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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 09:08
Hello !

Et ça continue ! :o)


                                                                                              4


        Neo avait mal à la tête. Des voix chuchotaient autour de lui, bourdonnant dans ses oreilles comme des insectes indésirables, tournoyant autour de lui comme des volutes de brouillard sonore. Sans ouvrir les yeux, Neo tenta de reconnaître le film dont il s’agissait.

            - On dirait qu’il reprend conscience, disait une femme.

            - J’espère que le choc qu’il a pris sur le crâne ne laissera pas de séquelles, répondait un homme. Il faudra lui faire un scanner…

            Neo fronça les sourcils intérieurement. Il ne se souvenait pas de ce film. Il voulut se redresser pour regarder les images, mais retomba sur son oreiller dans un gémissement, le front comme transpercé.

            - Ne bougez pas, souffla une voix douce.

            Neo se rendit brusquement compte que la voix du film s’adressait à lui. Il ouvrit aussitôt les yeux. Il ne s’agissait pas d’un film. C’était la réalité.

            Une jeune femme était penchée sur lui et un homme d’âge mûr se tenait derrière elle. Tous deux le dévisageaient avec bienveillance. Il était couché dans un lit bien plus confortable que celui qu’il avait occupé pendant quinze ans et les murs de la chambre où il se trouvait n’étaient pas gris, mais couverts d’une tapisserie d’un agréable rouge cramoisi. Il n’y avait pas d’écran.

            Neo voulut parler, mais il ne réussit qu’à émettre des sons incompréhensibles même pour lui-même. La main de la jeune femme caressa sa joue.

            - Ne parlez pas, vous avez besoin de repos, fit-elle encore de cette voix merveilleuse. Vous êtes en sécurité ici. Nous sommes des amis de Vladimir Ador, vous n’avez rien à craindre. Ne pensez qu’à vous reposer.

            Neo acquiesça vaguement, un sourire aux lèvres et laissa ses paupières retomber. Il avait réussi, il s’était évadé. Il était libre. Libre, libre, libre… Comme ce mot résonnait joyeusement dans sa tête, tel les cloches de la victoire, Neo se rendormit et pour la première fois depuis des années plongea dans un sommeil sans rêve.

            Lorsqu’il se réveilla, ne sachant trop combien de temps s’était écoulé, il était seul dans la chambre. Son front était encore douloureux, particulièrement quand il bougeait les sourcils, mais il se sentait nettement mieux. Il s’assit prudemment au bord du lit, entièrement nu. Mais comme cela ne provoquait aucune sensation désagréable, il se leva lentement. Il eut un léger vertige, mais celui-ci disparut dès qu’il fit quelques pas.

           Il faisait agréablement chaud dans la pièce et Neo ne prit pas la peine de s’habiller, jouissant de la liberté de la nudité. Il examina rapidement la chambre. Elle ne contenait que peu de meubles, le lit, une table de chevet, une sorte de petit bureau et un fauteuil, mais elle était propre et confortable, le sol couvert d’une épaisse moquette, des tableaux accrochés aux murs. Neo examina ces derniers avec ravissement. Toutes les peintures représentaient l’océan. La liberté.

            Ne pouvant s’empêcher de sourire, Neo se dirigea vers les deux grandes fenêtres fermées par des rideaux. Il écarta l’un d’eux et une vive lumière pénétra aussitôt dans la pièce, bouquet de rayons solaires qui avaient réussi à transpercer les nuages de pollution. Neo eut la sensation délicieuse de sentir la lumière caresser sa peau. S’approchant encore davantage de la fenêtre, il plongea le regard à l’extérieur.

            A en juger par l’enseigne qui clignotait juste en dessous de sa fenêtre, il se trouvait dans un hôtel. Le bâtiment se trouvait dans une rue très fréquentée et une foule bigarrée se pressait sur les trottoirs tandis que des voitures, des camions, des deux-roues, se croisaient sur la large route. Neo demeura comme fasciné. Il n’avait jamais assisté à un spectacle pareil ailleurs que sur l’écran. Bouillant de joie, il entrouvrit la fenêtre pour capter également les bruits et les odeurs de cette merveille : une société humaine en activité.

            Du mouvement de toutes parts, des voix, des explosions de moteurs, des bruits pétaradants, des cris, des rires, l’odeur d’un stand de hot-dogs installé juste à l’entrée de l’hôtel, le bruissement de la foule en marche, les couleurs des vêtements, rouges, bleus, verts, noirs, les visages des gens, affairés, flânant, bavardant avec un ami, achetant un journal, sortant d’un magasin chargés de paquets, mangeant un sandwich dégoulinant, trébuchant, rougissant, apostrophant les voitures, les deux-roues qui passaient trop près du trottoir.

