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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 09:31
Bon week-end à tous !
A lundi !


                                                                                               20


            Nous revînmes aussitôt sur nos pas, Outroupistache nous suivant. Je laissai le Prince passer devant moi, ne tenant pas à me retrouver directement devant Crochet. Celui-ci accueillit avec une parfaite indifférence les nouvelles et nous invita d’un ton glacé à le suivre dans sa cabine pour ouvrir le passage. Mouche nous suivit à l’intérieur, tirant par la bride le cheval du Prince, et Crochet lui donna encore quelques instructions.

            - Vous venez donc avec nous ? fis-je avec un étonnement feint.

            Son regard clair me transperça, étincelant de fureur, mais il garda son calme.

            - Je préfère veiller moi-même à ce que tout se passe bien, répondit-il. Ne vous en déplaise. Mais ne vous inquiétez pas, j’ai bien compris maintenant qu’il valait mieux ne pas se mettre sur votre chemin, que ce soit avec de bonnes ou de mauvaises intentions.

            L’aigreur de ces derniers mots me noua l’estomac. Je fis un geste vers lui, mais il ne le vit pas, plongeant déjà son crochet dans l’eau. Celle-ci se mit aussitôt à bouillir, comme s’il lui avait transmis la colère qui brûlait en lui. Le passage s’ouvrit rapidement et il s’y glissa aussitôt, non sans avoir menacé Mouche de le tuer s’il ne retrouvait pas son navire en parfait état. Outroupistache suivit, puis je sautai dans le baquet à mon tour, laissant le Prince se débattre avec son cheval, me demandant comment nous allions nous débrouiller avec la monture princière une fois de retour dans la réalité.

            Le voyage fut moins surprenant que la première fois, mais tout aussi impressionnant. La matière liquide qui s’emparait du corps, le temps et l’espace qui se dilataient, l’esprit qui se redimensionnait, un tourbillon de sensations multiples et extraordinaires, le froid, la perte de contact avec le monde, l’excitation, l’ivresse, le vertige, et la brusque surprise quand tout cessait.

            Comme la première fois j’eus du mal à retrouver mon équilibre, mais cette fois Crochet n’était pas là pour me rattrapper et je dus m’accrocher au rebord de la baignoire pour ne pas m’étaler de tout mon long. Le pirate me jeta un regard sarcastique depuis la porte de la salle de bain et disparut dans le couloir. Je soupirai et m’extirpai de la baignoire tandis qu’Outroupistache me demandait avec sollicitude si je me sentais bien. J’acquiesçai distraitement et nous suivîmes le même chemin que Crochet.

            Il faisait maintenant jour dans mon appartement et les dégâts qu’avaient occasionnés mes visiteurs lors de leur précédent séjour étaient encore plus visibles à la lumière du soleil. Il y avait des éclats de verre tout autour du canapé, ma table basse n’était plus qu’un amas de débris, un des fauteuils était renversé, plusieurs pots également, et certaines plantes avaient commencé à être dévorées par une bouche chevaline. En d’autres circonstances j’aurais poussé un profond soupir à l’idée de devoir remettre tout ça en ordre, mais cette fois cela me laissa parfaitement indifférente. Que signifiaient quelques objets en comparaison de ce que j’étais en train de vivre ?

            Tandis qu’Outroupistache examinait tous mes bibelots avec une indicible curiosité, Crochet avait déniché une bouteille de rhum et la vidait lentement, regardant pensivement par la fenêtre. Je me rendis soudain compte que je mourais de soif et me servis un grand verre de jus d’orange glacé. Je proposai à boire à Outroupistache, mais il se contenta pour toute réponse d’un petit rire amusé et je renonçai. Nous n’avions pas mangé finalement sur le Jolly Roger et je fouillai dans mes placards jusqu’à dénicher un paquet de petits gâteaux. J’en offris à Crochet avec toute la politesse dont j’étais capable. Il se contenta de me dévisager quelques secondes d’un air impénétrable avant de se détourner sans un mot. Je crois que je poussai un profond soupir.

