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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 16:28

Bonjour !

Comme promis hier, voici la première partie d'un nouveau texte. Le terme de "nouvelle" ne convient pas vraiment, puisqu'il s'agit davantage d'un mini-roman. C'est un texte sans prétention que j'ai écrit avant tout pour me faire plaisir. J'espère qu'il vous amusera. :o) Une fois encore, c'est un texte qui est vieux de plus de quatre ans, donc un peu d'indulgence pour le style... O;o)

Bonne lecture et bon week-end !
@+




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Certains pensent qu’avoir la nostalgie de l’enfance est une idiotie, qu’on n’y était pas plus heureux, ni plus libre. Ceux-là n’ont pas complètement tort. Même si on la sublime souvent, l’enfance n’est pas une période idyllique dans la vie d’un être humain. Un enfant peut souffrir autant qu’un adulte. Mais là où ces bien-pensants se trompent, c’est justement lorsqu’ils s’imaginent que cette nostalgie porte sur un lointain bonheur perdu. Ce que l’on regrette une fois adulte c’est bien davantage un regard, une capacité à voir le monde autrement. Un adulte voit avec son intelligence, avec ses connaissances, ses normes sociales. Un enfant voit avec son cœur et son imagination, et il est capable de tout voir. Et de croire à ce qu’il voit. Les croyances de l’adulte ne sont pas celles de l’enfant, elles sont confinées dans son étroitesse. Lorsque le corps et l’esprit grandissent, on dirait souvent que l’âme se rétrécit. L’enfant est encore ouvert.

            Cette histoire n’est rien d’autre qu’un pied de nez à la réalité, un miroir tendu vers la petite lumière qui s’échappe encore des yeux de cet enfant malicieux caché en nous. Sourions-lui à cette petite ombre joyeuse, et le temps d’un ou deux battements de cœur chantonnons avec elle : j’y crois ! J’y crois…

 

            Tout a commencé lorsque je suis allée voir Peter Pan au cinéma. Enchantée par les adorables bouilles de Peter, Wendy et les autres garçons, charmée par l’élégance cruelle du Capitaine Crochet, je me jetai sur le livre que je dévorai en une après-midi, bénissant James M. Barrie pour le simple fait d’avoir existé. Lorsque je reposai l’ouvrage j’avais la tête remplie d’un feu d’artifices d’images colorées et vivantes.

            Je repensai à la séance de cinéma, à la salle pleine d’enfants impatients, sentant les larmes me monter aux yeux. J’avais sans doute été invisible pour tous ces spectacteurs dont la moyenne d’âge était bien en-dessous de douze ans, mais je m’étais sentie tellement bien, assise au milieu d’eux à écouter leurs commentaires à haute voix qui faisaient grincer les dents de certains adultes stupides, à savourer leurs exclamations, et leurs rires. Cela avait été une sensation si curieuse, si troublante, quelque chose à mi-chemin entre le bonheur et le désespoir.

            Peter Pan… Devenu en moins d’un siècle bien plus encore qu’une légende. Tous les enfants grandissent. Sauf un.

            Ce fait ne choque pas les enfants. Pas plus que ne les choquent le fait qu’eux devront grandir. Ils veulent grandir et ils aiment Peter Pan justement à cause de cela, parce qu’ils savent qu’ils ne seront jamais comme lui. Sage vision des choses.

 

            Je me retrouvai donc assise sur mon canapé, des sanglots plein la gorge, les larmes formant des prismes de lumière dans mes yeux. Je voulus me sermonner, me dire que j’étais d’une sensiblerie affligeante, que j’avais, malheureusement, passé l’âge de ce genre de gamineries. Cette dernière pensée me fit l’effet d’une douche froide, ou plus exactement quelque chose proche de l’effet que doivent ressentir les cosmonautes lorsqu’ils cessent de se mouvoir en appesanteur et ploient à nouveau sous le poids de la gravité terrestre. Vingt-deux ans, vingt ans de trop. Il était plus que temps de grandir, de devenir adulte. Mais alors que je puisais dans ces réflexions une force glaciale, je fus brusquement happée par une vague de tristesse qui m’échoua sur un rivage de pleurs. Renonçant à lutter je me recroquevillai sur le canapé et m’abimai dans mes sanglots.

 

            Lorsque je me réveillai la nuit était tombée depuis un long moment et mon petit appartement était plongé dans les ténèbres. J’ai toujours eu peur du noir que mon imagination sait peupler de dangers plus absurdes, et donc effrayants, les uns que les autres, et me réveiller ainsi me fut particulièrement désagréable. Malgré de vives auto-remontrances, je pouvais sentir une pénible tension traverser mon dos lorsque je me redressai pour allumer la lampe posée à un mètre de moi. Un mètre d’ombres frôlantes. Je fus soulagée lorsque la lumière inonda la pièce, m'éblouissant vivement. Je sursautai brusquement en voyant une ombre se refléter dans l’écran de la télévision, avant de comprendre que c’était ma propre image. Je m’adressai un ricanement bien mérité tout en frissonnant malgré moi.

