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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 08:58
Bonne journée et bon week-end !
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                                                                                                   26


           Je découvris avec une certaine indifférence qu’il était plutôt beau garçon. Il me souriait d’un air tout à fait charmant. Il me tendit les cinq pizzas que j’avais commandées et je lui tendis en retour un billet, attendant avec impatience qu’il me rende la monnaie et qu’il parte. Mais il prenait son temps, fouillant dans sa sacoche à la recherche de pièces, comptant lentement.

            - Vous avez du monde ? me demanda-t-il amicalement.

            Je ne pus m’empêcher de ressentir une brusque méfiance. Puis il m’apparut aussitôt que c’était absurde et qu’il n’avait aucun moyen de savoir dans quel délire j’étais embarquée. Une bouffée de sympathie m’envahit soudain pour cet agréable jeune homme qui était totalement enraciné dans notre monde, inconscient des choses incroyables qui se déroulaient ailleurs. Je lui souris chaleureusement.

            - Oui, quelques amis, répondis-je.

            - Une petite soirée tranquille quoi, commenta-t-il.

            Il me tendit enfin ma monnaie.

            - Je suis nouveau sur ce job, ajouta-t-il, et je connais pas très bien le quartier. Vous savez pas où se trouve la rue Grimm ?

            Je savais où se trouvait la rue Grimm et lui expliquai gentiment. Il me remercia chaleureusement, s’apprêta à repartir et revint soudain en arrière. Il eut un sourire un peu timide.

            - Ca vous dirait pas d’aller boire un verre un de ces soirs ? demanda-t-il.

            Je fus à la fois stupéfaite et très flattée de cette proposition. Malheureusement je n’eus pas le temps d’y répondre comme elle le méritait. Les yeux du jeune homme se fixèrent soudain derrière moi, ses sourcils soulevés par la surprise. Je me retournai aussitôt. James s’était glissé dans mon dos sans faire plus de bruit qu’un chat. Il fixait sur le livreur un regard glacé, mais je pense que c’était davantage son apparence qui avait surpris le jeune homme. Avec ses vêtements d’un autre siècle, ses longs cheveux bouclés, sa moustache et sa barbiche, il ne ressemblait guère à mon courtisan impromptu. Et encore, il tenait son crochet caché derrière son dos.

            - Je crois que vous pouvez nous laisser maintenant, fit-il d’une voix menaçante.

            Le jeune homme ébaucha un sourire d’excuse complice, mais celui-ci se figea lorsqu’il comprit que la menace était bien réelle. James semblait peut-être sorti d’un autre siècle, mais son attitude froide et arrogante n’en demeurait pas moins impressionnante. Le livreur marmonna un bonsoir hâtif et se mit à dévaler les escaliers, disparaissant rapidement.

            Les pizzas sous le bras, je me tournai vers James, ayant toutes les peines du monde à retenir un sourire ravi. Ses yeux étaient toujours dentelés de givre, mais je n’en tins pas compte.

            - Jaloux ? murmurai-je.

            Sa mâchoire se crispa et il hocha la tête à contrecoeur.

            - Je crois que je l’aurais tué s’il t’avait touchée, répondit-il à mi-voix.

            Je ne pus contenir mon sourire davantage. Je me dressai sur la pointe des pieds et embrassai ses lèvres.

            - Je t’adore ! lançai-je joyeusement.

            Il parut surpris, puis secoua la tête avec incompréhension avant de lever les yeux au ciel.

            - Les femmes ! soupira-t-il.

            J’eus un petit rire et l’entraînai à l’intérieur, fermant à nouveau la porte à clé derrière nous. Nous pûmes enfin passer à table. Je crois que nous mourrions tous de faim, car les pizzas ne firent pas long feu. J’ouvris deux bouteilles de vin, mais elles non plus ne survécurent pas longtemps. Outroupistache nous regardait manger, assis sur le bout de la table, jouant avec son rouet qu’il avait sorti de nulle part. Le spectacle de notre dîner semblait beaucoup l’amuser. Le Prince et James avaient repris leur conversation, comparant les mérites des différents types de lame, et je les écoutai à peine, dévorant mon amant du regard, essayant de ne pas perdre une miette de lui, de ce qu’il disait, de ses gestes, de tout ce qu’il laissait voir. J’avais l’impression de manquer tellement de choses, de passer tellement à côté de lui que j’en devenais nerveuse.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 26/02/2009 10:07

Excellent !!!! miam miam :-)

Anntoria 06/10/2008 10:31

Les yeux dentelés de givre, j'adore !!

"Bonjour je suis le plombier" ah non zut c'était un livreur de pizzas... !! lol

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  • Les Lunes de Sang
  • : Je suis auteur et le but de ce blog est de communiquer avec mes lecteurs, autour de ma série de fantasy Les Lunes de Sang et de mon roman fantastique La Mer des Songes, mais aussi de futures publications éventuelles, de manifestations auxquelles j'aurais l'occasion de participer, etc. Pour en savoir plus sur mes romans, n'hésitez pas à cliquer sur les catégories qui portent leur nom. Et pour me contacter, laissez un commentaire. Je reviendrai vers vous dès que possible. Merci de votre visite !
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