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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 13:31
Helloooo !

Voilà ENFIN la fin de cette nouvelle.
Désolée, mais il fallait que j'attende que l'inspiration vienne et cette garce avait décidé de faire des détours.
De toute façon, je ne pouvais décemment pas laisser le nombre d'articles dans la catégorie Texte à 69. Il fallait agir, c'est chose faite.
Dîtes-moi ce que vous en pensez !

Bon après-midi !
A+



Vertige

 

Ivy entendait la musique, elle percevait au coin de son regard le spot braqué sur elle et de l’autre côté du vide Frédéric qui la fixait. Elle avait conscience de la présence du public, de ses camarades qui l’observaient depuis les coulisses. En vérité elle avait conscience du moindre mouvement dans la foule, de la moindre ombre, de sa propre respiration, de la pression infime de ses vêtements moulants contre sa peau, des battements de son cœur qui lui martelaient la poitrine comme le galop d’un animal affolé et même de l’air qui glissait entre ses lèvres tandis qu’elle respirait par a-coups, sur le point de s’étouffer. Elle avait conscience du monde qui l’environnait dans toute sa plénitude, dans ses millions de petits détails dérisoires et sublimes, et pourtant une seule chose dominait le pandémonium de la réalité, un seul visage, un seul regard… Celui de Gianno.

            Le clown la regardait en souriant. Il ne portait pas son costume et ses vêtements de ville, jeans et sweat-shirt en coton, lui donnaient l’air encore plus jeune qu’il ne l’avait été au moment de son suicide. Son suicide… Ivy se força à déglutir et sa gorge était si serrée que cela lui fit mal. Gianno était mort. Il fallait qu’il soit mort. Elle l’avait brisé, elle avait entendu le coup de feu. Avait-elle pu se tromper ? Avait-elle mal interprété les évènements ? Mais non, c’était impossible. Toute la journée, le seul sujet de conversation des membres du cirque avait été la mort de Gianno. Elle ne pouvait pas avoir rêvé ça. S’étaient-ils tous moqué d’elles ? Est-ce qu’il s’agissait d’un monumental complot pour la rendre folle ?

            Dans un effort surhumain Ivy parvint à détourner les yeux de Gianno qui continuait à sourire, doux et immobile. La tête lui tourna et elle se rattrapa de justesse à un filin, manquant de tomber quinze mètres plus bas. Elle n’avait jamais eu le vertige de sa vie et pour la première fois elle fut choquée par la hauteur à laquelle elle se trouvait. Elle carra les épaules, s’efforçant de réprimer une nausée destructrice. La musique était suspendue sur un rythme répétitif, le chef d’orchestre attendait qu’elle se décide. C’était à elle de commencer le numéro. Il fallait qu’elle saute.

            Ivy releva les yeux vers Frédéric. Malgré la distance, elle distinguait clairement son expression. Il avait les sourcils froncés, il semblait dans l’expectative. Ivy prit une profonde inspiration et elle eut l’impression de sentir ses alvéoles pulmonaires se dilater dans sa poitrine gonflée. Cette sensation l’apaisa un peu. Elle respira encore. Elle devait prendre une décision. Maintenant. Lentement, avec la prudence d’un enfant cherchant un monstre sous son lit, elle jeta un nouveau coup d’œil dans le public. Gianno n’avait pas bougé, la tête levée vers elle. Ivy se mordit la lèvre inférieure avec une telle violence qu’elle sentit le goût du sang dans sa bouche. Ses jambes se mirent à trembler sans qu’elle puisse les contrôler. Et brusquement une rage incontrôlable monta du fond d’elle. Non. Non, elle n’allait pas abandonner maintenant, pas après tout ce qu’elle avait sacrifié pour en arriver là. Que Gianno aille au diable ! Fantôme, hallucination ou plaisanterie très élaborée, elle s’en fichait royalement ! Elle n’avait jamais eu peur de rien, elle n’allait pas commencer pour un stupide clown !

            Retrouvant la maîtrise de son corps dans des mouvements cent fois répétés, Ivy leva les bras avec grâce, prit son trapèze et se jeta dans le vide. Malgré son rythme cardiaque bien plus élevé que d’habitude, elle effectua ses premières figures sans difficulté et des applaudissements lui parvinrent depuis la salle. Reprenant confiance en elle, ignorant avec cette nonchalance propre aux humains ce qu’elle ne pouvait comprendre, elle s’apaisa. Frédéric se lança à son tour et ils se rejoignirent plusieurs fois, faisant frémir la foule. Puis elle se prépara pour l’ultime figure, ce moment qu’elle adorait par-dessus tout où, l’espace d’un instant, elle volait sans aucune entrave.

            Un sourire aux lèvres, ne sentant pas le sang qui coulait de sa lèvre mordue, elle lâcha le trapèze et resta suspendue dans le vide. Le temps parut se ralentir et un bien-être merveilleux l’envahit, caressant chaque parcelle de son âme. Il n’y avait plus de pesanteur, plus de contrainte. Elle était une plume dans le vent, un nuage dans le ciel, et plus rien ne la rattachait au monde rampant des êtres humains. Elle était si loin au-dessus d’eux, comme quelque divinité extraordinaire qu’ils ne comprenaient pas, mais qu’ils devaient aimer. Oh oui, ils devaient l’aimer.