            Un regard à ma montre m’apprit qu’il était minuit moins dix. Je m’étirai. J’avais mal partout, une pénible contracture dans le dos, j’avais froid et je me sentais vidée. Je songeai qu’un bon bain me ferait le plus grand bien avant de regagner les bras de Morphée et me rendis dans la salle de bain. Je restai un moment à regarder l'eau remplir la baignoire, me chauffant contre le radiateur. Je tombais de sommeil.

            Au moment où j’allais m’endormir il y eut soudain un formidable coup de tonnerre, aussitôt suivi de la cloche de l’église voisine qui sonnait les douze coups de minuit. Brutalement ramenée à la réalité, je jetai un coup d’œil par la fenêtre.

            Une multitude d’éclairs zébrait le ciel, incendiant la ville d’une lueur apocalyptique, et le tonnerre rebondissait d’immeuble en immeuble dans un grondement furieux. Je passai sur l’incongruité d’un orage aussi violent vu la saison et me précipitai pour débrancher tous les appareils qui risquaient quelque chose. Ce fut également en courant que je revins dans la salle de bain pour fermer les robinets au moment où la baignoire allait déborder. Je poussai un soupir de soulagement. J’avais échappé de peu à la catastrophe. Du moins était-ce ce que je croyais.

            Essayant d’ignorer bravement les éléments qui se déchainaient à l’extérieur, je soufflai sur la mousse qui couvrait la surface de l’eau pour l’écarter. Je remontai ma manche pour retirer le bouchon et obliger l’eau à me laisser un peu de place, mais je ne devais jamais plonger la main dans la baignoire fumante.

            Une bulle apparut soudain à la surface, s’arrondissant, émergeant de plus en plus jusqu’à éclater doucement. Surprise, je me redressai légèrement. Déjà une seconde bulle se frayait un chemin pour rejoindre la première. Puis une troisième, une quatrième, une cinquième… Brutalement l’eau se mit véritablement à bouillonner, débordant allègrement. Inutile de dire que cette fois je reculai franchement.

            Mes fesses rencontrèrent un meuble et je m’y agrippai d’une  main tout en cherchant de l’autre une arme potentielle. Sans cesser de fixer l’eau qui commençait maintenant à former un véritable tourbillon, je brandis soudain devant moi… un sèche-cheveux. Piètre moyen de défense, mais je devrais me contenter de cette arme de séchage massif pour contrer cette attaque surnaturelle.

            Les yeux écarquillés, partagée entre la fascination, l’excitation et surtout la terreur, je vis l’eau de ma baignoire s’écarter à la façon de la Mer Rouge et un homme surgir lentement de nulle part. Je demeurai stupéfaite par son aspect.

            Il mesurait un bon mètre quatre-vingt, ce qui ne lui posait cependant aucun problème pour sortir lentement d’un étrange brouillard qui cachait le fond de la baignoire. Il était mince, mais dégageait tout de même une certaine puissance physique. De longs cheveux noirs bouclés, un teint hâlé, une moustache et une barbiche impeccables, et des yeux d’un bleu d’une intensité presqu’effrayante renforçaient un charme vénéneux. Il portait de somptueux vêtements à la couleur cramoisie que je reconnus malgré moi. Mais le plus extraordinaire de tout était qu’à la place où aurait dû se trouver sa main droite émergeait de sa manche un crochet au métal luisant. J’en restai bouche bée.

 

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Anaïs 04/02/2009 14:09

Pas de problème ! Y a pas d'obligation... même si j'attends tes commentaires avec impatience ! ;o)

Sarah 24/01/2009 17:19

je t'avoue que mes yeux son fatigués, mes cheveux crépés et mes cils du haut collés à mes cils du bas. ( en plus je me suis eclaté le doigt à l'équitation. Merci seigneur ! )Donc les 27 parties du "mini-roman" seront rongés par mes yeux et mon cerveau demain. Promis juré craché ! ( je vais quand même pas cracher sur la super nouvelle moquette verte ?! Si ? )

brice le "schnaké" 23/09/2008 16:54

classe!!!!
cela m'inspire terriblement!

Dharmakylune 16/09/2008 14:07

dire que je me douche et laisse sécher mes cheveux à l'air ou à la serviette, et voilà à côté de quoi je passe !! vite la suite ;-)

Anntoria 07/09/2008 10:49

Prenant ! J'attends la suite avec impatience !
Le début du texte sur l'enfance est tellement vrai...

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