Mise à jour : pour retrouver toutes mes infos, rendez-vous désormais sur www.anaiscros.fr Je suis auteur et le but de ce blog est de communiquer avec mes lecteurs, autour de ma série de fantasy Les Lunes de Sang et de mon roman fantastique La Mer des Songes, mais aussi de futures publications éventuelles, de manifestations auxquelles j'aurais l'occasion de participer, etc. Pour en savoir plus sur mes romans, n'hésitez pas à cliquer sur les catégories qui portent leur nom. Et pour me contacter, laissez un commentaire. Je reviendrai vers vous dès que possible. Merci de votre visite !
Roulé en boule sur le côté, je regarde tourner le compteur. 1h57. J’ai trop chaud emmitouflé dans les couvertures, mais j’ai la flemme de bouger. Je me sens en colère, je sais même pas vraiment pourquoi. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui me brûle de l’intérieur et qui me rend fou, mais je n’arrive pas à déterminer ce que c’est. Je m’en veux et j’en veux au monde entier. 1h58. Je désire le sommeil comme une femme, à m’en rendre malade, mais évidemment il se refuse à moi. Pour apprivoiser le sommeil il faut être éteint, brisé ou paisible, pas embrasé comme je le suis. J’ai envie de hurler, mais je ne bouge pas, je reste couché à regarder le radio réveil jusqu’à me graver ses petits chiffres lumineux sur la rétine. J’en ai tellement marre de tout que ça devient insupportable. 1h59.
J’ai définitivement trop chaud et je finis par rouler sur le dos, repoussant à moitié les couvertures, fixant le plafond. Les lampadaires en bas de l’immeuble dessinent quelques arabesques en clair-obscur à travers mes rideaux, de temps en temps le passage d’une voiture laisse traîner dans l’air un vrombissement pensif et l’éclair d’un phare. J’envie ces gens occupés à autre chose qu’à ressasser des sentiments pénibles. J’imagine mes voisins en train de baiser et ça me fait sourire. Un sourire d’une hideuse amertume. Je voudrais crever. 2h00.
Le hurlement strident de la sonnette me fait sursauter comme je n’ai jamais sursauté de ma vie. Je me redresse aussitôt, ahuri, la bouche ouverte comme un con, mon épiderme se couvrant déjà d’une sueur due au choc. Pendant deux secondes je me dis que j’ai dû rêver, mais presque aussitôt la sonnette couine à nouveau, suppliante, insistante. Je me frotte les yeux avec incrédulité, jette un coup d’œil au réveil. 2h01. Je commence à flipper. Qui est-ce qui peut sonner chez moi à une heure pareille ? En tous cas c’est forcément pour m’annoncer une catastrophe.
Comme la sonnette commence à m’engueuler, je finis par allumer la lampe de chevet et m’arracher à mon lit. J’attrape mon paquet de clopes sur la table de nuit et en glisse une entre mes lèvres tout en marchant vers la porte d’entrée d’un pas mal assuré. Je regrette de pas avoir de judas et puis j’actionne mon briquet. Enfin j’ouvre la porte dans un nuage de fumée, me rendant compte trop tard que je porte seulement un caleçon, et je me retrouve face à cette fille incroyable.
Pendant un moment je reste à la regarder, le souffle coupé tellement elle est belle. Longue liane qui porte un vieux jeans, un débardeur noir tâché et un blouson d’homme trois fois trop grand pour elle, dont les longs cheveux noirs sont attachés en un chignon à moitié défait, dont les yeux verts sont comme deux océans aux prunelles écarquillées sur le noir inaccessible d’une âme. Elle est belle, y a pas d’autre mot pour exprimer ce qu’elle dégage, ce truc inimaginable qui me prend aux tripes. Et puis je remarque tout à trac qu’elle pleure, qu’elle a des petites tâches de rousseur à peine visibles sur le nez et les pommettes, qu’elle saigne de la bouche, qu’elle porte un pendentif un peu bizarre en forme de gros oreiller. Curieusement c’est la vue de ce bijou qui me ramène enfin sur terre.
Je retire la clope de ma bouche et tente mon sourire le plus aimable.
- Je peux vous aider ?
La fille renifle, puis hoche la tête avec une douleur qui ne cadre pas sur ses jolis traits fins. Je lui lance un regard interrogateur et elle finit par se décider à ouvrir sa mignonne petite bouche blessée. Là elle m’explique qu’elle habite à l’étage au-dessus avec son mec et leur gamin, qu’elle s’est disputée avec le type, qu’il l’a castagnée et qu’il s’est barré avec le gosse en disant qu’elle ne le reverrait plus jamais. Comme elle a remarqué par hasard que je vis tout seul, elle s’est dit que je serais ptet d’accord pour l’aider. Embarrassé, je lui demande pourquoi elle est pas allée voir les flics. Ses longs cils noirs voilent un instant ses yeux à mon grand déplaisir et elle répond d’une toute petite voix qu’il lui arrive de se camer et qu’elle veut pas avoir les flics sur le dos. Elle ajoute qu’elle sait peut-être où est son mec, qu’elle veut absolument récupérer son gamin avant qu’il lui fasse du mal, mais qu’elle a la trouille d’y aller seule. Elle aimerait bien que quelqu’un l’accompagne, mais elle a personne. Personne à part moi, c’est le sous-entendu.
Au début je sais pas trop quoi faire et je reste à la regarder, ma clope fumante à la main, et puis je finis par me dire que je peux pas laisser passer cette chance. Elle est tellement belle que je dois me retenir de la toucher et elle a l’air tellement malheureux que j’en ai mal au bide. Peut-être que si je l’aide, elle serait d’accord pour… Ouais, je sais, c’est pas très chevaleresque comme pensée, mais j’ai jamais nié que j’étais un sale con. Finalement j’accepte d’un hochement de tête laconique. De toute façon j’arrivais pas à dormir.