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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 20:35
Désolée pour le délais... O:o)

Bonne soirée !
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           J’étais rentrée chez moi le matin et dès l’accord passé avec le tableau j’appelai une connaissance que je ne craignais pas de traumatiser et elle me promit de passer dans l’après-midi. J’avais prétendu un coup de cafard à cause de Simon et elle avait aussitôt répondu présente. On dit que les requins sont attirés par l’odeur du sang, c’est aussi vrai pour certaines personnes en ce qui concerne les chagrins d’amour. En vérité je ne pensais absolument plus à Simon pour le moment. L’idée que Béatrice puisse également entendre le tableau commençait à faire son chemin en moi et j’en ressentais une excitation grandissante, même si ma raison s’efforçait de jouer les garde-fous.

            En attendant l’arrivée de Béatrice, je me préparai tranquillement mon déjeuner et mangeai avec le portrait appuyé sur la chaise en face de moi. J’avais pour le moment pris mon parti de sa « présence » et il semblait positivement ravi que j’accepte de bavarder avec lui. Il s’adressait à moi avec une politesse presque excessive et des manières qui finirent par me faire rire, tout en me charmant malgré moi. L’élégance de ses propos et son humour un peu cynique éveillaient en moi une image gracieuse et aristocratique et je finis par me prendre à regretter qu’un tel homme ne soit pas devant moi en chair et en os. Je m’étais à peine formulé cette pensée que je m’en blâmai. Ce tableau ne parlait pas, il n’avait pas d’âme et moi j’étais folle.

            Cependant ce fut un agréable moment que je passai jusqu’à l’arrivée de Béatrice. La sonnette retentit vers quinze heures alors que j’étais en train de demander au portrait ce qu’il pensait de la musique moderne. Il se tut aussitôt. Nous échangeâmes un bref regard et tout en me dirigeant vers la porte je me mis à prier pour que Béatrice l’entende également. Nous avions convenu qu’il valait mieux qu’il ne s’adresse pas directement à elle, mais qu’il dise simplement un mot ou deux et que nous verrions sa réaction.

            Lorsque j’ouvris la porte Béatrice se précipita vers moi pour me faire les bises, me demandant comment j’allais, traitant Simon d’imbécile, me montrant les nouvelles chaussures qu’elle avait achetées, véritable petite tornade. Je me souvins soudain de la raison officielle pour laquelle je l’avais fait venir et m’efforçai de prendre un air affligé. Je l’invitai à s’asseoir et elle se laissa tomber sur le canapé avec un profond soupir. Je lui proposai du café et comme je le préparais elle désigna soudain le portrait que j’avais laissé sur un fauteuil.

            - Tu as décroché Chopin ? demanda-t-elle avec stupéfaction.

            Mon attachement au compositeur étant devenu un sujet de plaisanterie entre nous son étonnement était compréhensible. Je me maudis de ne pas y avoir pensé. Je réfléchis à toute vitesse.

            - Pas exactement, fis-je avec détachement. Le clou a lâché cette nuit et il m’est tombé dessus.

            - Tu ne t’ais pas fait mal au moins ? s’inquiéta aussitôt Béatrice.

            - Ca m’a fait un choc, répondis-je sans réellement mentir. Mais je ne garde aucune séquelle, rassure-toi.

            Comme le café était en train de passer, je vins m’asseoir à côté d’elle. Je tournai ostensiblement le dos au portrait, me demandant pourquoi il n’avait encore rien dit. Cela commençait à m’inquiéter, mais je savais que je si le regardais les choses seraient encore pires. Mais j’aurais dû lui faire confiance. Béatrice m’avait demandé si j’avais des nouvelles de Simon, je lui répondais que non, je n’avais pas eu un coup de fil ou quoi que ce fut d’autre depuis une semaine, me rendant compte de cet état de fait en l’énonçant, lorsque la voix désormais familière s’éleva dans mon dos.

            - Bonjour.

            Le plus difficile fut de ne pas m’interrompre, mais je réussis à achever ma phrase aussi naturellement que possible. Cependant Béatrice avait sursauté et regardait derrière moi, les sourcils froncés. Malgré mon cœur qui battait la chamade, je parvins à prendre l’air étonné

            - Quelque chose ne va pas ? demandai-je avec une inquiétude apparente et une véritable jubilation intérieure.

            Elle secoua la tête.

            - Ce n’est rien, j’ai cru entendre quelque chose. Ca doit être chez les voisins. Tu disais ?