            Dans son monde au ralenti, Ivy vit Frédéric se rapprocher d’elle, se retenant par les genoux, tendant les mains vers elle. A son tour elle tendit les mains, confiante, certaine qu’il la rattraperait. Puis elle vit l’expression de son visage. Le chagrin, la fureur, le mépris et surtout, surtout, une haine indescriptible. Brusquement le temps se précipita en avant.

            Ivy sentit ses doigts effleurer les poignets de l’homme sans parvenir à s’y raccrocher. Il ne chercha pas à la retenir. Elle tomba. En une fraction de seconde le vide l’engloutit, la terreur, la stupeur, et le froid. Un froid immense. Et soudain, loin au fin fond de l’obscurité, une douce voix se mit à chanter une comptine pour enfant.

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 17:25

Hi !

Avant-dernière partie de la nouvelle...

Bonne soirée !
@+



Un monde ordinaire

           Ivy se réveilla en sursaut et resta aussitôt immobile, son cœur battant à lui en faire mal, ses cheveux et son visage humides d’une sueur malsaine. Pendant plusieurs secondes elle resta incapable de réagir, les yeux grands ouverts mais ne voyant rien, prête à hurler mais incapable d’émettre le moindre son. Peu à peu, avec la lenteur d’un insidieux serpent, son sang-froid lui revint et elle réalisa qu’elle était dans sa caravane, assise dans son lit, sa tête effleurant le plafond du petit renfoncement où se trouvait sa couche. Elle eut un petit rire nerveux qui se brisa comme une branche sèche que l’on casse. Faisant appel à toutes ces techniques qu’on lui avait enseignées pour chasser le trac, elle reprit le contrôle de sa respiration, retrouvant rapidement toute sa maîtrise d’elle-même. Aussitôt elle sauta du lit et courut à la petite fenêtre de sa caravane.

            Une certaine agitation régnait à l’extérieur, des lampes de poche trouaient la nuit, des gens allaient et venaient d’un air affligé, elle aperçut même l’uniforme d’un agent de police. Elle eut un nouveau rire, bien plus assuré. Un cauchemar. Ca n’avait été qu’un cauchemar, son plan avait parfaitement fonctionné. Brusquement très joyeuse, presque ivre de joie à vrai dire, Ivy s’habilla en toute hâte, se coiffa avec efficacité, illumina son visage divin de quelques traits discrets de maquillage et se précipita hors de la caravane, prête à jouer sa grande scène. La diva était en piste.

            Comme dans son rêve, ils étaient tous là, la fille de la caisse, les jongleurs, les dresseurs et les autres. Faisant mine d’ignorer le cercle qu’ils formaient tous autour de la caravane de Gianno, Ivy se jeta littéralement sur Frédéric.

            - Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle avec une inquiétude dosée à la perfection.

            Frédéric la dévisagea quelques secondes d’une manière qui la fit agréablement frémir. En cet instant ils étaient tous les deux en apesanteur, sur le fil, leurs vies ne tenant plus qu’à leur confiance mutuelle. Ivy savait que son partenaire la soupçonnerait après le pari qu’ils avaient fait, mais elle le connaissait suffisamment bien pour savoir également quel choix il ferait au moment de se confronter à ses soupçons. Il avait besoin d’elle, un geste de travers et elle pouvait le laisser faire le grand saut. Finalement Frédéric lui expliqua d’un ton neutre que Gianno s’était suicidé et Ivy put se livrer à toutes les démonstrations de désespoir qu’elle avait soigneusement mises au point.

            Quelques heures plus tard Igor annonça que le numéro des trapézistes remplacerait celui de Gianno pour un dernier hommage, puis le directeur du cirque ordonna à tout le monde de retourner à ses activités et de le laisser s’occuper des démarches. Ivy s’empressa d’obéir, trop heureuse de pouvoir faire une pause dans sa petite comédie. S’éloignant elle demeura saisie un instant, ayant cru voir le visage de Gianno dans la foule de forains et d’artistes de cirque, puis elle se secoua et reprit son chemin avec décision. Sans doute son triomphe lui montait-il quelque peu à la tête, mieux valait ne pas y prendre garde.

            Comme chaque jour, Ivy passa de nombreuses heures à s’entraîner, seule ou en compagnie de Frédéric, et elle était presque surprise de constater à quel point cette journée ressemblait à toutes celles qui l’avaient précédée. Certes le nom de Gianno était sur toutes les lèvres, mais en somme rien n’avait réellement changé pour le moment et le monde était resté tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Ivy en était un peu désappointée, mais elle décida de prendre son mal en patience. Il fallait attendre la représentation et son coup d’éclat pour effacer totalement le souvenir de Gianno et recentrer l’attention générale sur elle. Elle avait déjà tant attendu, elle pouvait bien consentir un dernier effort.

