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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 07:56
Bonjour à tous ! :o)

Bonne lecture !


                                                                                                11


             En nous voyant arriver l’expression de Crochet se durcit et j’en éprouvai une certaine déception, d’autant plus qu’il était superbe. Il s’était entièrement changé, avait passé des vêtements noirs, une chemise aux manches bouffantes et un gilet aux riches brodures dorées qui lui tombait jusqu’à mi-cuisse. Son épée pendait à son côté, deux pistolets étaient passés dans sa ceinture, mais ils étaient loin de constituer ses armes les plus redoutables. Il avait échangé son crochet recourbé contre un autre qui possédait trois griffes crantées, aiguisées et luisantes, semblant prêtes à faire des ravages.

            Mouche nous accueillit de quelques mots aimables et Crochet se contenta d’un regard froid.

            - Eh bien, annonça le Prince, il ne nous reste plus qu’à nous mettre en route. Nous comptons sur vous pour veiller sur le bateau et ses passagers, monsieur Mouche.

            - Mouche vient avec nous, répliqua Crochet d’un ton polaire. J’ai confié la garde de mon bâtiment à un autre de mes hommes.

            - Lequel ? interrogea le Prince avec irritation.

            Crochet se détourna dédaigneusement et ce fut Mouche qui répondit.

            - Plat-de-nouilles, monsieur.

            Je réfléchis intensément pour me rappeler duquel des pirates il s’agissait, mais le Prince me rafraîchit involontairement la mémoire.

            - Quoi ? s’exclama-t-il. Vous confiez la garde du navire à un homme qui a les mains recousues à l’envers ?

            - Plat-de-nouilles est un bon gars, protesta Mouche. Il sait compter jusqu’à sept et il parle presque correctement ! C’est sûr qu’il sait pas faire des manières comme vous, mais pour ce qui est de se battre il en vaut bien un autre ! C’est pas parce que ses mains…

            - Ca suffit, Mouche, interrompit froidement Crochet. Inutile de nous faire tout un discours sur ce crétin.

            Le pirate se tourna vers le Prince.

            - Je veux quelqu’un en qui j’ai confiance pour nous accompagner, fit-il. Et Plat-de-nouilles est le seul homme à peu près en état qui me reste pour surveiller le bateau. Vous n’avez pas le choix, Prince.

            Son ton était cassant. Le Prince prit une profonde inspiration.

            - Et s’ils se font attaquer ? dit-il avec crispation.

            - Il n’y a pas de raison que ça arrive maintenant plutôt qu’avant, rétorqua Crochet. En attendant nous perdons du temps et comme vous nous l’avez signalé il y a un moment nous n’en avons guère. Allons-nous nous mettre en route, oui ou non ?

            Le Prince parut faire un effort surhumain pour se contenir et finit par hocher la tête.

            - Allons-y.

           

            Je récupérai mes armes et des munitions dans la cabine de Crochet et nous quittâmes le Jolly Roger. Descendre du bateau fut un exercice des plus périlleux pour moi, étant donné mon peu d’habitude des échelles de corde, mais je finis par triompher de cet obstacle. Le cheval du Prince se contenta de sauter du pont et je ne pus m’empêcher de fermer les yeux, m’attendant à ce qu’il se fracasse sur la banquise, mais il n’en fut rien. Lorsque je desserrai les paupières l’animal trottait autour de nous, visiblement joyeux de cette promenade. La glace était fendue sur au moins un mètre de profondeur à l’endroit où il avait atterri.

            Le Prince m’offrit de prendre son cheval comme monture, mais l’animal n’était même pas sellé et n’ayant jamais posé une fesse sur un cheval je déclinai la proposition. Je n’avais aucune envie de me ridiculiser devant mes trois compagnons. Cependant marcher sur la glace n’était pas une opération évidente non plus et je ne fus pas mécontente lorsque le Prince m’offrit son bras en soutien.

            Nous marchâmes une bonne heure sans que l’île ne semble se rapprocher, mais au bout d’une demi-heure supplémentaire ses contours commencèrent à se dessiner plus précisément. Les petites criques, la forêt, le volcan… J’avais l’impression de relire la description que Barrie avait fait du lieu, sauf que cette fois les mots étaient des images bien réelles. Cependant plus nous nous rapprochions, plus je pouvais noter d’imperceptibles différences par rapport au livre. La forêt, qui aurait dû couvrir toute l’île, commençait à être rongée d’un côté, ses arbres se raréfiant, tandis que de nombreuses fumées s’élevaient et que le vent portait jusqu’à nous une odeur de métal surchauffé.

