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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 10:00
Bonjour !

Et voilà l'épisode suivant (qui est loin d'être le dernier) !

Bonne lecture et bon dimanche ! :o)
@+



                                                                                                  2

             Il sauta souplement hors de la baignoire et me toisa de haut en bas tandis qu’une seconde silhouette se dessinait derrière lui. J’esquissai un geste, mais il brandit soudain un vieux pistolet qu’il pointa droit sur mon cœur.

            - Lâchez votre arme, fit-il d’une voix froide.

            Je le dévisageai quelques secondes sans comprendre. Une lueur rouge s’alluma au fond de ses prunelles et l’effroi me saisit. Il fit un mouvement à peine perceptible vers le sèche-cheveux et je compris qu’il pensait qu’il s’agissait d’une véritable arme. Mais je n’étais pas en état d’apprécier l’ironie de la situation. Je lâchai aussitôt l’ustensile qui alla se fracasser sur le carrelage et levai les mains pour montrer ma bonne volonté. L’homme ne laissa rien voir, mais baissa légèrement son pistolet.

            Il s’écarta de la baignoire et un second homme surgit dans ma salle de bain. Plus petit que le premier, plus vieux également, un peu bedonnant, il était vêtu comme le sont tous les pirates, avec en plus un bonnet d’un rouge vif enfoncé sur le crâne. Il tenait à la main une longue épée recourbée et usée par les batailles. Je déglutis. J’étais en train de faire le cauchemar le plus stupide et le plus réaliste de toute mon existence.

            Le premier homme, je ne pouvais encore me résoudre à l’appeler par le nom qui se cognait contre les parois de mon esprit, me fit signe de sortir de la salle de bain.

            - Occupez-vous du Prince, monsieur Mouche, jeta-t-il à son compagnon avant de me suivre.

            Je sentis le canon d’un pistolet effleurer mon dos et je me hâtai vers le salon.

            - Asseyez-vous sur le canapé, m’ordonna l’homme toujours de la même voix glacée.

            J’obéis, me recroquevillant dans un coin du canapé. Nous étions plongés dans la pénombre et l’homme semblait chercher un moyen d’éclairer.

            - Il y a un interrupteur juste à côté de vous, murmurai-je timidement.

            Il me lança un bref coup d’œil et regarda autour de lui, ne semblant pas voir l’interrupteur. Je sentis que la patience ne devait pas être sa première qualité et jugeai préférable d’allumer moi-même. Je dus passer juste à côté de lui et stupidement je retins ma respiration. Mais il ne me fit rien, m’invitant simplement à retourner m’asseoir d’un geste. Puis il examina un instant l’interrupteur, appuyant une ou deux fois dessus à l’aide de son crochet.

            - Tout à fait intéressant…, l’entendis-je chuchoter.

            Il utilisa son crochet pour actionner le cran de sécurité de son arme et la passa à sa ceinture, puis il se tourna vers moi avec un sourire étrange, à mi-chemin entre celui d’un carnassier et celui d’un ange.

            - Auriez-vous ici quelque chose qui ressemble à de l’alcool ? demanda-t-il de la voix plus charmante du monde.

            Je lui indiquai un placard, avant de me pincer le bras de toutes mes forces. Mais je ne me réveillai pas.

            - Qui êtes-vous ? soufflai-je tandis qu’il posait quatre verres sur la table basse et retournait chercher une bouteille.

            Ma question lui arracha un nouveau sourire.

            - Ma chère, je suis persuadé que vous savez très bien qui je suis, répliqua-t-il avec amusement.

            Il renifla le whisky et eut une petite moue déçue. Il n’en remplit pas moins largement les quatre verres, m’en tendit un que je fus incapable de refuser et prit place dans le fauteuil en face de moi, croisant les jambes avec élégance. Il but une gorgée de whisky et fit claquer sa langue sur son palais.

            - Mmh, pas si mauvais finalement, fit-il d’un ton presque joyeux.

            Il avala une nouvelle rasade, tandis que des bruits de plus en plus étranges me parvenaient de la salle de bain. Je crus percevoir un hennissement. Mais comme je tournai la tête vers là-bas, ses yeux bleus comme des lagons accrochèrent les miens, m’obligeant à reporter mon attention sur lui.

            - Vous savez qui je suis, répéta-t-il doucement. Prononcez mon nom.

            Je secouai la tête, incapable de m’y résoudre.

            - C’est stupide, marmonnai-je. Ce n’est pas possible, je suis en train de rêver. Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas !

            Sa réaction fut si violente que je crus qu’il allait me tuer. Il se redressa brusquement, ses yeux prirent une horrible couleur rouge sang et son crochet fendit l’air. Il explosa le dessus en verre de la table basse, l’éparpillant en mille morceaux dont certains vinrent frapper mon visage, heureusement sans me blesser. Abandonnant son verre qui alla se briser à son tour, il enjamba les débris et colla son crochet sous ma gorge.

            - Ne répétez plus jamais ça ! gronda-t-il.

            - Je suis désolée ! balbutiai-je. Je vous en prie… ne…

            - La ferme ! fit-il brutalement.

            La pression de son crochet s’accentua sur ma peau tandis que sa main se glissait dans mes cheveux pour s’assurer de mon immobilité. Son visage n’était qu’à quelques centimètres du mien et j’avais l’impression que ses yeux allaient déverser sur moi des torrents de lave si je ne trouvais pas le moyen de le calmer. Il y eut un dernier bruit du côté de la salle de bain, puis le son de pas qui se rapprochaient, le son de sabots, mais il n’y prit pas garde, continuant à me fixer, vibrant d’une rage indescriptible.

