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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 10:36
Et voilà la fin de l'aventure... J'espère que ça vous a plu. ;o)

Bon début de semaine !
@+


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Il monta quelques marches et je ne bougeai pas, anxieuse. Il esquissa un geste et j’eus un mouvement de recul involontaire. Une ébauche de sourire passa sur ses lèvres fines. Il m’offrit son bras et je m’appuyai dessus avec hésitation, n’osant le repousser. Son regard glissa sur les marques rouges dans mon cou, mais il ne laissa rien paraître.

- Nous devrions partir, dit-il froidement.

Je hochai la tête sans un mot et nous descendîmes lentement les escaliers. Je ne comprenais pas son attitude et je ne savais absolument pas comment réagir. Je crois que j’aurais encore préféré de la colère à ce comportement distant et indéchiffrable et je me mis à lui en vouloir de gâcher ainsi nos derniers moments ensemble. Mais j’avais peur de le lui reprocher. J’avais à nouveau peur de lui.

Nous quittâmes l’orphelinat par où nous y étions entrés sans échanger le moindre mot. Le concierge avait disparu et c’était comme s’il n’avait jamais existé. Nous traversâmes lentement le parc jusqu’au portail et Crochet me soutenait lorsque les élancements dans mon dos me faisait vaciller. Mais son soutien était froid et distant, comme tout le reste de sa personne. Le haïr… j’avais terriblement envie de le haïr. Nous arrivâmes devant la voiture.

- Es-tu en état de manipuler cette machine ? demanda-t-il.

Je me dégageai de lui brusquement et ouvris ma portière.

- Vous me tutoyez maintenant ? lui lançai-je agressivement.

Et je m’assis à l’intérieur avant de lui claquer la portière au nez. Il demeura immobile quelques secondes et l’envie me démangea de démarrer en le plantant là. Cependant il faisait lentement le tour et venait s’asseoir à côté de moi. Il referma sa portière et attacha sa ceinture avec des gestes trop calmes, prenant bien soin de regarder devant lui.

- Vous pouvez partir, fit-il enfin d’un ton glacé.

Mes mains se crispèrent autour du volant et je dus prendre une profonde inspiration pour ne pas me mettre à hurler. Je démarrai en trombe, accélérant rageusement. Ma conduite fut plutôt sportive jusqu’à l’autoroute, mais après que j’ai failli nous envoyer deux fois dans le décor sans qu’il émette le moindre son je finis par me calmer. Le désespoir commença à me bercer et si mon attention n’avait pas été retenue par la conduite je me serais sans doute mise à pleurer.

Je ne sais comment nous finîmes par revenir chez moi, aucun de nous n’ayant plus prononcé une parole. Il dut m’aider à sortir de la voiture, mon dos me faisant de plus en plus souffrir, mais il ne prononça pas une parole de soutien et je ne le remerciai pas. L’ascenseur n’était pas très grand, mais nous parvînmes tout de même à laisser un bon mètre entre nous, évitant de nous regarder. Au moment où nous allions rentrer chez moi, une porte claqua juste à l’étage au-dessus, mais l’idée ne m’effleura même pas qu’on avait pu nous voir. Tout m’était égal.

Mon appartement était toujours dans le même état pitoyable, la seule différence étant que le Prince et son cheval avaient disparu, repartis dans leur monde. Je titubai jusqu’à un fauteuil et m’y laissai tomber, épuisée. Je n’avais plus envie de lutter, j’étais vaincue. Crochet me dévisagea quelques secondes, puis inclina légèrement le buste.

- Eh bien adieu, fit-il simplement.

- Adieu, oui, rétorquai-je avec colère. En espérant ne jamais vous revoir !

Il eut un sourire sardonique, tourna les talons et se dirigea vers la salle de bain. L’horreur me saisit brutalement.

- James ! tentai-je de le retenir.

Je crus le voir tressaillir, mais je dus rêver car il ne fit pas mine de s’arrêter, disparaissant rapidement. J’entendis la porte de la salle de bain s’ouvrir, puis plus rien. J’aurais voulu me lever, courir, le retenir, mais mon corps était cloué sur le fauteuil par l’épuisement. Je me pris la tête dans les mains et éclatai en sanglots.

