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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 10:47
Bonne journée !
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                                                                                                 21


            Je me glissai dans la pièce sans bruit. Comme je l’avais craint, il semblait déjà s’être endormi. Il avait ouvert les draps et paraissait s’être jeté dessus. Je retins un grognement en découvrant qu’il n’avait même pas pris la peine d’ôter ses bottes. Ses yeux étaient clos, sa respiration à peine perceptible, ses traits relâchés. Il aurait presque eu l’air vulnérable si son crochet n’avait pas capté les derniers rayons du soleil couchant, luisant d’un éclat dangereux, posé sur sa poitrine.

            Me mouvant aussi silencieusement que possible, je me dirigeai vers l’armoire et serrai les dents lorsque sa porte s’ouvrit dans un grincement. J’en tirai quelques vêtements propres et entrepris de me déshabiller rapidement. Je venais d’enfiler mes nouveaux sous-vêtements lorsque je sursautai brusquement et me retournai dans le même mouvement. Crochet s’était levé. Il me regardait avec un sourire meurtrier.

            - Même Pan, murmura-t-il.

            Il s’avança de quelques pas, m’obligeant à reculer jusqu’à ce que je sois adossée à l’armoire.

            - Même Pan ne m’a jamais humilié comme vous l’avez fait, compléta-t-il lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques centimètres de moi.

            Je déglutis.

            - Ce n’était pas mon but…, répondis-je maladroitement.

            Il ricana.

            - Oh vraiment ? Curieusement j’ai du mal à vous croire…

            Il leva lentement son crochet vers ma gorge et je frémis.

            - Je vais vous tuer, chuchota-t-il. Dès qu’Outroupistache aura fait ce qu’il a à faire, je vous tuerai et j’effacerai cette humiliation.

            Instinctivement je voulus reculer encore, mais je ne pus que me coller davantage à l’armoire. Je voulus le repousser, mais il emprisonna mes deux poignets dans sa grande main et serra jusqu’à m’arracher un gémissement. Je m’obligeai à me ressaisir.

            - Vous… tu ne vas pas faire ça, James, soufflai-je.

            Ce n’était ni un ordre, ni une supplication, juste l’énonciation d’une évidence. Il parut surpris, tout autant par mon assurance que par ma soudaine familiarité. Il sourit ironiquement.

            - Donne-moi une seule raison de ne pas le faire, me défia-t-il.

            - Je vais te donner la raison la plus simple du monde, répondis-je calmement.

            Il haussa les sourcils avec un intérêt sarcastique.

            - Je… t’aime…

            Ses sourcils s’abaissèrent lentement jusqu’à se froncer. Sa bouche se pinça. Son crochet siffla soudain et se planta dans l’armoire juste à côté de ma tête.

            - Tu mens ! siffla-t-il.

            Je n’avais pu retenir un cri en sentant la mort me frôler. Je me mis à trembler. Je tendis l’oreille, mais j’entendais la télévision d’ici et le son était trop fort pour que le Prince ou Outroupistache m’entendent. Crochet perçut ma distraction et cela ne fit qu’augmenter sa rage. Il retira son membre de métal de l’armoire, arrachant en même temps le panneau de bois qui vint me frapper durement derrière la tête. Sonnée, je réagis à peine lorsqu’il me propulsa brutalement sur le lit. Je m’affalai sur le matelas et me redressai aussitôt, terrifiée à l’idée de ce qu’il était capable de me faire. Je me laissai glisser par terre, mettant le lit entre nous.

            Il me toisait de toute sa hauteur, les traits crispés par une amère colère.

            - Tu mens, répéta-t-il soudain d’un ton glacé. Tu ne cherches qu’à sauver ta vie. C’est… pathétique. Mais je n’aurais pas dû attendre autre chose, n’est-ce pas ?

            Il esquissa un sourire rageur, puis ramassa mes vêtements. Je fus stupéfaite de le voir en respirer doucement le parfum avant de me les jeter avec mépris.

            - Habille-toi et sors d’ici.