            Au soir Ivy tremblait presque d’excitation et Frédéric lui lança à nouveau plusieurs coups d’œil un peu inquiétants, mais la jeune femme n’était pas en état d’y prêter attention. Cette représentation était sa représentation et rien ne pourrait l’empêcher d’en profiter. Rapidement les numéros défilèrent jusqu’à ce qu’Igor annonce l’entrée en scène des trapézistes. Ivy et Frédéric firent le tour de la piste comme à l’ordinaire, saluant le public, puis ils grimpèrent agilement dans les filins jusqu’à rejoindre les petites plate-formes qui leur étaient réservées. Ivy salua encore, se préparant à sauter dans le vide, mais un visage parmi la foule la frappa brusquement. Elle eut l’impression que tout sang se retirait de sa poitrine et elle faillit s’effondrer et chuter dans le vide, se rattrapant à la dernière seconde. Gianno était là, assis dans le public comme si de rien n’était. Soudain il leva la tête vers elle, sourit et lui adressa un petit salut de la main. Ivy battit frénétiquement des paupières pour chasser cette vision, mais rien n’y fit. Et brutalement le monde ordinaire vola en éclats. 
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 13:57
Bonjour !

Suite de la nouvelle...
Bon week-end !
@+




Réveil difficile

 

Les mains croisées sur son ventre plat, Ivy était à l’écoute de la nuit. Les échos du coup de feu s’étaient éteints depuis longtemps. La caravane d’Igor, le directeur, se trouvait juste à côté de celle de Gianno, et elle l’entendit frapper à la porte de son voisin, puis entrer. Elle perçut même une exclamation d’horreur qui la fit agréablement frissonner. Igor ressortit en appelant à l’aide. Elle crut l’entendre tituber, vomir peut-être, puis il téléphona aux secours. Ensuite tout devint confus.

            Flottant dans une douce béatitude, Ivy ferma les yeux. Des cris et des exclamations s’élevaient à l’extérieur, de plus en plus nombreux. Tout le cirque paraissait s’être réveillé et tourbillonner autour de la caravane de Gianno. Des sirènes déchirèrent la nuit, des flashs de lumière traversèrent les volets. Ivy avait l’impression d’être bien à l’abri dans un cocon tandis qu’un ouragan se déchaînait autour d’elle. Elle n’arrivait pas à cesser de sourire.

            Elle sursauta lorsque quelqu’un la secoua brusquement. Un instant une bouffée de crainte l’asphyxia, mais elle se ressaisit aussitôt. Elle posa un regard faussement embrumé sur Frédéric.

            - Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle d’un ton endormi.

            La comédie était une seconde nature chez elle. Frédéric la dévisagea un long moment. « Il pense au pari », songea Ivy sans inquiétude. Elle avait misé la moitié de son salaire du mois sur le fait que leur numéro deviendrait le numéro vedette avant la fin de l’année. Frédéric appréciait énormément Gianno et il avait rétorqué qu’ils ne parviendraient jamais à le supplanter. Et maintenant il la regardait comme si elle avait elle-même pressé la détente.

            - Qu’est-ce qui se passe ? répéta-t-elle d’un ton pressant.

            Elle fit mine de prendre conscience des bruits à l’extérieur et une expression horrifiée glissa sur son visage parfait.

            - Quelqu’un a eu un accident ? Frédéric, réponds, je t’en prie !

            L’homme parut faire un effort pour avaler sa salive, puis il secoua la tête.

            - Gianno… Il… Il s’est suicidé !

            Ivy porta la main à sa bouche, plus pour dissimuler son sourire que par horreur véritable. Elle bondit de son lit et courut à l’extérieur. Le gros de la troupe paraissait rassemblé là. Les jongleurs, les dresseurs, la fille de la caisse à la dent ébréchée, les acrobates, la contorsionniste… Ivy jeta un coup d’œil distrait à cette dernière. Même dans l’obscurité, elle paraissait vieille. Elle ne soutenait pas la comparaison, absolument pas.

Au moment où Ivy s’approchait, envahie par l’excitation, une équipe médicale sortit de la caravane de Gianno, portant une civière sur laquelle était allongé un corps. Celui qui avait été le clown le plus apprécié de toute l’histoire du cirque avait disparu dans un sac en plastique noir. Ivy prit une infime inspiration. Ce sac était la plus belle chose qu’elle avait jamais vue. Il représentait son ticket pour sortir de l’ombre, son aller simple pour la gloire. Il représentait son avenir.

Ivy se figea brusquement. Quelque chose avait remué dans le sac ! Les deux hommes qui portaient la civière s’immobilisèrent et peu à peu le monde entier parut se paralyser. Le cœur battant à tout rompre, les yeux écarquillés, Ivy ne comprenait pas ce qui se passait. Lentement, comme si une main invisible tirait dessus, la fermeture éclair du long sac noir s’ouvrit dans un long frottement. Puis celui qui était à l’intérieur s’assit calmement. Il était très blanc, tout l’arrière de sa tête avait été arraché, masse sanguinolente de chair, d’os et de cervelle. Lentement il tourna ses yeux clairs vers Ivy. Il paraissait très triste.

- Pourquoi ? murmura-t-il de sa voix si douce. Je t’aimais…

Ivy réprima un rire hystérique. Elle n’avait jamais assisté à quelque chose d’aussi absurde. Frédéric se tenait juste à côté d’elle. Instinctivement elle se rapprocha de lui, mais il l’ignora.  Il fixait Gianno sans réagir. Le clown défunt repoussa le plastique qui le couvrait et se leva. Il épousseta ses vêtements. Il avait toujours été d’une propreté méticuleuse.