C’était fini, tout était fini maintenant. Les aventures, les découvertes, l’émerveillement, l’amour… Tout était fini. Tout était rentré dans l’ordre, comme l’avait dit Outroupistache. Je maudis l’ordre et les lois en tous genre. Je maudis la réalité. Je maudis James Crochet. Je me maudis. Bien sûr que tout ceci n’avait été qu’un rêve, une part d’imaginaire, une idiotie ! Comment avais-je pu être stupide au point de m’y laisser prendre ? Comment avais-je pu être stupide au point d’y investir des sentiments et des émotions qui auraient dû rester dans le réel ? Comment avais-je pu être assez idiote pour confondre l’imaginaire et le réel et traiter le premier comme le second ? Je n’avais pas vécu ces évènements, je les avais rêvés et j’avais été incapable de les sauver dans le réel ! J’avais tout perdu ! Pourtant j’y avais cru. J’y avais cru si fort…

J’étais recroquevillée sur moi-même, le visage inondé de larmes, la gorge déchirée par les sanglots, lorsqu’une part d’imaginaire se faufila à nouveau jusqu’à moi. Une main tendre me fit doucement relever la tête et quelque chose de métallique écarta mes cheveux collés à ma peau par les larmes. James se tenait accroupi devant moi et me souriait tristement. Ses doigts essuyèrent doucement mes yeux.

- Je n’ai pas pu partir comme ça…, murmura-t-il.

Incapable de prononcer une parole je me jetai dans ses bras. Il me serra contre lui avec une force désespérée.

- J’ai cru que tu me haïssais après ce que j’avais fait, souffla-t-il. Tu avais peur de moi à nouveau… Je ne voulais pas, tu sais, je ne t’aurais pas tuée… J’étais comme fou… Je te demande pardon…

Je ne pouvais pas répondre et je me contentai d’enfouir mon visage dans son cou, pleurant de plus belle. Hésitante, maladroite dans son inexpérience, sa main caressa ma nuque pour me réconforter.

- Je ne veux pas partir en te laissant derrière moi…, ajouta-t-il encore avant de m’écarter pour embrasser mon front.

C’était le premier baiser qu’il me donnait simplement par tendresse, sans qu’il y ait de désir derrière, et cela me bouleversa. Je m’obligeai à lui sourire.

- Mais tu dois partir, répondis-je d’une voix rauque.

Il baissa les yeux, hocha tristement la tête, me regarda à nouveau.

- Et je ne peux pas t’emmener avec moi, soupira-t-il. J’aimerais, s’empressa-t-il d’ajouter. J’aimerais tellement… Mais je ne suis plus Crochet quand tu es là… J’ai peur que tu… ne me détruises…

Je poussai un profond soupir et me détournai. Je fis quelques pas au hasard, me retrouvant à la fenêtre sans l’avoir voulu. Malgré les lumières de la ville, je distinguais quelques étoiles.

- Outroupistache avait raison…, murmurai-je. Tu appartiens au Pays Imaginaire… Je ne veux pas te retenir…

- Outroupistache ? releva James. C’est donc de cela que tu parlais avec ce satané gnome !

Il y avait de la colère dans sa voix. Cela m’épuisa. Il parut s’en rendre compte car son ton s’était nettement radouci lorsqu’il reprit la parole.

- Outroupistache est sans doute un sage parmi tous les êtres, dit-il, mais il se trompe s’il croit que quiconque peut prendre des décisions à ma place.

- Mais tu ne peux pas rester et je ne peux pas partir ! m’exclamai-je avec désespoir. Quel autre choix reste-t-il ?

Il me rejoignit et plongea ses superbes yeux bleus dans les miens.

- Je ne suis pas obligé de fermer définitivement le passage entre nos mondes, chuchota-t-il. Souvent Pan quitte le Pays Imaginaire la nuit et vient dans votre monde écouter les histoires qui parlent de lui. Rien ne m’empêche de partir ces nuits-là, de profiter de l’éclipse que provoque son absence pour échapper momentanément à l’imaginaire. Je sais que c’est une offre misérable en comparaison avec ce que tu es en droit d’attendre, mais je n’ai rien de mieux à t’offrir… Si tu veux de moi, je viendrai aussi souvent que je pourrai… Sinon… Je resterai Crochet et j’oublierai James…

Je ne dis rien, mais mon regard lui fit une réponse suffisamment éloquente. Mes lèvres appelèrent les siennes et nous nous embrassâmes.