            - Crochet ! fit soudain une agréable voix masculine soulevée par la colère. Lâchez-la tout de suite !

            - Il a raison, Capitaine, intervint une autre voix. On a besoin d’elle, vous pouvez pas la tuer !

            Il les ignora superbement, bougeant légèrement son crochet jusqu’à ce que ce ne soit plus l’arrondi mais la pointe qui fasse pression sur ma gorge.

            - Qui suis-je ? murmura-t-il.

            Je déglutis.

            - Vous êtes…, commençai-je.

            Je m’interrompis, terrifiée par les flammes dans ses yeux.

            - Oui ? m’encouragea-t-il. Je suis…

            - Le Capitaine James Crochet, complétai-je lentement.

            Il eut un sourire horrible.

            - Bien. Mais est-ce que vous croyez vraiment à ce que vous venez de dire ?

            Malgré mon peu de liberté de mouvement, je parvins à hocher la tête.

            - Oui ! J’y crois ! J’y crois…

           Il se redressa brusquement et je fis un violent effort pour ne pas éclater en sanglots. Je levai timidement la tête vers lui. Il me toisait d’un air glacial, mais ses yeux avaient retrouvé leur couleur bleue. Soudain une épée se pointa sur sa gorge. Je tournai la tête.

            Il semblait qu’un troisième homme avait traversé ma baignoire. A peine plus petit que Crochet, il était tout aussi mince et dans une toute aussi bonne forme physique. Il avait les cheveux aussi blonds que ceux de Crochet étaient noirs et ses yeux étaient d’un vert intense, brillant comme deux émeraudes. Il était d’une beauté superbe, ses traits étaient doux et nobles, respirant l’intelligence, son attitude à la fois simple et aristocratique. Il était richement vêtu, mais sans ostentation. Derrière lui se tenait un élégant cheval blanc au regard fier. Le Prince…

            Le nouvel arrivant continuait à menacer Crochet et les deux hommes se défiaient du regard. Mouche se dressa soudain entre eux.

            - Messieurs, je vous en prie, piailla-t-il, je croyais qu’on avait décidé de s’allier ! Prince… Capitaine…

            D’un revers de crochet, ce dernier écarta l’épée du Prince et s’éloigna pour chercher le reste de la bouteille de whisky. La tension diminua un peu. Le Prince rengaina aussitôt son arme et se précipita vers moi d’un air plein d’attentions. J’eus un mouvement de recul et il s’immobilisa aussitôt.

            - Vous n’avez rien à craindre de moi, mademoiselle, fit-il d’une voix exrêmement douce. Je suis désolé pour ce qui s’est passé. Vous êtes blessée ?

            Je le dévisageai un long moment, avant de finir par secouer la tête.

            - Je n’ai rien, murmurai-je d’une voix rauque. Si vous m’expliquiez ce qui se passe ici. Et d’où sort ce cheval…

            Le Prince eut un sourire indulgent.

            - Je comprends que vous soyez choquée, mais je vous assure que nous ne vous voulons aucun mal, même si certains d’entre nous ont tendance à s’emporter un peu vite. Quant au cheval… ma foi il est passé par votre baignoire, comme nous tous. Je ne peux m’en séparer et vous comprenez certainement pourquoi je ne voulais pas laisser ces messieurs venir vous chercher seuls.

            - Me chercher ? répétai-je d’un air ahuri. Je ne peux pas y…

            Un crochet apparut soudain dans mon champ de vision, me forçant à m’interrompre. Crochet me tendit un nouveau verre de whisky, le précédent s’étant répandu sur le canapé.

            - Buvez avant de dire une stupidité, fit-il sèchement.

            Le Prince lança un regard noir au pirate avant de me sourire.

            - Buvez, m’encouragea-t-il, ça va vous faire du bien.

            Bien plus que le soutien amical du Prince, ce fut l’ordre de Crochet qui me poussa à avaler ce verre. Il y avait quelque chose chez cet homme qui faisait qu’on ne pouvait lui désobéir. Je descendis le whisky d’un trait, manquant de m’étouffer. Un instant j’eus envie de vomir, mais cela passa comme un feu continu s’allumait dans mes entrailles. Je toussai, rougissante, avant de m’efforcer de reprendre mes esprits.

            Le Prince s’assit près de moi sur le canapé et prit ma main avec douceur. Du coin de l’œil je vis Crochet murmurer quelques mots à l’oreille de Mouche et les deux pirates pouffer de rire. Le Prince les ignora et se rapprocha de moi.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 16/09/2008 14:20

j'y crois ! j'y crois ! je bois, je bois ;-)

Anaïs 08/09/2008 10:47

Merci pour vos commentaires, j'espère que la suite sera à la hauteur ! :o)
Et si ça peut vous permettre de découvrir le roman de Barry, je serais plus que ravie que mon modeste texte ait au moins servi à ça ! :o))

Einsam 07/09/2008 11:27

Un tel art de maintenir le suspense à son summum ... j'en suis presque jalouse ! Néanmoins envers et contre tous je reste fan de ce style captivant qui est le tien et qui dans le cas présent m'a collé l'envie de découvrir l'oeuvre littéraire sur laquelle tu t'es basée pour créer ce mini-roman, ne connaissant pour le moment que le dessin animé de Disney.
La description de Crochet est pour moi magistralement écrite, car tu réussis à la rendre réellement dangereux et en même temps fascinant, plus que le Prince même dont pourtant j'avoue ne rien connaître pour le moment.
Pour résumer : vivement la suite !!! ^^

Anntoria 07/09/2008 11:23

Un ticket avec le Prince ?? lol
Ben dis-donc il peut s'en passer des choses dans une salle de bain !!
Vivement la suite :-)

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