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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 22:10
Suite de la nouvelle !

Bon week-end à tous ! :o)
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           Lorsque je m’éveillai le lendemain, j’eus toutes les peines du monde à me dégager des draps qui s’étaient enroulés autour de moi comme pour me momifier. J’étais vaguement nauséeuse et un léger mal de tête me taraudait, mais a priori j’avais encore toute ma raison. Mon premier geste, après avoir réussi à m’extirper du lit, fut de regarder le portrait de Chopin. Comme toujours le regard du musicien se portait au-delà du monde et ses lèvres étaient à peine entrouvertes. Je secouai la tête avec un soupir amusé. Certains rêves sont vraiment réalistes, songeai-je ironiquement. Mais je ne pus me cacher longtemps que sous cette ironie se cachait un peu de l’angoisse que j’avais ressenti pendant ce rêve. Ou plutôt ce cauchemar.

            Ces derniers vestiges d’inquiétude furent chassés par une longue douche et un bon petit-déjeuner. J’avais à nouveau parfaitement repris pied dans la réalité. J’étais en train de préparer mon repas de midi, chantant à tue-tête pour accompagner le cd que lisait ma chaîne, lorsque le téléphone sonna. J’esquissai un pas de danser pour éteindre la musique, puis décrochai.

            - Allô ? lançai-je avec bonne humeur.

            Je fus envahie de joie en reconnaissant la voix de Simon, mon petit ami depuis quelques mois. Il n’avait pas pu venir la veille au soir pour des raisons qui m’avaient échappé, mais j’étais ravie de l’entendre. Cependant mon plaisir décrût aussi vite qu’il était monté. Je l’écoutai pendant un petit moment, mon corps se crispant lentement. Lorsque je voulus parler, je dus d’abord me forcer à desserrer la mâchoire.

            - Comment ça tu me quittes ? finis-je par articuler.

            Avec un froid détachement je constatai qu’il eut un temps d’hésitation. Il avait au moins la politesse de paraître un peu gêné. Il marmonna quelques paroles inintelligibles dans lesquelles je distinguais la présence d’une autre femme et quelque chose comme le train- train quotidien.

            - Tu aurais au moins pu me le dire en face, coupai-je d’un ton glacé.

            Nouveaux marmonnements. Plates excuses. Sait qu’il est lâche. Désolé. Sans lui laisser le temps de finir, je raccrochai d’un geste brusque. Je fixais encore le téléphone lorsqu’il se remit à sonner. Je décrochai le combiné, le posai sans écouter la voix nasillarde qui en sortait et remis la musique, avant de poursuivre la préparation de mon repas. Aucun problème. Il voulait partir ? Je le rayais de ma vie.

            Quelques heures plus tard, je me retrouvai pelotonnée à la tête de mon lit, les draps serrés contre moi comme un vestige de doudou enfantin. Ma chaîne égrenait les Nocturnes de Chopin que j’aimais écouter lorsque tout me semblait désespérément sombre. Fixant le bout du lit, je serrai les dents à en avoir mal, m’empêchant de pleurer. J’allais parfaitement bien. Parfaitement bien. Je poussai un soupir profond comme les abysses, songeant au film que j’aurais dû aller voir au cinéma si ma vie n’avait pas connu un brusque raté. De toute façon il  ne m’intéressait pas. Plus rien ne m’intéressait.

            - Je suis désolé, fit soudain une voix. Vous sembliez très attachée à lui.

            Je fermai les yeux dans un gémissement désespéré. Ca recommençait.

            - Ne vous laissez pas abattre, poursuivit le portrait avec une grande douceur. Il ne vous méritait pas. Pour ma part, je ne l’ai jamais apprécié.

            J’eus un sursaut involontaire. Me laissant envahir par la colère pour écarter ma peur, je me redressai et me tournai vers le tableau. Il me souriait amicalement.

            - Comment ça vous ne l’avez jamais apprécié ? répliquai-je d’un ton soupçonneux. Ca fait combien de temps que vous m’espionnez ?

            A l’instant où je prononçais ces paroles, je me sentis envahie par l’horreur. Je devenais vraiment cinglée. Je parlais à un tableau. Et ce tableau me répondait.

            - Je ne vous espionne pas, disait-il d’un air offusqué. Je suis là de temps en temps, c’est tout.

            Je me levai brusquement et reculai précipitamment, manquant de renverser ma table de chevet. Cette fois je n’étais pas en train de rêver et je n’avais pas bu une goutte d’alcool. Ne restait plus qu’une solution : je perdais la boule. Je m’obligeai à prendre de profondes inspirations tandis que le portrait m’observait avec inquiétude.

            - Très bien très bien très bien, marmonnai-je. J’ai une hallucination. C’est ça, une hallucination. Et j’ai conscience que j’hallucine.

           Je secouai la tête. Je ne me souvenais pas si les théories que j’avais étudiées prévoyaient ce cas de figure. A vrai dire, j’en doutais fortement. Je tournai néanmoins ostensiblement le dos au portrait pour fouiller dans ma bibliothèque où j’avais abandonné tous mes cours de fac avant de me tourner vers l’écriture.

            - Qu’est-ce que vous faîtes ? demanda le tableau.

            Je frémis et décidai de faire comme s’il n’était pas là. Je lui tournai encore davantage le dos et entrepris de fouiller dans mes vieux classeurs. Psychose… Hallucinations… Je lus rapidement les quelques lignes à ce propos disséminées dans tous mes cours. Comme j’aurais pu le prévoir, cela ne m’apprit strictement rien. Le portrait n’avait plus rien dit et lorsque je finis par me relever j’espérais vaguement que c’était passé. Mais à peine avais-je reposé les yeux sur lui qu’il se ranima.

            - Vous n’êtes pas folle, affirma-t-il. Laissez-moi vous expliquer.

            - C’est ça, grognai-je. Je ne suis pas folle et il y a des tas de gens qui écoutent des tableaux leur raconter leur vie. D’ailleurs pourquoi un tableau ne parlerait pas ? Hein ? Nan mais franchement ?

            Tout en débitant ces stupidités d’un air bravache, je m’approchai prudemment pour décrocher le tableau du mur. Une autre idée venait de me traverser. On était capable de faire tellement de choses avec la technologie de nos jours, peut-être tout ceci n’était-il qu’une vaste blague extrêmement sophistiquée. Je dus m’obliger à poser les doigts sur le cadre un peu poussiéreux, mais malgré mes craintes je ne ressentis aucune brûlure, je ne fus pas foudroyée sur place, et je pus retirer le portrait du mur. J’examinai rapidement le cadre, puis le dos de la peinture, mais rien ne semblait anormal. J’envisageais de découper la toile du fond pour voir si elle ne cachait rien, mais on aurait dit que le portrait avait lu dans mes pensées.

            - N’abîmez pas le tableau ! fit-il soudain.

            Il ajouta encore autre chose, mais je ne le compris pas. J’avais laissé tomber la peinture à l’envers sur le lit et j’avais dévalé l’escalier de la mezzanine à toute vitesse. En quelques secondes j’eus enfilé mes chaussures, attrapé mon sac et quitté le studio. La rupture avec Simon avait au moins un avantage, elle me permettait de me réfugier chez une amie sans avoir besoin de mentionner que j’avais fui devant un tableau parlant.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Einsam 26/09/2009 12:43


J'AAAAAAAAAAIIIIMME !!!!!!! Y'a un bon rythme, l'histoire est très prenante, la réaction de notre héroïne me fait grave penser à Dr House, et en plus, ça me donne envie de découvrir un peu plus
Chopin ^^
Vivement la suite !!! ^^


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