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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 09:42
Bientôt le week-end pour ceux qui bossent ! ;o)
Bonne journée !
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                                                                                                  25


           Je sursautai violemment lorsqu’une petite main toucha ma cuisse. Outroupistache se tenait devant moi, un sourire amical et compréhensif aux lèvres. J’essuyai aussitôt les larmes qui me brouillaient la vue et m’obligeai à sourire à mon tour. Le gnome regarda autour de lui comme s’il cherchait quelque chose et avisa un tabouret. A ma surprise il le tira jusqu’à moi et sauta dessus. Je ne pus retenir un petit rire qu’il partagea bientôt.

            - Ma foi ! s’exclama-t-il. Je préfère parler aux gens en les regardant dans les yeux !

            Je souris encore, amusée par son expression à la fois fière et ironique. Mais je sentis à nouveau la tristesse et cette sorte de peur étrange m’envahir lorsqu’il redevint brusquement sérieux.

            - Connaissez-vous mon conte, mademoiselle ? demanda-t-il. Ou du moins une de ses versions ?

            J’acquiesçai lentement, cherchant à comprendre où il voulait en venir.

            - Vous savez donc que je suis celui que l’on doit nommer pour écarter la malédiction, poursuivit-il. Nommer une chose, mademoiselle, c’est tout à la fois l’accepter en soi et l’éloigner à tout jamais. Le nom cherche à définir quelque chose qu’il ne fait que cacher, cette mise à distance inéluctable est tout à la fois sa force et sa faiblesse. Mais elle est nécessaire.

            Il se tut quelques secondes et je fronçai les sourcils.

            - Le Capitaine Crochet, reprit-il sans me laisser le temps d’intervenir, appartient au Pays Imaginaire de par son nom même. Il est aliéné à ce nom jusque dans son corps, il ne peut pas y échapper. Il n’est pas James, il est Crochet. James n’est qu’une incidence, un détail, presque une erreur de la part de son créateur. Vous ne devez pas oublier ça. Lorsque j’aurai tissé à nouveau l’Imaginaire il retournera au Pays Imaginaire et vous ne chercherez pas à le retenir. Vous ne détruirez pas le Capitaine Crochet pour James, vous n’en avez pas le droit. Notre présence ici n’est qu’accidentelle, vous n’auriez jamais dû le rencontrer. Il ne vous appartient pas, il appartient à l’Imaginaire.

            Il se tut et je rougis sous son regard sévère. Je sentais quelque chose remuer dans mes entrailles, quelque chose qui me faisait mal, lentement, cruellement. Je baissai les yeux, pesant chacun des mots que je venais d’entendre. Outroupistache avait sans doute raison, mais je refusais de me plier à cette raison-là. Je voulais être égoïste, je voulais ne penser qu’à moi, ne penser qu’à nous. J’étais en colère contre moi-même de ne pas tout à fait y arriver. Je relevai la tête, cherchant une réponse adéquate, mais mon regard rencontra soudain celui de James.

            Il se tenait à la porte, nous observant avec un froncement de sourcils presque inquiet.

            - Il y a un problème ? demanda-t-il tandis que son regard se posait froidement sur Outroupistache, reflétant une certaine méfiance.

            Le gnome se contenta d’un sourire facétieux et sauta agilement du tabouret.

            - Pensez à ce que je vous ai dit ! me souffla-t-il avant de quitter la pièce en sifflotant.

            Je soupirai et me levai pour aller me regarder dans le miroir. J’étais plutôt décoiffée et j’avais les traits tirés. Je me sentais soudain très fatiguée. J’avais entrepris de me peigner machinalement lorsque James apparut soudain derrière moi, l’air soucieux. Il déposa un baiser dans mon cou et je sentis sa main effleurer mon dos. 

            - Qu’est-ce que ce maudit gnome t’a raconté ? murmura-t-il à mon oreille.

            Je tressaillis et m’efforçai de ne rien laisser paraître, continuant à me coiffer silencieusement. Un crochet apparut brusquement devant mes yeux, m’obligeant à me tourner lentement vers son propriétaire. Le regard de James s’était singulièrement refroidi.

            - J’aimerais que tu me répondes quand je te pose une question, fit-il entre ses dents.

            Je ne pus m’empêcher de frissonner en sentant sa colère rentrée. Avec un détachement serein je me demandai s’il serait capable de me tuer malgré ce qui s’était passé entre nous. Je craignais fortement que la réponse ne fut oui. Ce fut comme s’il lisait dans mes pensées car il recula brusquement. Il prit une profonde inspiration et sa colère parut s’évanouir lentement. Quelque chose comme de la tristesse la remplaça dans ses yeux d’azur. Il se détourna et fit nonchalamment glisser son crochet dans l’eau de la baignoire, évitant de me regarder, laissant un sillon à la surface liquide.

            - Il m’a simplement raconté son histoire, répondis-je enfin d’une voix calme.

            James m’accorda un bref regard, puis alla se planter près de la fenêtre, un sourire douloureusement sarcastique aux lèvres.

            - Si tu commences déjà à me mentir nous n’irons pas loin, dit-il froidement. D’autant plus que tu mens extrêmement mal.

            Je fus blessée par son ton cassant, mais c’était surtout à moi que j’en voulais. J’aurais dû être capable de passer outre les paroles d’Outroupistache, ou alors de les prendre en considération et d’en tirer les conséquences, à savoir dire à James que je le quittais au bout de quelques heures à peine. J’étais dans l’impossibilité d’appliquer l’une ou l’autre de ces solutions et cela me broyait le cœur. J’avais peur. Pas de la réaction de James, même si je savais qu’elle risquait de me faire regretter d’avoir osé aborder le sujet, mais de ce que moi je ressentirais après avoir laissé les choses prendre un tour irrémédiable. Je ne voulais pas décider. Il le fallait bien pourtant.

            Je fus sauvée par le bruit de la sonnette. Je faillis pousser un soupir de soulagement tant la tension qui me traversait était pénible. Je m’apprêtai à sortir sans un mot, mais je ne voulus pas être aussi cruelle. Je rejoignis James en quelques pas, déposai un rapide baiser sur ses lèvres.

            - Pardon, murmurai-je.

            Il ne fit rien pour me retenir lorsque je quittai aussitôt la pièce, mais je l’entendis soupirer. J’évitai ostensiblement de poser les yeux sur Outroupistache ou le Prince et attrappai mon portefeuille en passant. Un coup d’œil à travers le judas et je me composai un visage souriant avant d’ouvrir. Comme avec madame Walt je me plaçai dans l’entrebaillement pour éviter au livreur de pouvoir regarder à l’intérieur.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 26/02/2009 10:03

Vive la fulgurance des "incidences"
comem si un gnome pouvait décider pour crochet ;-) PIZZA !

Anntoria 03/10/2008 13:11

Outroupistache fouteur de merde... lol

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  • Les Lunes de Sang
  • : Je suis auteur et le but de ce blog est de communiquer avec mes lecteurs, autour de ma série de fantasy Les Lunes de Sang et de mon roman fantastique La Mer des Songes, mais aussi de futures publications éventuelles, de manifestations auxquelles j'aurais l'occasion de participer, etc. Pour en savoir plus sur mes romans, n'hésitez pas à cliquer sur les catégories qui portent leur nom. Et pour me contacter, laissez un commentaire. Je reviendrai vers vous dès que possible. Merci de votre visite !
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