança un regard furieux au Prince.

            - Vous n’auriez jamais dû lui parler comme ça ! gronda-t-il. Il va être d’une humeur massacrante maintenant !

            Je songeai que massacrante était le mot correct. Prenant sur moi, je tirai des glaçons du frigo, les enveloppai dans un petit sac en plastique et tendis le tout à Mouche pour arrêter l’écoulement de sang. Il s’en empara avec reconnaissance.

            - Merci m’zelle !

            Il se laissa tomber sur le canapé et pressa la glace sur son visage avec un grognement. Sans vraiment savoir pourquoi je baissai les yeux vers mes mains, me demandant s’il s’agissait réellement des miennes. Mon regard remonta de mon poignet jusqu’à mon épaule, mais j’eus beau me tordre je fus incapable de voir si cette épaule se rattachait au cou qui supportait la tête dans laquelle se mouvaient mes globes oculaires. Je me sentais tellement étrange qu’il devait bien y avoir une raison à cela. A priori ce corps était bien le mien même si j’avais depuis un moment l’impression de flotter totalement dedans. En fait c’était le monde entier qui flottait autour de moi comme s’il était devenu trop grand pour s’ajuster à la taille de mon esprit. Je sursautai lorsque le Prince posa une main douce sur ce qui devait être mon épaule.

            - Voulez-vous venir avec nous ? demanda-t-il. Y croyez-vous assez pour venir avec nous ?

            Je levai lentement la tête vers lui.

            - Que se passera-t-il si je refuse ? Vous… vous me tuerez ?

            Il eut à nouveau un de ces sourires tristes si attendrissants.

            - Non, bien sûr que non. Je suis un gentilhomme, mademoiselle, et en tant que tel je ne ferais jamais de mal à une femme. Si vous refusez, nous repartirons comme nous sommes venus et nous prierons de trouver quelqu’un d’autre avant qu’il ne soit trop tard.

            - Et si vous ne trouvez personne ? interrogeai-je encore d’une voix un peu tremblante.

            Le Prince soupira.

            - Alors nous disparaîtrons tous…

            - Tous ? Qui tous ?

            - Moi, Crochet, Mouche, Pan, les garçons perdus, Blanche-Neige, la Belle au bois dormant, mes princesses, les sorcières aussi… Tous, nous disparaîtrons tous.

            - Mais pourquoi ?

            - Cela je ne vous le dirai que si vous venez avec nous. Vous comprendrez mieux lorsque vous serez au Pays Imaginaire. Il y a là-bas quelque chose dans l’air qui ouvre les sens et l’esprit.

           Je poussai un profond soupir et regardai autour de moi mon appartement à moitié dévasté. Il y avait du verre partout, les débris de ma table basse s’étalaient tout autour du canapé et le cheval blanc du Prince avait commencé à dévorer mes plantes vertes.

            - Je reviendrai… ? murmurai-je.

            Le Prince me sourit.

            - Bien sûr !

            Son visage se rembrunit légèrement comme s’il s’en voulait de mentir.

            - Il y aura du danger, avoua-t-il. Mais je vous promets que nous ferons tout pour vous protéger. Vous reviendrez, je vous en fais le serment.

            Je grimaçai, hésitante. Vivre une véritable aventure. Même si tout ceci n’était qu’un rêve. Vivre une aventure digne du voyage de Wendy et ses frères. Même si tout ceci n’était pas réel. Et si c’était réel… ?

            - Je vous en prie, fit soudain Mouche.

            Je me tournai vers lui. Il avait ôté la glace de son nez et me regardait d’un air presque suppliant.

            - Je vous en prie…, répéta-t-il.

            Je déglutis. Mon plus grand défaut a toujours été de ne pas savoir dire non. Ou est-ce une qualité ?

            - Ok, lâchai-je enfin. Ok, ça marche, je vous suis.

            Le pirate poussa un petit cri de joie et le Prince baisa ma main avec ferveur. Je retirai mes doigts, leur souriant avec gêne.