            Outroupistache examina les gâteaux avec un intérêt quasi ethnographique et je me sentis brusquement encore plus seule. Heureusement le Prince ne tarda pas à faire son apparition, tirant son cheval par la bride. Les sabots de l’animal claquaient sur le faux- parquet et je me mis à craindre la réaction de mes voisins que je savais particulièrement allergiques au bruit. J’essayai de faire comprendre au Prince que la présence d’un cheval dans un appartement en ville paraîtrait extrêmement étrange à des gens normaux et il fit en sorte que son compagnon se tienne parfaitement tranquille.

            Je déblayai rapidement les alentours du canapé et m’y assis avec le Prince. Crochet n’avait pas bougé de la fenêtre et Outroupistache était fasciné par la télévision que j’avais allumée. Il était à peine dix-sept heures, le jour commençait seulement à baisser et nous n’étions pas près de pouvoir sortir. Nous étions coincés chez moi au moins jusqu’à une heure du matin. Ensuite il nous faudrait une bonne demi-heure de voiture pour rejoindre l’orphelinat et puis…

            J’exposai la situation à mes compagnons et ils convinrent que nous ne pouvions pas bouger avant la nuit. De toute manière leur apparence peu ordinaire, en dehors même de la présence du cheval blanc, aurait singulièrement attiré l’attention sur nous, ce qui n’était pas du tout notre but. J’avoue que j’éprouvai une petite bouffée d’angoisse à l’idée de devoir patienter plus de sept longues heures en compagnie de ces trois êtres étranges, dont l’un était devenu mon ennemi à cause de mon comportement stupide.

            Je réfléchissais intensément à ce que nous allions faire lorsque Crochet quitta soudain la fenêtre.

            - Auriez-vous un lit ici ? demanda-t-il froidement. J’aimerais profiter de ce répit pour me reposer.

            J’acquiesçai et lui indiquai le chemin de ma chambre. Il disparut sans rien ajouter et je soupirai encore. Mon regard tomba sur l’estafilade toujours visible sur le dos de ma main et j’eus l’impression qu’elle se mettait à me brûler doucement. J’étais perdue dans le souvenir d’une étreinte brutale et suave lorsque le Prince me demanda aimablement si j’avais à boire. Confuse, je le servis aussitôt et il me remercia avec un sourire qui me déplut, mélange de pitié et de « je vous l’avais bien dit ». Il chercha à prendre ma main lorsque je lui tendis son verre, mais je la retirai avec une brusquerie qui le découragea définitivement.

            Je passai ensuite un long moment à expliquer à Outroupistache le fonctionnement de la télécommande jusqu’à pouvoir le laisser zapper allègrement sur les deux cents chaînes auxquelles me donnait accès ma parabole, les images de la télévision se reflétant dans ses yeux écarquillés. Il tomba soudain sur une chaîne de dessins animés qui passait le Blanche-Neige de Walt Disney.

            - Oh ! s’exclama-t-il avec excitation. Prince, c’est vous !

            Le Prince reporta aussitôt son attention sur l’écran avec un intérêt avide, à son tour fasciné par sa propre image. A la fois amusée et attristée, j’en profitai pour m’éclipser. J’éprouvais un besoin de plus en plus urgent de me changer et cela n’avait rien à voir avec le fait que Crochet se trouvait dans ma chambre.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 25/02/2009 12:28

j'adore comme ils emergent ! ("ethnographique" ^^ et la télé) le coup de Blanche Neige lol et l'estafilade ardente et ne serait-ce pas une référence à Al Pac le crochet qui met l'eau en ébullition ?? ;-)

Anaïs 29/09/2008 11:50

Il y a des choses qu'on aime bien s'entendre répéter, ne t'inquiète pas. ;o)
Quant aux discussions... ouaich, on peut appeler ça comme ça. :mrgreen:

Einsam 27/09/2008 15:17

"rien à voir avec le fait que Crochet était dans ma chambre" mouais mouais mouais, cela n'a peut-être rien à voir, mais cela présage de sérieuses discussions en perspective entre cette héroïne et le capitaine du Jolly Roger ^^
LA SUITE LA SUITE LA SUITE !!!!!!! (comme d'hab' tu vas me dire mais flute, si je dis toujours la même chose c'est que j'ai toujours la même chose à dire (eh ouais ^^)

Anntoria 27/09/2008 13:38

Ah le choc des "cultures"... J'adore ce genre de situations incongrues !
Encore ! Encore !

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