            Neo observait tout avec l’avidité d’un affamé, à la fois impressionné, exalté et désespéré, se rendant compte de tout ce dont on l’avait privé pendant des années. Il fixait les passants avec une intensité proche de l’amour, une sorte de passion qui s’emparait de lui, une identification brutale et totale avec ces êtres libres qui allaient et venaient sans avoir la moindre conscience de leur chance. Neo se mit à les aimer autant qu’il s’aimait lui-même, car désormais il était comme eux, il était libre.

            Cette pensée répandait en lui une douce chaleur lorsque la porte de la chambre s’ouvrit soudain. Neo se retourna d’un bond. La jeune femme qu’il avait aperçue à son réveil se tenait à l’entrée, le regardant avec un sourire amusé.

            - Bonjour ! lança-t-elle joyeusement.

            Neo ouvrait la bouche pour lui répondre lorsqu’il réalisa qu’il était entièrement nu. Sans réellement comprendre pourquoi il n’en éprouva aucune gêne. Il lui rendit son sourire et son salut.

            - Je vous ai apporté des vêtements, poursuivit la jeune femme en jetant un sac en plastique sur le lit. Mais si vous vous sentez plus à l’aise comme ça… ! ajouta-t-elle avec un rire.

            Neo sourit encore. Tout lui paraissait merveilleux en ces instants.

            - Vous avez un rire superbe, murmura-t-il.

            La jeune femme rougit et détourna le regard.

            - Habillez-vous, monsieur Slave, répliqua-t-elle d’un ton de faux reproche. J’ai beaucoup de mal à me concentrer dans de telles conditions…

            Neo acquiesça et récupéra le sac. Il en tira un caleçon, un jean, un pull, des chaussettes et des chaussures. Il examina les vêtements comme s’il en voyait pour la première fois et les enfila lentement, avec un véritable plaisir. Puis il ôta le bandage qui entourait sa tête, découvrant qu’un pansement couvrait déjà son front. Il évita d’y toucher et jugea qu’il était prêt. La jeune femme lui tournait le dos, regardant par la fenêtre, dans l’exacte position où il s’était trouvé quelques minutes plus tôt. Il s’approcha d’elle silencieusement, posa une main sur son épaule et elle se retourna dans un léger sursaut. Elle s’écarta de lui et le jaugea de la tête aux pieds.

            - Contente de voir que c’est votre taille ! commenta-t-elle.

            - Je ne connais même pas votre nom…, souffla l’écrivain.

            Elle sourit.

            - Katrin.

            - Katrin… ?

            - Mon nom n’a pas d’importance. Vous devez me faire confiance, monsieur Slave. Je suis une amie de Vladimir. J’ai été chargée par notre groupe de vous faire visiter la ville et de veiller à ce que vous ne manquiez de rien, afin que vous puissiez jouir de votre nouvelle liberté.

            - C’est très gentil de votre part, répondit l’écrivain en plongeant ses yeux dans ceux de la jeune femme.

            Il voulut s’approcher d’elle à nouveau, mais elle s’esquiva encore. Neo retint un soupir. Il allait devoir être patient. Cependant Katrin avait gagné la porte.

            - Vous venez ? lança-t-elle. Il est bientôt midi et j’ai réservé une table dans un petit restaurant français ! Vous verrez, leur cuisine est délicieuse !

            Neo eut une grimace amusée.

            - Ce sera toujours meilleur que ce que j’ai l’habitude de manger ! répliqua-t-il.

            - La cantine des sections de production, hein ? fit la jeune femme en riant. Moi non plus je ne supportais plus leur mixture à la fin !

            - Vous avez travaillé là-bas ? fit Neo avec stupéfaction.

            Un instant le regard de Katrin se voila.

            - Malheureusement…, murmura-t-elle.

            Elle parut se forcer à retrouver sa bonne humeur.

            - Mais on m’en a sortie ! Comme vous ! Et maintenant, venez ou nous allons être en retard !

            Elle ouvrit la porte et sortit. Neo jeta encore un regard joyeux sur la chambre et lui emboîta le pas.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakylune 16/06/2008 09:51

c'est jouissif cette fièvre de liberté ! à poil et je prendrais bien un bouquet de tableaux ;-)

Lothar 13/06/2008 10:39

Ah évidemment le gars qui se balade tout nu dans sa chambre ^^ c'est bien du Anaïs CROS ça ! Ahahah
L'histoire est toujours aussi intéressante et j'attends encore la suite ;o)

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