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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 10:13

Attention, maintenant ça part vraiment en n'importe quoi... ;o)

Bonne journée !
@+


                                                                                              17


           Nous retrouvâmes le Jolly Roger moins de deux heures plus tard. Il n’y avait pas eu d’alerte sur le bateau et tout était tel que nous l’avions laissé, les créatures imaginaires serrées les unes contre les autres, à peine conscientes de notre présence, perdues dans les limbes de leur désespoir. Outroupistache nous annonça qu’il avait besoin de quelques heures pour préparer son rouet et l’adapter au travail qui l’attendait et nous invita à nous reposer en attendant.

            Je ne fus pas mécontente lorsque le Prince me proposa de prendre un bain pendant qu’on nous préparait à manger. J’avais l’impression d’avoir traversé un sauna et je dégoulinais de sueur. La cabine de Crochet étant la seule à n’être pas envahie de réfugiés, ce fut là que le Prince fit installer la baignoire que quelques pirates vinrent remplir d’eau chaude tout en me lançant des regards salaces dont je ne sus si je devais les considérer comme flatteurs ou insultants. Crochet était vautré dans un de ses fauteuils, une bouteille de vin à la main, et regardait mon bain se préparer avec indifférence.

            Lorsque tout fut prêt le Prince voulut le faire sortir, mais je lui fis signe que je m’en occupais et il nous laissa avec une expression qui en disait long sur ce qu’il pensait. Je vins me planter devant Crochet, les poings sur les hanches.

            - J’aimerais prendre mon bain, lançai-je sèchement.

            Il avala nonchalamment une longue gorgée de vin et me sourit d’un air moqueur.

            - Mais je vous en prie, faîtes donc.

            Je soupirai. A quoi diable jouait-il ? Je ne trouvais pas cela amusant. J’allais le lui faire savoir, mais il se leva si brusquement que je sursautai. Il s’avança vers moi et je reculai vivement, peu rassurée par l’éclat de ses yeux. Il s’immobilisa aussi brutalement qu’il s’était mis en mouvement, fouilla dans ses poches, et en sortit son fume-cigare qu’il alluma pensivement, avant de m’observer à travers la fumée. Je commençais sérieusement à me demander quoi faire lorsqu’il rompit soudain le silence.

            - Je ne comprends pas, lança-t-il.

            J’attendis qu’il ajoute quelque chose, mais comme rien ne venait j’eus un petit rire nerveux.

            - Dans ce cas nous sommes deux, répliquai-je. Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ?

            - Je ne comprends pas, répéta-t-il pensivement. Comment avez-vous pu faire ce que vous avez fait alors que vous avez peur de moi ?

            J’eus un sourire qui ressemblait davantage à une grimace.

            - Vous n’aviez plus grand-chose pour faire peur à ce moment-là, répondis-je sur le ton de la plaisanterie.

            Mais il ne parut pas trouver cela drôle du tout. Il esquissa un geste vers moi, puis retourna soudain s’asseoir dans son fauteuil, la mine sombre, tirant rêveusement sur son cigare. J’essayai de me souvenir du jour où je m’étais retrouvée dans une situation aussi gênante, mais je ne réussis pas. Puis je songeai que je m’étais mise dans cette situation toute seule et qu’après tout ça en avait largement valu la peine.

            Surmontant ma timidité et ma crainte de ses réactions, je tirai une chaise jusqu’à lui et m’assis le plus près possible, mon genou frôlant le sien. Il m’observa avec une sorte de curiosité étrange, comme s’il cherchait à évaluer ce que j’étais capable de faire. Cette attitude ne m’aidait pas beaucoup, mais enfin j’avais décidé d’aller jusqu’au bout cette fois.

            - Ecoutez, fis-je avec effort. Les sentiments peuvent être quelque chose de très ambivalents et…

            - Les sentiments ? releva-t-il.

            Son interruption me fit perdre le peu de contenance que j’avais réussi à m’imposer. Je perdis le contrôle de moi-même.

            - Bon, très bien ! marmonnai-je. Vous êtes attirant, nous sommes deux adultes, et je ne vois pas ce qui nous empêche de...

            La fin de ma phrase m’échappa et je me tus avec embarras. Crochet me dévisageait avec une expression indéchiffrable et je me mordais la lèvre inférieure, terrifiée par ce que je venais de dire. Avais-je perdu la raison ? Lorsqu’un sourire commença à s’ébaucher sur les lèvres du pirate, je rougis jusqu’aux oreilles et n’attendis pas l’humiliation qui allait forcément suivre. Je m’enfuis.

            En quelques pas je fus devant la porte. Je l’avais ouverte et j’étais déjà dehors lorsqu’une main implacable se referma sur mon poignet et me ramena brutalement à l’intérieur. Crochet referma aussitôt la porte, me plaqua contre et m’embrassa violemment. Je luttai quelques secondes avant de m’abandonner à ses caresses, à la fois enchantée et inquiète de son avidité. La tension de notre étreinte commençait à peine à se relâcher lorsqu’on se mit à tambouriner à la porte.