            Le Prince m’expliqua que leurs ennemis, nos ennemis, avaient installé leur camp dans cette partie de l’île, commençant à la déboiser dans un but qu’il ne comprenait pas. A en juger par l’odeur et les fumées je supposai que les robots, si c’était bien de cela qu’il s’agissait, étaient en train de fabriquer d’autres de leurs semblables. Je fis part de mon hypothèse à mes compagnons et je vis leurs trois visages s’assombrir. Je soupirai. La situation était terriblement grave.

            Nous abordâmes l’île du côté opposé à celui où devaient se trouver les usines et dès que nous approchâmes de la plage les deux pirates saisirent leurs pistolets et le prince tira son épée. Je refermai la main sur la crosse de ma propre arme, priant de ne pas avoir à m’en servir. Nous continuâmes à avancer silencieusement, attentifs au moindre mouvement du côté de la plage, et le cheval du prince lui-même semblait faire un effort pour étouffer le claquement de ses sabots sur la glace.

            Comme nous allions poser le pied sur le sable, les trois hommes formèrent un demi-cercle protecteur devant moi d’un accord tacite. Je pouvais percevoir la tension qui traversait leurs épaules, alourdissait leur respiration, crispait leurs mouvements, et cela ne me rassurait pas du tout. Je déglutis et me mis à fixer intensément la lisière de la forêt. Je ne distinguais rien d’autre que des arbres, des lianes, des fougères et des fleurs, le tout couvert de neige, mais je n’en transpirais pas moins à grosses gouttes dans la chaleur infernale.

            Nous nous immobilisâmes sur la plage, à mi-chemin entre la glace et la forêt, et Crochet fit un signe à Mouche. Le vieux pirate hocha la tête et courut silencieusement jusqu’aux arbres, disparaissant furtivement de notre champ de vision. Un temps interminable s’écoula pendant lequel je crus mille fois entendre quelque chose, puis Mouche réapparut enfin. Il nous rejoignit rapidement et nous offrit un sourire rassurant.

            - Personne aux alentours, Capitaine, lança-t-il.

            Crochet poussa un profond soupir de détente et ramena en avant le chien de son pistolet qu’il repassa à sa ceinture.

            - Ne traînons pas, souffla-t-il.

            Nous nous enfonçâmes rapidement dans la forêt, nous suivant en file indienne, Crochet tout devant, Mouche, moi, et le Prince fermant la marche. Nous avançâmes ainsi plus d’une heure, Crochet imprimant à notre marche un rythme rapide que je finis par avoir du mal à tenir. J’allais me résoudre à réclamer une pause lorsque le pirate s’arrêta brusquement au milieu d’une clairière où passait une petite rivière.

            - Reposons-nous quelques minutes, jeta-t-il.

            Le bref regard qu’il me lança me confirma qu’il n’avait décidé cette pause que parce qu’il avait senti mes difficultés. Je n’eus même pas le temps de le remercier, il s’était déjà détourné, surveillant la forêt autour de nous. Le Prince alla remplir sa gourde à la petite rivière à laquelle son cheval s’abreuvait déjà, puis me la tendit avec un sourire. Je le remerciai maladroitement et bus avec avidité. J’avais la gorge déssechée et je mourais de chaud, sensation qui semblait totalement absurde dans ce paysage enneigé. Je m’essuyais la bouche d’un revers de main, observant Crochet qui me tournait le dos, lorsque je suspendis mon geste. Le pirate avait brusquement saisi son pistolet.

            - Quelque chose approche ! fit-il d’une voix tendue.

            Je laissai tomber la gourde sur le sol et pris mon propre pistolet, tournant sur moi-même pour essayer de voir d’où venait le danger. Le Prince se rapprocha de moi, son épée dénudée, et Mouche l’imita.

            Pendant quelques secondes nous nous demandâmes si Crochet n’avait pas rêvé, mais au moment où le Prince allait lui lancer une remarque acerbe, quatre ombres se dressèrent à la lisière de la forêt.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Anaïs 19/09/2008 14:10

merci, merci. :o))

Anntoria 19/09/2008 10:28

J'adore l'idée de mourir de chaud avec un paysage de glace autour de soi :-)

Dharmakylune 18/09/2008 12:51

vraiment captivant et saisissant, un peu comme une voix "polaire" mais pourquoi tant d'ombres? !

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