- Tu n’as pas de cœur, Ivy, chuchota-t-il encore. Ton âme est remplie de poison. Ce poison va t’étouffer, il va te tuer. Je t’aimais…

Il fit un pas vers elle et brutalement son expression changea du tout au tout. Désormais il dardait sur elle un regard effrayant, plein de rage et de haine.

- Maudite ! hurla-t-il. Maudite !

Terrorisée, Ivy voulut reculer, échapper à l’horrible apparition, mais ses jambes se dérobèrent sous elle et elle bascula sèchement en arrière.

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 18:30

Bonsoir !

Comme promis, je mets en ligne le début d'une autre nouvelle.
Une partie avait été publiée sur le site Atemporel dans le cadre d'une nouvelle collaborative, mais finalement ça ne s'était pas vraiment fait et j'ai décidé de collaborer avec moi-même. Le récit se découpe en 4 petites parties dont voici la première.

Je vous invite également à jeter un coup d'oeil sur le blog de Zarbouf dont les premières aventures vont être mises en ligne quelques minutes après ce post.

Sinon, rien à voir, mais j'avais envie de le dire... Je suis en train de lire Le Loup des Steppes de Hermann Hesse et je trouve ce bouquin positivement génial, alors je lui fais de la pub (même si monsieur Hesse n'en a plus besoin là où il est). Je le trouve profond et vrai, sans pour autant être chiant ce qui est souvent le cas des bouquins "philosophiques". Mais le style de Hesse est tellement fluide et accessible qu'on se retrouve à réfléchir à des trucs importants sans même s'en rendre compte. Bref, comme vous l'aurez compris, je suis fan. Je n'en dis pas plus, je vous laisse y jeter un oeil par curiosité ou passer votre chemin.

En attendant bonne soirée et vive la lecture ! :o)
@+


Douce Nuit

Ivy tira sur sa cigarette et jeta un regard à sa montre. Il était minuit passé, l’homme qu’elle attendait n’allait plus tarder. La trapéziste se mit à faire les cent pas, promenant son corps mince et athlétique dans l’obscurité, fumant avec une délectation certaine. Si son partenaire l’avait vue avec une cigarette à la main, il lui aurait fait une scène insupportable et Ivy n’était pas mécontente de lui jouer ce petit tour en douce. Frédéric ne cessait de répéter que leur vie dépendait de leur forme physique lorsqu’ils étaient dans les airs. Par moments Ivy songeait qu’elle aurait volontiers eu une petite défaillance au moment de rattraper son tyrannique partenaire. Cette pensée lui arracha un sourire, mais elle dut admettre qu’elle avait encore besoin de Frédéric. Celui-ci était peut-être un imbécile, mais il était doué et il était malheureusement pour quelque chose dans le succès de leur numéro.

            La nuit était douce en ce mois d’août. Le voile nocturne avait apaisé la fournaise du jour et la température était très agréable. Un grand calme s’était étendu sur la petite place qu’occupait le cirque, le silence était profondément tranquille. Ivy leva les yeux, mais les lumières de la ville qui les entourait cachaient le scintillement des étoiles. C’était sans importance, la jeune femme n’avait jamais été sentimentale et les beautés de la nature la laissaient indifférente. Une seule beauté méritait son attention, la sienne, et c’était pour en sauver la réputation qu’Ivy avait mis en route tous les engrenages qui l’avaient conduite à cette douce nuit.

            Ivy ne tressaillit même pas lorsqu’une ombre se détacha soudain des luxueuses caravanes et se dirigea furtivement vers elle. Le nouvel arrivant voulut l’enlacer tendrement, mais la jeune femme le repoussa avec une froideur cruelle, réprimant un sourire en constatant à quel point il était facile de le blesser. Il se mit à lui murmurer des paroles d’excuses, des mots d’amour qui reflétaient toute la délicatesse d’une âme extraordinairement sensible. Ivy écouta ces atermoiements avec distance, puis elle prit une profonde inspiration, interrompit le flot de gentillesses et se mit à déverser son poison.

            Ivy ne parla pas très longtemps, mais elle savait trouver les mots pour toucher, humilier, détruire. Elle piétina l’homme qui l’avait rejointe comme elle aurait piétiné de la mauvaise herbe, avec mépris et froideur. Il fut incapable de lui répondre et, au moment où elle tournait les talons, elle sut qu’elle allait triompher. Elle prit tout de même la peine de se cacher et d’observer le résultat de ses intrigues. Sa victime resta immobile un très long moment, la tête basse, puis l’homme pivota mécaniquement sur lui-même et se mit en marche, inéluctablement. Ivy le suivit, ultime mesure de précaution.

            L’homme regagna sa propre caravane et Ivy vit une lumière s’allumer à la petite fenêtre. La jeune femme n’eut pas besoin de patienter très longtemps. L’homme n’était pas dans la caravane depuis deux minutes qu’un coup de feu ébranlait violemment le silence nocturne. Ivy se mordit la lèvre inférieure, puis porta la main à sa bouche pour étouffer un rire de triomphe et s’éloigna en courant.