            Je répétai ce que je venais de dire, ravalant avec effort les sourires qui se frayaient un passage jusqu'à mes lèvres, et Béatrice me fit le commentaire que l’on pouvait attendre d’une amie, à savoir qu’elle prit mon parti contre Simon qu’elle prétendit d’ailleurs ne jamais avoir aimé. Cela me rappela les paroles du portrait et j’eus soudain envie de lui faire un clin d’œil. Me levant pour chercher le café, je tournai franchement le dos à mon invitée et adressai un large sourire au portrait. Il demeura parfaitement impassible, mais je crus voir quelque chose d’indéfinissable changer dans son œil.

            Comme je remplissais deux tasses de café, il prit le risque de parler à nouveau.

            - Bonjour, répéta-t-il.

            Cette fois Béatrice jaillit littéralement du canapé, les yeux écarquillés par l’horreur.

            - Tu as entendu ? chuchota-t-elle avec affolement.

            Je me tournai vers elle, la cafetière encore à la main, l’air aussi innocent que le petit Jésus dans la crèche.

            - Entendu quoi ? demandai-je.

            Je jugeai que j’avais pris un ton presque trop ingénu, mais Béatrice n’était pas en état de s’en rendre compte. Elle tendit un doigt accusateur vers le portrait.

            - Il a parlé ! s’exclama-t-elle avec un mélange de dégoût et de peur. J’ai vu ses lèvres bouger ! 

            Je me souvins soudain que Béatrice m’avait à plusieurs reprises parlé de ses croyances dans les fantômes et autres. J’avais bien choisi mon cobaye. A moins que je ne considère que cela jetait le discrédit sur ce qu’elle pouvait prétendre. Gardant l’attitude que j’aurais eue en temps normal, je haussai un sourcil sceptique et fis le tour du fauteuil pour regarder le portrait.

            - Et il a dit quoi ? fis-je d’un ton légèrement moqueur.

            - Bonjour ! répliqua-t-elle. Il a dit bonjour !

            - Bon, au moins il est poli, c’est déjà ça, répondis-je joyeusement.

            Béatrice me regarda avec fureur.

            - Tu crois que je plaisante ? s’écria-t-elle.

            - Parce que tu es sérieuse ? rétorquai-je d’un ton à la fois amusé et inquiet.

            Je ne me serais pas cru aussi bonne comédienne. Peut-être cela tenait-il au fait que j’étais en train de vivre la scène qui aurait normalement dû se dérouler pour moi et la réaction que j’aurais normalement dû avoir. Béatrice était déjà en train de ramasser ses affaires. Je me précipitai pour l’arrêter.

            - Attends, tu vas pas partir comme ça ! la retins-je.

            - Pas question que je reste ! fit-elle dans un frisson. Tu connais mon opinion sur les fantômes, Anna. Si tu veux je peux demander à des amis l’adresse d’un exorciste ou…

            - Arrête, l’interrompis-je, j’ai rien entendu du tout, moi. Tu es sûre que tu n’es pas trop surmenée ?

            Elle haussa les épaules.

            - Crois-moi, me mit-elle en garde, tu ferais mieux de te débarrasser de ce tableau. Les bonnes âmes vont au paradis, il n’y a que les mauvaises qui restent sur Terre. Tu dis que c’est le clou qui s’est décroché, mais moi je suis sûre que le tableau a fait exprès de te tomber dessus. Méfie-toi, méfie-toi. En tous cas, je suis désolée, mais tant que tu le garderas ici, je ne mettrai plus les pieds dans cet immeuble.

            Et elle sortit. Je demeurai un moment sincèrement stupéfaite de la virulence de sa réaction. J’aurais cru qu’elle mettrait ses sens en doute, jamais qu’elle accepterait immédiatement la vérité. Comme je n’avais toujours pas refermé la porte derrière elle, fixant l’escalier dans lequel elle s’était engouffrée dans un grand vent de tissu et de parfum, on m’appela.

            - Me croyez-vous maintenant ? lança le portrait depuis le fauteuil.

            Je fermai aussitôt la porte, poussant même le verrou, puis je récupérai ma tasse de café et m’assis sur le canapé, serrant la céramique entre mes paumes pour me réchauffer les mains. J’avais presque été étonnée de l’entendre à nouveau. A jouer ainsi la comédie, j’avais presque failli me convaincre moi-même que je n’avais rien remarqué. Je bus une ou deux gorgées de café, pensive. Le portrait m’observait, ne semblant plus oser prendre la parole. Nous restâmes dans le silence jusqu’à ce que j’aie fini mon café et posé ma tasse sur la table devant moi. Je pliai ensuite mes jambes en tailleur, croisai les bras avec décision et plantai mon regard dans celui du tableau.

            - Je crois que vous avez des tas de choses à me dire, répondis-je enfin.

            Et je lui adressai un large sourire qu’il me rendit aussitôt.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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