 

Lorsque je raccompagnai James dans la salle de bain le jour était sur le point de se lever. Je n’oubliais pas les paroles d’Outroupistache et j’étais anxieuse de le voir partir avant que le soleil n’apparaisse. Il m’embrassa une dernière fois, me promit de revenir le plus vite possible, et disparut dans le brouillard qui séparait la réalité du Pays Imaginaire. Je m’assis alors sur un tabouret à côté de la baignoire, fermai les yeux, et m’endormis presque aussitôt, appuyée contre le mur.

Lorsque je me réveillai il faisait plein jour et j’étais seule. Je m’étirai avec un soupir, le dos parcouru de tiraillement à cause de la position dans laquelle j’avais dormi. Je passai devant la glace, me jetant un vague coup d’œil, notant sans comprendre pourquoi que je n’avais pas de traces sur le cou. Puis je quittai la salle de bain pour gagner la cuisine, avant de m’immobiliser brusquement au bout du couloir. Je me souvenais pourquoi j’aurais dû avoir des traces sur le cou.

J’étais brusquement terrifiée et pourtant mon salon avait un aspect tout à fait normal avec son canapé et ses fauteuils proprets, sa table basse à la surface de verre impeccable, ses plantes vertes resplendissantes. Tout était en parfait état, tout était en ordre. J’avais rêvé. Cette révélation me brisa le cœur et je me retrouvai assise sur le canapé, en larmes, à me demander pourquoi l’imagination jouait des tours aussi cruels…

 

Quelques jours plus tard je lus dans le journal local que le concierge du grand orphelinat de la région avait brusquement décidé de prendre sa retraite pour des raisons que nul ne s’expliquait. Le vieil homme avait désormais un comportement un peu étrange, riant tout seul et parlant aux étoiles, racontant aux enfants que toutes les histoires qu’ils connaissaient étaient vraies et que lui-même en avait rencontré les personnages. L’article prétendait qu’il avait dû avoir un choc nerveux après que des inconnus aient vraisemblablement tenté de s’introduire dans l’orphelinat avant de repartir sans rien emporter. Le concierge avait soixante-douze ans, dont quarante passés à l’orphelinat, et le journal rendait hommage à son dévouement à la cause des enfants défavorisés.

Les garçons perdus…, songeai-je pour moi-même en refermant le quotidien.

Au cours des semaines qui suivirent je ne sortis guère de chez moi, guettant quelque chose qui n’arrivait pas. On venait souvent me rendre visite et on ne manquait pas de s’étonner de voir ma baignoire toujours remplie d’eau, quelle que fut l’heure de la journée. Un jour une de mes amies crut bien faire en la vidant, elle se souvient sans doute encore de ma crise de rage. J’attendais et je ne voulais pas perdre espoir.

Un soir, alors que la Lune était pleine et qu’un mois complet s’était écoulé depuis mon si réel rêve imaginaire, j’étais en train de m’abrutir devant la télévision lorsqu’un homme vint soudain s’asseoir à côté de moi. Il était grand et mince, vêtu élégamment mais dans un style d’un autre siècle. Ses yeux étaient du bleu le plus extraordinaire et il avait un crochet à la place de la main droite. Il ne fit pas un geste vers moi, ne dit rien jusqu’à ce que je me décide à éteindre la télévision. Il se tourna alors vers moi et me sourit.

- Y crois-tu encore ? murmura-t-il doucement.

J’acquiesçai lentement, pleinement.

- J’y crois…, répondis-je avec un sourire.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 26/02/2009 11:08

c'est tellement fort et beau, émouvant et vibrant ! j'ai envie de dire MERCI !
c'est exceptionnel et "pourquoi que" tu nous raconterais pas les autres aventures de Crochet !? celles qu'il doit raconter à notre héroïne !!! vite un bain !!!!

Anaïs 27/10/2008 10:02

bienvenue à toi en tous cas !
J'espère que la lecture te plaira ! ;o)

Equinoxe 26/10/2008 18:47

Et bien, je viens d'arriver par ici et je crois que je ne vais pas manquer de lecture ^^

Anaïs 15/10/2008 13:43

Eh bien, merci à toutes ! :o))
Je suis très heureuse que ça vous ait plu. Très peu de gens avaient déjà lu cette histoire, donc ça fait plaisir de voir que les avis sont plutôt positifs.
Je vais voir ce que j'ai d'autre dans ma réserve de textes inédits... ;o)

flo 15/10/2008 13:32

Snifffff parce que c'est fini; wiiii parce que tant qu'il y a du rêve il y a de l'espoir:))); merci Anaïs pour avoir fait partager l'aventure! Pour l'occasion j'ai appris le prénom du capitaine, et découvert Outroupistache ...

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