            Un moment plus tard, elle était allongée dans son lit, feignant d’ignorer l’agitation que le coup de feu avait déclenchée, un large sourire étirant sa bouche si désirable. Elle avait réussi, elle s’était débarrassée de son rival. Le fameux clown Gianno qui attirait tant de gens au cirque n’était plus, désormais on ne viendrait plus que pour la voir, elle. Sa beauté n’avait plus à souffrir de cette insupportable concurrence. Oh oui, comme cette nuit était douce…

 

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 20:10
Bonsoir tout le monde !

J'ai une annonce à faire.
Vous aimez les légumes verts ? Les gens autour de vous trouvent que votre humour n'est accessible que pour les sages de la planète Ninpaurteukoi ? Vous avez de vagues origines dans la région de Bruxelles ? Dieu vous parle parfois et se prend pour votre grand-père ? Alors vous êtes prêt à découvrir... Zarbouf !
Le premier chou de Bruxelles sauveur de planète vous invite à découvrir ses aventures foldingotes ici :
http://zarbouf.over-blog.com/ (cf les liens)

Pour être un peu plus sérieuse, Zarbouf est le héros d'une série d'histoires que j'ai écrites avec une amie, le but étant de partir dans le délire le plus total. Vous pourrez juger par vous-même si on a réussi ou non. Le premier texte sera en ligne demain soir. N'hésitez pas à laisser des commentaires, la seule chose exigée c'est l'humour ! ;o)

Bonne soirée !
@+
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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 13:42
Hello !

Wouah, deux articles dans la même journée, je vais avoir une crampe de blog. ;o)

Tout ça pour vous demander ce que vous pensez du nouveau look du blog.
J'en avais un peu marre de l'ancien, alors j'ai tenté quelque chose de différent. Brice, je me suis permis d'utiliser un des essais que tu avais fait pour la couv de La Lune Noire.
J'espère que ça vous plaît.

Bonne fin de journée !
@+
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Published by Anaïs Cros - dans Divers
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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 08:12
Bonjour !

Voilà la dernière partie de la nouvelle.
Désolée pour la chute un peu minable, mais je n'étais pas très inspirée.
Je continue à bosser sur mes cours de scénario, j'espère avoir quelque chose à vous faire lire dans les prochains temps.

En attendant, bon week-end (prolongé pour certains) !
@+


2 avril 2109, Oïmiakon, 3h32

 

            Cette fois-ci c’est la fin ! Ces salopards en ont eu marre d’attendre qu’on sorte de notre boîte de conserve, ils vont nous balancer au feu avec ! Ca leur a pas suffi d’arracher la tête à Dorian et de mettre Kurt en pièces ! Ca leur a pas suffi d’empoisonner Sven et Katrin, maintenant ils veulent nous balancer dans la brume ! Il y a une heure, ils se sont mis à gratter sur la coque du speedster, de plus en plus fort. Et puis on a commencé à bouger. Au départ c’était presque imperceptible, un centimètre après l’autre, mais maintenant ils ont accéléré. Je ne comprends même pas comment ces monstres peuvent déplacer un engin de plusieurs tonnes, mais ils sont en train de nous traîner vers le cratère. Ca a fait marrer Pierre quand il a compris. Maintenant il attend, son détonateur à la main. Dès qu’on commencera à glisser dans le trou, il fera tout péter. En espérant qu’on arrivera à refermer la porte. En espérant que ça suffira à les arrêter. En espérant qu’on ne passera pas de l’autre côté. En Enfer. Mon dieu, si Vous existez, c’est le moment de Vous montrer… Pierre m’appelle, il faut que je reste avec lui, que je lui donne le courage de nous tuer tous les deux. Personne ne lira ce journal, je le sais maintenant. Personne ne saura jamais ce qui nous est arrivé. On va mourir. On va mourir. C’est dingue. On va mourir.

 

 

Rapport radio de l’unité 5 des Forces de Sécurité de la Confédération Eurasienne

 

5 avril 2109. 8h00. Avons retrouvé le speedster X-W890 avec tout son équipage. Il semblerait qu’ils soient tous devenus fous après inhalation d’un gaz inconnu émanant d’un cratère situé dans la banlieue sud-ouest d’Oïmiakon. Examen médical poussé recommandé pour tous les membres de l’unité. Les scientifiques étudient le cratère avec toutes les précautions nécessaires. Le capitaine du X-W890, Kurt Weiler, a été battu à mort par au moins 4 individus, sans aucun doute ses compagnons. Son décès remonte au 30 mars 2109 à 12h14. Dorian Grey, médecin et biologiste, a été décapité avec un fusil laser faisant partie de l’équipement du speedster. Son décès est établi au 30 mars à 14h23. Sven Stillson, physicien, a reçu dans le ventre une décharge provenant d’un PZ-3 appartenant à l’équipe. Il est mort le 1er avril 2109 à 10h49. Katrin Weiler, physicienne, a été étranglée le 1er avril 2109 à 23h01. Pierre Grache, mercenaire, et Tarek Abdellatif, régulateur, semblent s’être fait exploser dans le speedster avec des charges de H-47 le 2 avril 2109 à 3h44. Aucune trace d’autres personnes. Continuons à rassembler les éléments de l’enquête. Terminé.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 18:54
Avant-dernière partie de cette bizarre petite nouvelle...