            Je faillis obéir, mais je me repris à la dernière seconde. Je laissai les vêtements où ils étaient tombés, me redressai fermement et me plantai devant lui.

            - Je ne suis pas une prostituée que l’on renvoie comme ça, répliquai-je en m’efforçant de faire naître la rage en moi. Et je te signale que tu es chez moi, alors c’est toi qui vas sortir. A moins que tu ne sois capable de contenir ton orgueil deux minutes pour écouter ce que j’ai à dire.

            Je crus que j’allais flancher en voyant l’horrible couleur rouge se répandre dans ses yeux, mais je parvins à ne pas fuir, soutenant son regard, les poings serrés. Il hocha la tête pour une raison que je ne compris pas, passa à côté de moi et s'apprêta à sortir sans un mot. J’avoue que je ne m’attendais pas à ce qu’il se montre aussi docile. Impulsivement j’attrappai son bras et le retins.

            - Attends ! suppliai-je.

            Il se retourna lentement, un sourire crispé aux lèvres. Sa main se referma sur mon poignet et il ôta lentement mes doigts de son bras, semblant se retenir de me tuer. Puis il fit à nouveau mine de sortir. Il ne me restait plus qu’à employer les grands moyens. Je bondis pour me retrouver sur son chemin, saisis son visage à deux mains et me dressai sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Je craignais de sentir un crochet me transpercer le ventre mais à la place je constatai avec soulagement, puis plaisir, qu’il me rendait mon baiser avec une certaine ardeur. Ses bras se refermèrent autour de moi, sa main se plaqua sur mes reins et m’attira contre lui. Nous reculâmes lentement jusqu’au lit, incapables de desceller nos lèvres.

            Je ne portais que mes sous-vêtements et je ne tardai pas à me retrouver nue. Le déshabiller sans cesser de l’embrasser fut une affaire un peu plus délicate, mais il y mit une telle bonne volonté que nous finîmes par y arriver. Nous pûmes alors entreprendre un autre genre de joute.

            J’ignore si l’on peut véritablement parler de réconciliation sur l’oreiller dans ce cas, mais toujours est-il que nous fîmes l’amour avec encore plus de violence que la première fois, comme si même à travers l’acte aucun de nous ne voulait admettre qu’il avait tort et continuait à combattre l’autre. Cependant cette violence, tout à la fois épuisante et salvatrice, nous enchaîna l’un à l’autre bien plus sûrement que ne l’aurait fait aucune douceur. Ce qui unit deux adversaires est bien plus puissant que ce qui unit deux alliés. Il n’y a pas de combat sans ennemi.

            Je constatai par ailleurs que mon amant avait beau être privé d’un main il n’en demeurait pas moins un guerrier extrêmement habile, inventif, surprenant, endurant, passionné, en un mot doué. Très doué. Lorsque je m’immobilisai enfin sur le lit, encore vibrante de ses assauts, brûlante de la chaleur qu’il avait répandue en moi, je me sentais tout à la fois victorieuse et défaite, heureuse et désespérée. Je saisis mieux alors ce que voulaient dire certains auteurs en définissant l’amour comme le paradoxe ultime.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 25/02/2009 16:29

comment tu nous enchaînes ! en un mot comme tu es DOUEE ;-)

Anaïs 01/10/2008 09:45

Contente que ça te plaise. :o)

Anntoria 30/09/2008 17:31

Waooooouv.... encore !! J'adore les descriptions du "combat" :-)

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  • Les Lunes de Sang
  • : Je suis auteur et le but de ce blog est de communiquer avec mes lecteurs, autour de ma série de fantasy Les Lunes de Sang et de mon roman fantastique La Mer des Songes, mais aussi de futures publications éventuelles, de manifestations auxquelles j'aurais l'occasion de participer, etc. Pour en savoir plus sur mes romans, n'hésitez pas à cliquer sur les catégories qui portent leur nom. Et pour me contacter, laissez un commentaire. Je reviendrai vers vous dès que possible. Merci de votre visite !
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