            - Mais je vous préviens, je n’ai rien d’une héroïne, ajoutai-je. Je suis plutôt lâche et…

            Mais ils ne m’écoutaient pas. Mouche abandonna la glace sur le canapé, s’essuya vaguement le visage et prit ma main pour m’entraîner vers la salle de bain. J’eus tout juste le temps d’attrapper une paire de baskets au passage, songeant que vivre une aventure en chaussons serait peut-être mal venu. Tandis que le Prince s’occupait de son cheval, Mouche entra en coup de vent dans la salle de bain.

            - Elle a dit oui, Capitaine ! s’exclama-t-il joyeusement.

            Crochet ne leva même pas les yeux. A demi assis sur un meuble il examinait le sèche-cheveux qu’il avait entièrement démonté. Son crochet fouillait doucement le mécanisme tandis qu’un pli de réflexion barrait son front. Comme Mouche trépignait de satisfaction, il finit par tourner lentement la tête vers nous. Ses yeux avaient retrouvé leur couleur bleue glacée.

            - Ce n’était pas une arme, dit-il avec un léger sourire.

            J’esquissai un sourire en retour, mais il l’ignora, se levant brusquement. Il longea le meuble, son crochet faisant tomber tout ce qui était posé dessus, et m’adressa un nouveau sourire, provocant. Puis il se pencha sur la baignoire, dont l’eau avait retrouvé un aspect normal, et y plongea son membre de métal. Le liquide se mit à bouillir de plus en plus violemment, jusqu’à former à nouveau le tourbillon, puis à s’ouvrir, dévoilant le même fond de brouillard étrange.

            - Je passe en premier, Mouche, lança-t-il. Envoyez-la moi et aidez le Prince avec son stupide cheval.

            Un hennissement de colère nous parvint de la porte à ces mots. Crochet ricana, puis enjamba le bord de la baignoire et disparut lentement dans l’indéfinissable brume. Je frémis lorsque Mouche me poussa doucement en avant.

            - Vous verrez, fit-il d’un ton rassurant, c’est vraiment trois fois rien ! C’est même plutôt amusant quand on y pense ! Vous n’avez qu’à vous laisser emporter et c’est bon ! Allez-y !

            Je lui jetai un regard anxieux, mais il pressa ma main, m’offrit un sourire amical et m’aida à sauter dans la baignoire. Aussitôt je sentis quelque chose de froid et visqueux ramper le long de mes jambes avant de m’attirer vers le bas avec une inéluctable puissance. Je poussai un cri, mais il était trop tard. Je fus happée dans quelque chose de vertigineux. Eblouie, je fermai les yeux et me protégeai le visage de mes bras, sentant un souffle glacé parcourir tout mon corps. Puis ce fut une sensation encore plus étrange, celle de traverser une eau froide et dense mais qui ne mouillait pas, quelque chose comme de la matière liquide. Tout se mit à tourbillonner autour de moi, le temps s’allongea, se tordit, sifflant de rage, violent, brutal, tandis que l’espace se perdait dans des miriades d’étincelles piquantes comme des flocons de givre. Je n’avais jamais eu aussi froid de ma vie. Et la seconde d’après je fus suffoquée par la chaleur. Tout avait cessé.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 16/09/2008 14:29

où/ou tout commence !

Anntoria 09/09/2008 16:53

Allons voir ce qu'il se passe de l'autre côté...

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  • : Les Lunes de Sang
  • Les Lunes de Sang
  • : Je suis auteur et le but de ce blog est de communiquer avec mes lecteurs, autour de ma série de fantasy Les Lunes de Sang et de mon roman fantastique La Mer des Songes, mais aussi de futures publications éventuelles, de manifestations auxquelles j'aurais l'occasion de participer, etc. Pour en savoir plus sur mes romans, n'hésitez pas à cliquer sur les catégories qui portent leur nom. Et pour me contacter, laissez un commentaire. Je reviendrai vers vous dès que possible. Merci de votre visite !
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