Bonne lecture !
@+


2 avril 2109, Oïmiakon, 00h13

 

            Katrin est morte. Il ne reste plus que Pierre et moi. Je sais pas comment c’est possible après avoir vu Katrin s’étouffer dans des glaires pleins de sang, mais j’ai eu faim tout à l’heure. Quelques biscuits traînaient encore dans le speedster. Je me suis vautré dans le fauteuil du pilote, j’ai posé les pieds sur le tableau de bord et j’ai regardé par la vitre. La nuit était profonde et même avec les lumières allumées à l’intérieur du speedster on n’y voyait pas à dix mètres. Des ombres frôlaient les bords du cercle éclairé, mais elles avaient la prudence de ne pas se laisser voir. Le pire dans tout ça c’est peut-être qu’on ne les a jamais vraiment vus. Ils sont dehors, ils ont tué Dorian, puis Kurt, ils ont mordu Sven et Katrin pour les infecter avec leur saloperie de poison, mais on ne sait pas vraiment à quoi ils ressemblent. Ils ont l’air humain, mais ils ne le sont pas, j’en suis sûr. Ils sont sortis de la brume jaunâtre, cette brume qui a crâmé les gerbilles en quelques secondes. Ils sont sortis pour nous massacrer.

            J’essayais paresseusement de les voir quand Pierre m’a rejoint. Il s’est affalé dans le fauteuil du copilote et il m’a piqué un biscuit. Ses yeux fouillaient la nuit de l’autre côté de la vitre, un peu hagards, tandis qu’il mâchait distraitement. Il était torse nu malgré le froid et j’ai découvert qu’un énorme tatouage suivait les courbes de son ventre musclé. C’était un serpent d’un réalisme effrayant, lové là comme s’il dormait.

            - Je pense que ce truc est l’entrée de l’Enfer, a-t-il dit.

            D’habitude je le comprenais parfaitement, mais là son accent français était à couper au couteau. J’ai failli lui faire répéter, mais les mots se sont mis en place et j’ai compris. J’ai fait un geste dubitatif.

            - Kurt avait plutôt l’air de penser à une porte vers une autre dimension.

            Pierre a haussé ses épaules musclées.

            - C’est la même chose, a-t-il décrété.

            Je n’ai pas protesté. Peut-être bien qu’il a raison.

            - Katrin est morte.

            Il était occupé à l’autre bout du speedster pendant qu’elle agonisait. Mais apparemment il lui avait jetée un œil avant de me rejoindre, car il a hoché la tête comme s’il était déjà au courant.

            - Nous aussi, on est mort, a-t-il rétorqué.

            Encore une fois je n’ai pas trouvé quoi répondre. Pierre a poussé un profond soupir.

            - J’ai toujours su que je crèverais comme ça. Cerné. Piégé. C’est bizarre, non ?

            J’ai détourné les yeux sans rien dire. Ce qu’il a dit ensuite m’a positivement stupéfait.

            - Mais je suis content de crever avec toi. Je sais que je me suis toujours comporté comme un sale con avec toi, mais crois-le ou non, tu étais mon préféré de la bande. Les autres se croyaient tous invincibles. Toi tu as les pieds sur terre, je l’ai tout de suite senti. J’ai jamais pu encadrer les mecs qui se croient à l’abri de tout. Personne n’est à l’abri de tout, personne à part Dieu.

            Je ne le savais pas croyant. C’était sûrement tout récent. Ce qui nous cernait, rampant dans l’ombre, avait de quoi réveiller bien des fois endormies. Il a posé sa grosse main sur mon épaule.

            - Je suis content de t’avoir connu, Tarek.

            Je crois bien que je l’ai fixé une minute sans savoir quoi faire. Lui tomber dans les bras ? Lui rappeler toutes les insultes racistes qu’il m’avait balancées à la gueule depuis que je le connaissais ? Le tuer peut-être ? Finalement j’ai tapoté son bras avec embarras.

            - Moi aussi, Pierre.

            Il m’a souri.

            - J’ai posé des charges dans tout le speedster. S’ils sont encore là demain matin, je les fais exploser.

            Je crois que j’ai blêmi. Brusquement sa main sur mon épaule m’a paru peser des tonnes. J’ai dégluti, lentement, puis j’ai hoché la tête.

            - Bonne idée.

            Ma voix n’était qu’un filet, mais ça lui a suffi. Il a hoché la tête à son tour et il est ressorti de la cabine de pilotage, son sourire vissé aux lèvres.

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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 13:01
Bonjour !

Euh... comment expliquer mon long silence...?
Eh bien en fait j'ai été enlevée par des extra-terrestres. Si si, c'est vrai. Ils ont fait des expériences sur moi, j'ai dû réapprendre à avoir un boulot, passer mon permis moto, lire plein de livres et voir plein de films au cinéma. Un enfer. Et en plus ils ne me laissaient même pas continuer à écrire cette nouvelle. Dure vie. O:o)
Heureusement ils m'ont enfin libérée et j'ai pu terminer cette histoire. Il reste trois parties, en incluant celle-ci, alors savourez-les bien. Je publierai les deux dernières dans les prochains jours.

