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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 18:03
Hello tout le monde !

Désolée pour le long silence, mais entre les pannes d'internet et l'absence de vraie actualité, je n'ai pas eu beaucoup d'occasions de poster.
Histoire de combler un peu ce manque, je vous propose une vieille nouvelle qui date de 2004. Il s'agit d'un petit délire personnel concernant celui qui restera définitivement mon grand amour musical. Je n'en dis pas plus, à vous de le découvrir. ;o)

Bonne soirée !
@+



            Après avoir refermé ma porte derrière les derniers amis qui m’avaient aidée à ranger le désordre de notre petite soirée, je titubai jusqu’au canapé qui trônait au milieu de mon studio et m’effondrai dessus en songeant ironiquement que j’étais quelque peu ivre. D’un de ces regards tangents que provoque l’alcool, j’évaluai la distance qui me séparait de la petite mezzanine où se trouvait mon lit. Mes yeux glissèrent sur la reproduction du portrait de Chopin par Delacroix qui surplombait ma literie et je soupirai. Arriver jusque là n’allait pas être une mince affaire et m’asseoir sur le canapé avait été la première erreur de ce parcours difficile. J’ôtai mes chaussures avec des gestes maladroits, espérant vaguement que mes orteils nus auraient une meilleure prise sur le sol, me délestai des boucles d’oreilles dont le poids me faisait tanguer, les abandonnant sur ma table basse, et pris mon courage à deux mains. Suite à quoi, avec cette logique propre aux heures nocturnes, j’allumai la télévision au lieu de me lever.

            Soupirant après ma propre paresse, m’efforçant de calmer le roulis de mon cerveau, je m’étendis sur le canapé, fixant d’un œil morne un documentaire sur les cordonniers d’une petite ville d’Inde. Je restai ainsi une bonne demi-heure, l’esprit vide, la télécommande à la main, comme fascinée, incapable de détourner la tête. Lorsque la télévision s’éteignit brusquement, il me fallut quelques secondes, ahurie, pour me rendre compte que c’était mon doigt qui avait pressé le bouton de veille. Je me frottai vigoureusement les yeux, estimai que l’infiltration de l’alcool dans mon cerveau avait enfin cessé, et me levai prudemment. En effet, je tenais parfaitement debout en équilibre sur mes deux jambes. Très impressionnant.

            Tout en m’étonnant de cette étrange capacité de l’humain à se déplacer sur deux pattes, je gagnai la salle de bain, me brossai mollement les dents, me démaquillai, ou plutôt étalai mon ricil sur l’ensemble de mes paupières, et passai aux toilettes. Tentant de conserver un peu de dignité, je montai tranquillement les quelques marches qui me séparaient de la mezzanine. Je faillis me jeter sur mon lit sans plus de cérémonie, mais un reste de discipline m’obligea encore à ôter mes vêtements et à les poser sur une chaise. Ceci fait et jugeant que j’avais rendu à mon humanité tous les honneurs qui lui étaient dus, je me laissai plonger dans le sommeil.

            Ou plutôt je tentai de me plonger dans le sommeil. En effet, allongée sur le dos, fixant le plafond sur lequel les lampadaires de la rue dessinaient d’étranges ombres, je me rendis compte que je n’avais aucune envie de dormir. Malgré la soirée qui s’était prolongée fort tard, malgré l’excitation de la préparation qui avait duré toute la journée, malgré la quantité de vin que j’avais éclusée, j’étais soudain bien trop nerveuse pour dormir. La plupart des gens ne croient pas aux pressentiments, pourtant je suis sûre que ce ne fut rien d’autre qui me mit dans un état pareil cette nuit-là. Je sentais que quelque chose allait se passer de tout à fait inhabituel. Cependant je n’en avais pas conscience et tout ce qui me venait à l’esprit était une forte impatience de trouver le repos afin de ne pas ressembler à un mort-vivant le lendemain. Je me roulai en boule sur le côté et obligeai mes paupières à se fermer.

            - Vous avez laissé le four allumé, fit soudain une voix masculine teintée d’un curieux accent.

            Je rouvris brutalement les yeux, mais ne bougeai pas. En quelques secondes mon corps se couvrit d’une sueur glacée et mon cœur se mit à s’affoler. Je me forçai à respirer calmement, dans cette vaine imitation du sommeil que nous avons tous tenté un jour pour tromper nos parents, et tendis l’oreille. Mais il n’y avait aucun son dans la pièce, rien à part le tic tac de ma montre sur la table de chevet, le ronronnement sourd de la ventilation et de temps en temps le bruit d’une voiture dans la rue. Je déglutis et tentai de me raisonner.

            J’étais stupide de paniquer ainsi, bien sûr. Il n’était pas difficile de trouver une explication rationnelle à ce qui venait de se passer. Sans aucun doute j’étais plus près du sommeil que ce que j’avais cru et la voix que j’avais entendue n’était que la mienne, déformée par quelque caprice de mon imagination onirique. J’avais dû noter inconsciemment que le four était toujours allumé et cette pensée n’avait ressurgi que maintenant sous cette forme curieuse. Lorsque je raconterais ça à mes amis, ils en riraient comme moi.

