Bonjour !
En fouillant dans mes archives, je suis tombée sur ce vieux texte écrit au lycée.
Il correspond pas mal à mon humeur du moment, alors je vous le soumets.
Indulgence pour les oeuvres de jeunesse... ;o)
"Un puits. C'est quoi un puits ? Un trou. Voilà, en fait je suis coincé au fond d'un trou. Il fait sombre, froid, humide. J'aimerais dormir. Impossible de s'allonger, pas assez de place. Je suis dans un trou qui ne fait qu'un mètre de diamètre. Même assis, je ne peux étendre mes jambes. Il n'y a pas de repos possible au fond de ce trou, pas de sommeil, pas d'oubli. J'aperçois la Lune parfois, un rayon de soleil, un nuage. J'entends quelques fois un hululement de chouette, une voix d'enfant, un bruissement de feuilles. Quelques fois aussi j'ai dans un éclair la vision de quelque chose de grand, quelque chose d'immense, d'infini, de suprêmement beau. Mais cette vision est si fugace, si peureuse, hélas, elle s'enfuit si vite que je retrouve bientôt l'obscurité, la laideur, l'horreur de ce trou borné dont les parois aveugles m'écrasent. Que me reste-t-il du monde extérieur ? Quelques gouttes de pluie, un peu de mousse sur la pierre froide, le sifflement lointain du vent. Je voudrais sortir, mais je suis tombé trop bas. Je m'aggripe aux parois, mes ongles s'enfoncent dans la mousse, je m'essouffle, je suis trop vieux, je sens déjà la fatigue, j'abandonne la lutte. Pourtant, le ciel a été déjà plus grand, la lumière a déjà éclairé mon âme plus profondément, j'ai déjà été plus vivant. Il me semble... il me semble qu'enfant je n'étais pas au fond de ce puits... J'ai des souvenirs étranges, étrangers, la mémoire d'une liberté perdue, la réminiscence d'un bonheur flou et profond, l'impression d'une autre vie... Qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui m'a poussé au fond de ce puits ? Comment ai-je pu tomber aussi bas ? Pourquoi ? Quelle innocence perdue a précipité ma chute ? Trop de questions maint et maint fois répétées, trop d'interrogations sans réponses... Je ne veux plus réfléchir, je ne veux plus me rebeller contre une situation irrémédiable. Je suis coincé, il me faut bien l'admettre, je ne sortirai jamais, jamais, jamais...
Une nuit a passé, je crois... Il me semble que la Lune a remplacé le soleil pendant quelques heures. Comment être sûr ? J'ai perdu la notion du temps, mes yeux distinguent avec peine la différence entre l'ombre et la lumière, le jour et la nuit se mélangent, dansent dans mon esprit comme deux fantômes improbables. Doucement la chaleur quitte mon coeur, faisant courir dans mes veines fatiguées un frisson glacé. Je me suis recroquevillé au fond de ce puits indifférent pour essayer de lutter contre ce souffle mortel, mais je suis plus faible qu'un nouveau-né et aucun effort ne peut me délivrer de ces chaînes glacées. Je lève les yeux, des yeux trop longtemps aveugles, vers le haut du puits, vers la lumière. Pourquoi ai-je maintenant l'impression douloureuse que le disque de lumière grandit ? Que je m'élève vers lui ? Dieu ! Ce n'est pas une illusion ! Je suis attiré vers le haut ! Les parois du puits défilent autour de moi, la mousse se raréfie, l'humidité diminue, le soleil caresse ma peau dans une merveilleuse sensation retrouvée ! Mais je continue à m'élever, toujours plus haut ! Et soudain le miracle s'accomplit ! Mon horizon n'est plus borné par ces pierres figées et infranchissables! Le monde s'offre à ma vue ! Les couleurs, les bruits, les odeurs, tout se mélange dans mon esprit régeneré ! Comment avais-je pu oublier de telles beautés ? Comment avais-je pu m'enfermer dans ce puits ? Car je sais maintenant qu'il était possible de sortir puisque je viens de le faire... Cependant je continue à monter. Je distingue maintenant les collines d'un vert superbe dont les herbes longues et élégantes ondulent avec douceur au souffle d'un vent délicat, je vois les océans bleus et profonds avec leurs vagues écumantes dont le murmure est le chant le plus mélodieux, j'aperçois même quelques maisons et leurs habitants, mes lointains frères... Mais bientôt il n'y a plus de visible que des taches de couleurs, pâles, floues. Je m'élève toujours, au-dessus des blancs nuages, au-delà du ciel immense, me rendant compte de tout ce que j'ai perdu en demeurant au fond du puits. Et soudain je comprends, je comprends pourquoi je suis sorti, pourquoi je n'ai plus froid, pourquoi je ressens ce calme étrange. Je suis en train de mourir..."
Alors, qu'en pensez-vous ? :o)
Bon week-end à tous !
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