            - Mademoiselle ? fit la voix du Prince qui avait dû voir ma tentative de fuite. Mademoiselle, tout va bien ?

            Crochet se redressa lentement, essoufflé, parfaitement indifférent aux appels du Prince, ses yeux rivés aux miens. J’avais moi-même quelques difficultés à reprendre ma respiration, encore secouée. Je dus faire un effort pour arriver à comprendre ce que disait le Prince. Au moment où j’allais me décider à lui répondre il ouvrit brusquement la porte, nous obligeant à reculer. J’étais encore serrée contre Crochet, échevelée et un peu ahurie, et le Prince interpréta mal ce qu’il voyait. Il voulut obliger Crochet à s’écarter de moi, mais je m’interposai aussitôt.

            - Tout va bien, Prince, fis-je précipitamment. Je vous remercie de votre inquiétude, mais tout va bien. Le Capitaine Crochet et moi avons… euh… une petite discussion, et tout va très bien, je vous assure. Tout va très bien…

            Le Prince eut un mouvement de recul comme il comprenait ce qu’il avait interrompu. Quelque chose comme du dégoût traversa son regard et cela me rendit furieuse. Mais cela n’avait pas non plus échappé à mon compagnon.

            - Sortez d’ici, Prince, fit-il d’une voix glacée. Tout de suite.

            Le Prince inclina la tête avec un sourire méprisant et quitta la cabine sans un mot, claquant la porte derrière lui. Je voulus attirer Crochet contre moi, mais il se déroba et s’éloigna de moi.

            - James…, murmurai-je.

            Il tressaillit en entendant son prénom, mais ne se retourna pas. Il alla droit jusqu’à sa bouteille de vin et en but un long trait. Je soupirai, maudissant le Prince d’avoir gâché ce précieux instant. Je rejoignis Crochet et lui pris d’autorité la bouteille, refusant de le regarder s’ennivrer. Il évita mon regard.

            - Je vais vous laisser prendre votre bain, fit-il d’une voix faussement distraite.

            Il fit mine de sortir. Je voulus le retenir par le bras, mais il se dégagea brusquement, me griffant involontairement de son crochet. Je ne pus retenir un cri, davantage dû à la surprise qu’à la douleur. Il se retourna aussitôt, les sourcils froncés. Son regard glissa sur l’estafilade qu’il avait laissé sur ma main et il eut un sourire amer.

            - Voilà bien tout ce que je suis capable de faire, grinça-t-il. Vous feriez mieux d’aller voir le Prince.

            Et il poursuivit son chemin vers la porte. Je courus pour le devancer et m’adossai au panneau de bois, les bras en croix pour lui barrer la sortie.

            - Vous n’irez nulle part, dis-je fermement. Et moi non plus. Le Prince n’est qu’un présomptueux qui croit que toutes les femmes vont l’aimer simplement parce qu’il est le Prince. Je suis désolée, mais ce n’est pas aussi simple et personnellement je le trouve plutôt insipide. C’est vous que je veux. Mais pour ça, il faut que vous acceptiez de baisser vos défenses.

            Il s’était immobilisé et me regardait comme si j’étais une douce rêveuse dont le discours faisait naître en lui un mélancolique amusement. Je le rejoignis et commençai à déboutonner son gilet.

            - Pour commencer, murmurai-je, nous allons ôter ce crochet….

            Il se laissa faire avec indifférence et je lui enlevai son gilet, puis sa chemise. J’effleurai sa peau nue, réfrénant le désir qui montait en moi, et je le vis distinctement frémir. Comme il ne m’aidait absolument pas je dus batailler un moment contre tout un assemblage de boucles et de nœuds, métal et cuir enlacés, jusqu’à parvenir enfin à ôter le crochet. Je le posai précautionneusement sur une table avec le reste de l’attirail qui l’avait tenu en place.

            - Aurevoir, Capitaine Crochet, murmurai-je.

            Puis je me tournai vers l’homme à demi nu qui m’observait et lui sourit.

            - Bonjour, James, lui dis-je joyeusement.

            Il me rendit mon sourire avec hésitation et j’allais doucement me blottir contre lui. Ses bras se refermèrent autour de moi et il poussa un profond soupir.

 

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 25/02/2009 11:57

EXQUIS TANT ! WAO ! j'adore elle commence par se prendre un vent et puis mène son désir tambour battant mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm pas insipide du tout :-)

Anaïs 25/09/2008 10:03

Ah ben il faut bien se faire plaisir de temps en temps... :mrgreen:

Anntoria 24/09/2008 22:17

C'est chaaaaaud !!!
Là tu t'es lâchée niveau fantasmes ;-)))
Vite vite la suite !!!

Einsam 24/09/2008 13:06

Ouais, ça part vraiment dans le n'importe quoi, mais un n'importe quoi artistique et complètement délirant. Mon Dieu, comment cela va-t-il finir ?!?!?! mdr

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