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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 13:31
Helloooo !

Voilà ENFIN la fin de cette nouvelle.
Désolée, mais il fallait que j'attende que l'inspiration vienne et cette garce avait décidé de faire des détours.
De toute façon, je ne pouvais décemment pas laisser le nombre d'articles dans la catégorie Texte à 69. Il fallait agir, c'est chose faite.
Dîtes-moi ce que vous en pensez !

Bon après-midi !
A+



Vertige

 

Ivy entendait la musique, elle percevait au coin de son regard le spot braqué sur elle et de l’autre côté du vide Frédéric qui la fixait. Elle avait conscience de la présence du public, de ses camarades qui l’observaient depuis les coulisses. En vérité elle avait conscience du moindre mouvement dans la foule, de la moindre ombre, de sa propre respiration, de la pression infime de ses vêtements moulants contre sa peau, des battements de son cœur qui lui martelaient la poitrine comme le galop d’un animal affolé et même de l’air qui glissait entre ses lèvres tandis qu’elle respirait par a-coups, sur le point de s’étouffer. Elle avait conscience du monde qui l’environnait dans toute sa plénitude, dans ses millions de petits détails dérisoires et sublimes, et pourtant une seule chose dominait le pandémonium de la réalité, un seul visage, un seul regard… Celui de Gianno.

            Le clown la regardait en souriant. Il ne portait pas son costume et ses vêtements de ville, jeans et sweat-shirt en coton, lui donnaient l’air encore plus jeune qu’il ne l’avait été au moment de son suicide. Son suicide… Ivy se força à déglutir et sa gorge était si serrée que cela lui fit mal. Gianno était mort. Il fallait qu’il soit mort. Elle l’avait brisé, elle avait entendu le coup de feu. Avait-elle pu se tromper ? Avait-elle mal interprété les évènements ? Mais non, c’était impossible. Toute la journée, le seul sujet de conversation des membres du cirque avait été la mort de Gianno. Elle ne pouvait pas avoir rêvé ça. S’étaient-ils tous moqué d’elles ? Est-ce qu’il s’agissait d’un monumental complot pour la rendre folle ?

            Dans un effort surhumain Ivy parvint à détourner les yeux de Gianno qui continuait à sourire, doux et immobile. La tête lui tourna et elle se rattrapa de justesse à un filin, manquant de tomber quinze mètres plus bas. Elle n’avait jamais eu le vertige de sa vie et pour la première fois elle fut choquée par la hauteur à laquelle elle se trouvait. Elle carra les épaules, s’efforçant de réprimer une nausée destructrice. La musique était suspendue sur un rythme répétitif, le chef d’orchestre attendait qu’elle se décide. C’était à elle de commencer le numéro. Il fallait qu’elle saute.

            Ivy releva les yeux vers Frédéric. Malgré la distance, elle distinguait clairement son expression. Il avait les sourcils froncés, il semblait dans l’expectative. Ivy prit une profonde inspiration et elle eut l’impression de sentir ses alvéoles pulmonaires se dilater dans sa poitrine gonflée. Cette sensation l’apaisa un peu. Elle respira encore. Elle devait prendre une décision. Maintenant. Lentement, avec la prudence d’un enfant cherchant un monstre sous son lit, elle jeta un nouveau coup d’œil dans le public. Gianno n’avait pas bougé, la tête levée vers elle. Ivy se mordit la lèvre inférieure avec une telle violence qu’elle sentit le goût du sang dans sa bouche. Ses jambes se mirent à trembler sans qu’elle puisse les contrôler. Et brusquement une rage incontrôlable monta du fond d’elle. Non. Non, elle n’allait pas abandonner maintenant, pas après tout ce qu’elle avait sacrifié pour en arriver là. Que Gianno aille au diable ! Fantôme, hallucination ou plaisanterie très élaborée, elle s’en fichait royalement ! Elle n’avait jamais eu peur de rien, elle n’allait pas commencer pour un stupide clown !

            Retrouvant la maîtrise de son corps dans des mouvements cent fois répétés, Ivy leva les bras avec grâce, prit son trapèze et se jeta dans le vide. Malgré son rythme cardiaque bien plus élevé que d’habitude, elle effectua ses premières figures sans difficulté et des applaudissements lui parvinrent depuis la salle. Reprenant confiance en elle, ignorant avec cette nonchalance propre aux humains ce qu’elle ne pouvait comprendre, elle s’apaisa. Frédéric se lança à son tour et ils se rejoignirent plusieurs fois, faisant frémir la foule. Puis elle se prépara pour l’ultime figure, ce moment qu’elle adorait par-dessus tout où, l’espace d’un instant, elle volait sans aucune entrave.

            Un sourire aux lèvres, ne sentant pas le sang qui coulait de sa lèvre mordue, elle lâcha le trapèze et resta suspendue dans le vide. Le temps parut se ralentir et un bien-être merveilleux l’envahit, caressant chaque parcelle de son âme. Il n’y avait plus de pesanteur, plus de contrainte. Elle était une plume dans le vent, un nuage dans le ciel, et plus rien ne la rattachait au monde rampant des êtres humains. Elle était si loin au-dessus d’eux, comme quelque divinité extraordinaire qu’ils ne comprenaient pas, mais qu’ils devaient aimer. Oh oui, ils devaient l’aimer.

            Dans son monde au ralenti, Ivy vit Frédéric se rapprocher d’elle, se retenant par les genoux, tendant les mains vers elle. A son tour elle tendit les mains, confiante, certaine qu’il la rattraperait. Puis elle vit l’expression de son visage. Le chagrin, la fureur, le mépris et surtout, surtout, une haine indescriptible. Brusquement le temps se précipita en avant.

            Ivy sentit ses doigts effleurer les poignets de l’homme sans parvenir à s’y raccrocher. Il ne chercha pas à la retenir. Elle tomba. En une fraction de seconde le vide l’engloutit, la terreur, la stupeur, et le froid. Un froid immense. Et soudain, loin au fin fond de l’obscurité, une douce voix se mit à chanter une comptine pour enfant.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Sarah 16/07/2009 23:24

Boulevers insouteable et beau. La déchéance à l'état brut. Une merveille, tout simplement.

Dharmakylune 10/07/2009 15:47

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah chut

Anais 03/07/2009 08:50

Bonjour Tom !
Merci beaucoup pour ce petit message ! :o)
Pour répondre à votre question, je... euh... je ne peux pas y répondre en fait. O:o) Pour le moment l'état de mes finances ne me permet pas d'avancer une date. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce sera dès que possible et que votre patience sera récompensée par le superbe travail de Brice sur les illustrations. N'hésitez pas à repasser sur le blog pour vous tenir au courant. Encore merci !

Tom 01/07/2009 09:26

Bonjour,
Toujours aussi content de vous lire. Mais quand pensez-vous publier la suite tant attendue de la lune noire?
Merci pour ces bons moments.
Tom

Anais 26/06/2009 10:33

Merci, merci, je n'en mérite pas tant. :oD
C'était pas évident de trouver une fin qui reste ouverte. Je suis assez contente de moi. ;o)

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