Autre info très importante : pendant ce coma bloggesque, Brice, mon illustrateur bien-aimé, a sorti quelques chansons avec son groupe. Du rock indépendant très très très sympa à découvrir d'urgence ici :
http://www.myspace.com/stlazpigalle . Et si vous aimez, vous pouvez même vous procurer leur cd cinq titres en prenant contact avec eux. Alors ouvrez grand vos oreilles, parce que ça déchire !!! (oui, je sais, quand je suis enthousiaste, je parle comme les djeuns ;o).

Et maintenant, place à la lecture.

Bonne fin de journée !
@+

1er avril 2109, Oïmiakon, 22h

 

            J’ai dû m’interrompre tout à l’heure pour aller voir Katrin. Elle délire complètement, elle ne m’a même pas reconnu. Elle n’a pas arrêté de m’appeler Kurt. Comme si j’avais une gueule de viking blond… Je crois qu’elle n’en a plus pour longtemps, mais j’ai quand même essayé de la faire boire. Elle a pratiquement tout recraché. Elle brûle comme une cheminée et son bras a pris une couleur violette dégueulasse. Il est tout boursouflé et il dégage une odeur répugnante. Je l’ai bourrée d’antibiotiques, mais ça n’a pas l’air de servir à quoi que ce soit. Ils lui ont mis un poison dans le corps, un truc contre lequel on ne peut rien.

Le cadavre de Sven commence à sentir aussi, mais je n’ai pas le courage d’y toucher et je crois que Pierre non plus. Le Français m’a tout l’air d’avoir pété un plomb. Il a entrepris un inventaire de toutes les armes que contient le speedster et il les a alignées au milieu de la coursive dans une espèce de fresque absurde. Comme si nos armes pouvaient quelque chose contre eux. Par moments j’entends leurs ongles gratter la carlingue et c’est comme si le speedster était recouvert d’un immense tableau noir. Ca me colle des frissons à m’en faire claquer des dents. De temps en temps il y en a un qui balance une caillasse sur la vitre du poste de pilotage. Même une bombe nucléaire de quatrième génération ne viendrait pas à bout de cette vitre, pourtant à chaque fois j’ai l’impression qu’elle va éclater en morceaux.

Si ce n’est pas eux qui nous tuent, la folie le fera. C’est pour ça qu’il faut que je termine ce récit avant de ne plus en être capable. Je commence déjà à avoir des absences. Merde, elles durent vraiment de plus en plus longtemps. Je regarde autour de moi et il fait jour. Le temps d’un battement de cil et c’est la nuit. Entre les deux le néant. L’horreur. Je n’ai jamais eu autant peur de ma vie et pourtant je n’ai jamais été aussi calme. Peut-être à cause de la certitude que je vais mourir et que je ne peux rien y faire… L’inéluctable a quelque chose de rassurant. On pose son fardeau et on se laisse simplement porter. A quoi bon essayer de lutter contre l’inévitable…

On n’en était pas encore là il y a trois jours. Bien sûr, l’expérience avec les gerbilles nous avaient foutu un sacré coup, mais on arrivait encore à gérer. On n’en était pas encore revenu au stade d’animaux traqués. Sven avait passé la moitié de la nuit sur l’Interlink à faire des recherches, mais le réseau avait été inhabituellement lent. Lorsque je m’étais levé vers 5 ou 6h, j’avais trouvé Sven en train de ricaner hystériquement. De la fumée montait d’un gros trou dans l’écran de l’ordinateur. Apparemment Sven y avait balancé une chaise quand il avait compris que l’Interlink ne fonctionnait plus. Un bref essai radio nous avait confirmé que nous n’avions plus aucun moyen de communication avec l’extérieur. Nous étions coupés du monde et Sven continuait à ricaner comme un débile ou un psychopathe. Il avait fallu que Kurt lui colle une baffe pour qu’il se calme enfin. Je ne l’avais jamais vu comme ça.

Pierre avait monté la garde toute la nuit à la porte du bâtiment, mais il n’avait rien vu d’anormal. Il était probablement le plus serein d’entre nous. La guerre, ça le connaissait, il avait des nerfs en acier trempé. Quand je le regarde maintenant… Il rigole tout seul et il baragouine des trucs dans sa langue. Je n’y pige pratiquement rien, mais il y a quelques mots qui reviennent tout le temps et ceux-là je sais ce qu’ils veulent dire : on va crever. Ouais, mon pote, tu as raison. On va crever. Je parie que tu aurais préféré ne pas mourir avec un connard d’arabe, mais c’est comme ça. A choisir, j’aurais aussi préféré claquer entre les bras d’une jolie poupée. Katrin… Merde, je crois qu’elle est en train de dégueuler. Faut que j’aille voir.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 18:14
Hello !

Désolée pour le retard, mais je me suis laissée un peu débordée les deux derniers jours. Je vais me rattraper, promis. ;o)

Bonne lecture !
@+

PS : comme d'hab, j'attends vos indications pour la suite.