            Malgré ce beau raisonnement, le bras que je tendis hors du lit était plus qu’hésitant et j’éprouvai un soulagement coupable lorsque la lumière me confirma que j’étais bien seule. Je poussai un profond soupir et me levai pour descendre dans la partie cuisine. Là je pus en effet constater que j’avais omis d’éteindre le four à gaz qui continuait à brûler son énergie inutilement, et même dangereusement. Je coupai l’arrivée de gaz d’un geste sec tout en maudissant mon inattention. J’évitai de songer au genre d’accidents qui aurait pu se produire, m’octroyai un verre d’eau, les émotions m’ayant laissé la gorge aussi sèche et aride que le Sahara, puis remontai me coucher.

            Comme toujours mes yeux passèrent sur le portrait de Chopin et j’eus l’impression absurde qu’il me souriait. J’écartai cette perception trompeuse d’un soupir et me replongeai dans mes draps. J’avais la main sur l’interrupteur de ma lampe de chevet lorsque la voix parla à nouveau.

            - Vous devriez faire attention, ça peut être dangereux.

            Le cri qui monta en moi resta coincé dans ma gorge comme une arête de poisson et je me redressai brutalement. La voix venait de la tête de mon lit, j’en étais absolument certaine. Je me retournai, saisissant au passage l’arme la plus proche, à savoir un oreiller presque aussi plat que la Terre des anciens. Mais il n’y avait rien derrière moi, que le mur et, accroché sur ce mur, le portrait qui avait tourné son regard vers moi. La peinture esquissa un sourire timide.

            Je fis un gros effort pour m’évanouir, mais mon esprit refusa de se déconnecter et tout ce que je parvins à faire fut de cligner des paupières, bouche-bée, l’oreiller serré contre moi.

            - Je ne vous veux pas de mal, reprit le tableau d’une voix douce. Je veux simplement bavarder un moment.

            Je ne pensais pas que ma mâchoire pouvait tomber plus bas, je pus constater que je me trompais. Je dus faire un effort pour refermer la bouche. Puis je reposai lentement l’oreiller devant moi. Non, non et non. Ce n’était pas possible. De trois choses l’une, soit j’étais beaucoup plus ivre que ce que j’avais cru, soit je devenais complètement folle, soit je rêvais. La dernière solution me parut la plus probable. Le portrait semblait sur le point de parler encore et je l’arrêtai d’un geste agacé. Il laissa ses lèvres se clore à nouveau, l’air déçu. Je secouai la tête.

            - Très bien, fis-je à voix haute. Quel est le meilleur moyen de cesser de rêver quand on sait qu’on rêve ? Me dire que je vais me réveiller ? Non, j’ai déjà l’impression d’être réveillée. C’est même une impression sacrément réaliste, ajoutai-je avec une pointe d’angoisse.

            Je glissai un regard rapide sur le portrait. Le tableau m’observait, impassible. Je me détournai aussitôt.

            - Le meilleur moyen, repris-je d’une voix forte pour me donner du courage, c’est de me rendormir dans le rêve. Comme ça je cesserai de rêver que je rêve et je pourrai me réveiller. C’est parfaitement logique. D’ailleurs je vais le faire tout de suite.

            Et je m’allongeai brusquement, ramenai les draps sur moi et éteignis la lumière. Ma volonté s’y opposait avec orgueil, mais la petite partie de moi qui n’était pas soumise à ce tyran écouta attentivement. Au bout de quelques secondes je crus entendre un soupir résigné. J’étouffai un hoquet de terreur et m’enfonçai sous les draps. Je mourais de chaud dans cette position, mais au moins je n’entendais plus rien d’autre que les battements de mon cœur. Aussi inconcevable que cela puisse paraître, je ne tardai pas à m’endormir.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

AlexLeFou 26/10/2009 15:03


Bwahahaha la scène du titubement ... on sent l'expérience :p
Sympa et bpnne accroche, vite je vais lire la suite ;)


Dharmakylune 02/10/2009 15:39


J’adore genre tu aides tes amis en les raccompagnant alors qu’en fait tu tiens pas debout (oui je tutoie le narrateur ;-)) et j’aime les songes ironiques et les « regards tangents » et les vagues
pensées des orteils et les logiques nocturnes ;-), genre ce sont les boucles d’oreilles qui font tanguer ;-). Hey les cordonniers d’une petite ville d’Inde : véridique ? « très impressionnant » et
sur « deux pattes » ^^
Ah oui et supers armes ! et les gros efforts pour t’évanouir ! excellent
De trois choses l'une, c’est pas marrant ya trois « soit » :-P et j’adore « le meilleur moyen … » très convaincant « parfaitement logique » tout va bien ;-)


Anaïs 25/09/2009 07:19


Merci, merci ! :o)
La suite arrive ce soir ! :o)


Einsam 24/09/2009 20:41


Je kiiffe !! Elle est dans un déni... bon en même temps, pas facile à gober le fait que la reproduction du tableau de notre musicien préféré nous parle, mais c'est très accrocheur !!
La suite !!! ^^

PS : welcome back on interbêtes ^^


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