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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 10:51
Re !

Avant-dernière partie de la nouvelle !
Quel suspens ! ;o)

Bonne journée !
@+


                                                                                              4


           Quand le deuxième bar se profile au détour d’une rue, je ressens comme un petit pincement au cœur, une espèce de sonnerie d’alarme très étouffée. Mais quand j’essaye de tendre l’oreille pour capter la signification de ce signal intérieur, elle passe soudain un bras autour de ma taille et j’arrive plus à penser à rien, aspiré dans ce simple contact si doux. Trop tard pour faire machine arrière, l’engrenage s’est mis en route, je vais bientôt me faire broyer. Jamais vu un condamné qui a l’air aussi heureux. J’entends même pas les miaulements pathétiques du chat au bout de la rue.

            Le bar dans lequel on rentre est pas très différent du premier. Il commence à se faire tard et y a quasiment plus personne dedans. De loin elle me montre un mec assis seul à une table, courbé au-dessus de son verre. Elle met un doigt sur sa bouche pour m’inciter à la discrétion et j’observe le mec comme on s’en approche lentement.

            C’est un type qui doit avoir à peu près mon âge et je constate avec un certain malaise qu’il me ressemble un peu, en plus malade. Il est blanc comme un linge, il a les cheveux gras et pas coiffés, il a des cernes à peine croyables, d’un noir d’encre, et au fond de ces gouffres inquiétants, ses yeux rougis ont un regard traqué, dément. Toute son expression, tendue, reflète le désespoir le plus complet et ses mains tremblent vachement quand il lève son verre vers sa bouche et avale tout son contenu dans un mouvement nerveux. J’ai jamais vu quelqu’un qui a autant l’air au bout du rouleau.

            Elle avance sans faire un seul bruit, discrète comme une ombre, mais je suis tellement fasciné par l’aspect du type que je rentre dans une des tables trop serrées. Notre proie lève aussitôt les yeux vers nous. La terreur qui se peint sur son visage livide ! On dirait qu’il vient de se retrouver en face de son pire cauchemar. Ni une, ni deux, il balance son verre vers nous et court vers la sortie de secours comme un fou. Elle me jette un regard furieux qui me donne envie de pleurer comme si j’étais un gosse pris en faute et se lance à sa poursuite. Je suis le mouvement.

            En deux secondes on a traversé le bar sous les regards étonnés et embrumés des derniers consommateurs. On dévale l’escalier de secours noyé de ténèbres, je manque de me casser la gueule et on jaillit dans la rue. Le type a une vingtaine de mètres d’avance, il tourne au coin d’une rue.

            - Rattrape-le ! ordonne-t-elle rageusement.

            Sa voix me fait l’effet d’un coup de fouet. Je suis incapable de protester et je me mets à courir de toutes mes forces. J’ai toujours été plutôt bon en sprint avec mes grandes guiboles et je ne tarde pas à combler mon retard. Sans compter que le type est pas vraiment au meilleur de sa forme. Je suis à peine essoufflé que je l’entends haleter comme un asthmatique devant moi.  Il a les deux bras autour du ventre, sa course est de moins en moins régulière, mais il s’obstine. J’allonge tranquillement ma foulée et le saisis par les deux épaules.

            Il se retourne aussitôt et son poing vole vers mon visage. Je suis tellement surpris que j’ai pas le temps d’éviter le coup. Ma tête est projetée de côté et je recule de deux pas sous le choc, une onde de douleur parcourant ma mâchoire. Malgré son état, le type se remet à courir. Furieux, je le rattrape de nouveau et le chope un peu plus violemment cette fois. Je le fauche d’un coup de pied et il s’étale sur le trottoir trempé, à moitié dans le caniveau. Une seconde plus tard je suis assis sur son ventre et je lui braque le flingue sur le front, sans réellement savoir pourquoi j’agis comme ça.

            Sa respiration est déchirante, il s’étrangle à moitié dans ses sanglots et je sens tout son corps trembler comme une feuille sous le mien. Son regard me supplie. Je détourne les yeux malgré moi. Je vois alors qu’elle arrive en marchant tranquillement. Quand elle passe sous un lampadaire, elle me sourit et hoche la tête avec approbation. Ca me réchauffe de l’intérieur et je raffermis ma pression sur ma proie, bien décidé à ne pas le laisser s’échapper.

            Malgré le canon appuyé sur son front dégoulinant de sueur et de pluie, le mec s’agrippe à ma veste en gémissant. Il essaye de parler, mais je comprends à peine ce qu’il dit tellement il respire mal. Le fait qu’il pleure en même temps n’arrange rien.

            - Pitié… Elle va vous faire la même chose qu’à moi… Non… Me tuez pas… Je vous en prie… Non… Non… Pas elle…

            Soudain son ombre tombe sur nous. Je lève les yeux vers elle et elle me sourit encore. Elle me dit que je dois le tuer. Je m’étonne, je demande s’il faudrait pas d’abord lui demander où est son gamin. Elle se met à rire. J’adore la façon dont elle rejette la tête en arrière, les poings sur les hanches, et dont son rire dévale en cascades, m’éclaboussant, m’éblouissant. Entre deux éclats d’hilarité, elle m’avoue qu’elle n’a jamais eu de fils, que c’était juste un prétexte. C’est con, mais ça me fait rire moi aussi et on se retrouve à se marrer comme des baleines au milieu de la rue, alors que le type sur lequel je suis assis se pisse dessus de trouille.

            Finalement on se calme et elle fait un signe ennuyé vers notre proie. Elle me demande négligemment de la débarrasser de cette gêne. J’admets que c’est nécessaire. Je sais pas ce que je fais, je crois que je suis devenu dingue. Y a quelque chose en moi, une voix minuscule qui me hurle de m’enfuir, mais l’attraction qu’elle exerce sur moi est si puissante que je peux pas y résister. Je suis qu’un minuscule bout de ferraille devant le plus magnétique des aimants.

            Il me faut quand même quelques secondes pour arriver à me décider. Je prends plusieurs profondes inspirations, mais à chaque fois je recule au dernier instant. Elle finit par afficher une petite moue boudeuse et ça m’embrase de l’intérieur. Je peux pas supporter de lui déplaire. Lentement mon doigt se plie sur la gâchette. Je la ramène vers moi.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 26/02/2009 12:22

trépidant ! j'adore le coup de "je sais ce que je fais, je crois que je suis devenu dingue"

Anaïs 11/12/2008 19:37

Ah ces personnages, quels boulets... :mrgreen:

Lothar 11/12/2008 18:38

Purée cette fille est une saleté de première !
Je n'ai qu'une envie c'est de donner une grosse claque au mec pour qu'il retrouve ses esprits et la plante là comme une nouille ! ^^

Anntoria 10/12/2008 10:35

Rah quel suspens !! Sûr qu'il va le tuer pour elle, il est totalement sous le charme !

Egyptia 09/12/2008 17:32

J'avoue que là ça commence à m'intriguer. Jusque là j'avais un peu de mal, la nana qui cherche son gamin c'était un peu trop terre à terre pour moi. Maintenant je veux la suite ;o)

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