1er avril 2109, Oïmiakon, 15h30

 

            Ca va mal. Ca va vraiment très mal et je ne vois pas comment on va s’en sortir. Je crois que cette fois-ci je vais mourir. J’ai besoin d’écrire ce qui s’est passé, besoin de laisser ce témoignage. On n’a plus aucun moyen de communiquer avec l’extérieur et je sais qu’on sera tous morts avant que quelqu’un ait l’idée de se demander ce qu’on fout. Au moins quand ils enverront une équipe d’intervention et qu’ils retrouveront nos cadavres, ils sauront ce qui s’est passé. Vous comprenez, vous qui me lisez ? C’est pour vous que j’écris ça alors que je suis malade de trouille, que mes mains tremblent et que la mort rôde à quelques pas. Pour que vous ne vous fassiez pas avoir vous aussi.

            Tout a commencé à partir en vrille il y a quatre jours. Un transporteur nous a déposé notre nouveau matériel et est reparti aussi sec. Pierre avait passé la veille à fouiller les environs. Il avait trouvé pas mal de traces du passage d’un ou deux individus, mais aucun autre indice. Le ou les salopards qui avaient posé le piège à loup savaient se dissimuler. Quant à leurs objectifs, ils étaient des plus obscurs. Kurt a finalement décidé qu’il s’agissait probablement d’un autochtone récalcitrant à se barrer et il a dit qu’on devait laisser tomber. J’ai bien vu que ça ne plaisait pas trop au Français, mais c’est un militaire et il a obéi.

            Je boitillais encore, mais je pouvais me tenir debout sans mal, alors j’ai aidé les autres à installer le nouveau matériel. On attendait beaucoup de ce nouveau scan et on était tous autour de l’écran quand il a affiché ses relevés. Résultat : néant. Ce truc qui était capable de détecter le plus infime changement dans la structure du soleil était infoutu de scanner notre minuscule cratère. Kurt était furieux. Et inquiet aussi, je crois. A raison, comme d’habitude.

            Sven insistait pour descendre et faire des prélèvements. Je n’avais jamais remarqué à quel point il pouvait être tête brûlée, mais ça m’a frappé ce jour-là. Mais Kurt ne voulait pas prendre de risques inconsidérés. Il avait fait venir des gerbilles d’expérimentation, plus pratiques que les souris par bien des aspects, et il avait décidé qu’elles seraient les premiers êtres vivants à descendre. On a tous approuvé, sauf Sven qui faisait un peu la gueule.

            Sans attendre plus longtemps, on a dressé une poulis au-dessus du cratère. On a mis quelques bestioles dans une petite cage en verre incassable et on les a fait descendre. D’après la plupart des expériences, il fallait environ quinze minutes à la majorité des ondes mortelles pour agir. On a donc attendu quinze minutes. Le filin d’acier qui retenait la cage ne bougeait pas d’un millimètre et aucun tension particulière ne paraissait s’exercer dessus. Une fois le délais écoulé on a remonté la cage. On ne s’attendait à rien de particulier. On a tous halluciné. Les gerbilles avaient disparu ! Il n’y en avait plus une seule !

            On n’en croyait pas nos yeux et Dorian a examiné la cage de fond en comble, mais pas moyen de retrouver la moindre trace. Il n’en restait même pas un poil ! Elles s’étaient purement et simplement volatilisées. Aucun de nous n’avait jamais vu ça et je crois que c’est à ce moment-là qu’on a commencé à flipper. Pourquoi est-ce qu’on n’a pas écouté l’instinct qui nous poussait à nous barrer sur-le-champ ? Les humains sont stupides. Mettez-les face au danger, bien en face, et ils continuent à faire comme si de rien n’était en prenant ça pour du courage. C’est rien d’autre que de la connerie.

            Quand Dorian en est arrivé à la conclusion que les gerbilles n’avaient pas laissé le moindre atome dans la cage, on a hésite un moment. Mais il nous restait encore des bestioles et on a fini par décider de faire d’autres tests. On en a redescendu, par paquets de cinq. A chaque fois on attendait un peu moins longtemps, dix minutes, cinq minutes, deux minutes, une minute, trente secondes… A chaque fois elles disparaissaient alors que la cage et le filin étaient parfaitement intacts. C’était à devenir fou.

Et puis on les a laissées cinq secondes. Quand on les a remontées, les pauvres bestioles n’avaient qu’à moitié disparu. La plupart n’avaient plus de poils, plus de peau, plus d’oreille, d’yeux ou de narines. Elles avaient crevé et il n’en restait qu’un amas de chair sanguinolent dont les vaisseaux sanguins paraissaient sur le point d’éclater. Ce soir-là autour du dîner, Sven a remercié Kurt de pas l’avoir laissé descendre.

            N’empêche, on ne savait pas quoi faire. Des phémonènes bizarres on en avait déjà affronté un paquet et la plupart du temps on avait réussi à gérer ça jusqu’à éradiquer les anomalies. Mais comment est-ce qu’on aurait pu éradiquer un truc qu’on n’arrivait pas à analyser ? Comment est-ce qu’on pouvait faire disparaître quelque chose alors qu’on ne savait même pas ce que c’était ? Je crois qu’aucun de nous n’a très bien dormi cette nuit-là. Je me suis retourné des dizaines de fois et j’avais l’impression de sentir encore les dents du piège à loup dans ma jambe. Le lendemain je me suis réveillé avec de la fièvre et l’impression que les choses ne pourraient pas être pires. Je me plantais.
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