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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 09:38
Et voilà la suite !

Bonne journée !
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                                                                                                    3

           Neo frémit en entendant le bruit de pas se rapprocher. Il se ratatina encore plus dans l’obscurité, s’efforçant de respirer le plus silencieusement possible, tandis que le garde s’approchait des bennes. Les doigts crispés sur la corde qu’il avait bien trouvée à la place prévue, Neo entendit le garde allumer une cigarette et jeter le paquet vide parmi les autres déchets. L’homme poussa un long soupir et resta un moment à fumer, immobile, à moins de trois mètres de Neo. Le silence était tel que le fugitif pouvait entendre le grésillement de la cigarette et commençait à craindre que les battements effrénés de son cœur ne le trahissent.

            Cependant il y eut soudain un petit bip et une voix nasillarde sortit de l’émetteur accroché à la ceinture du garde, lui ordonnant d’aller vérifier un autre secteur. L’homme soupira encore, jeta sa cigarette à demi-consumée et s’éloigna en grommelant des paroles inintelligibles. Neo attendit un long moment, puis rampa dans l’ombre et attrapa prudemment le mégot. Il retourna aussitôt dans les ténèbres protectrices et se mit à fumer nerveusement la moitié de cigarette. L’odeur du tabac avait au moins l’avantage de couvrir les relents puants qui montaient des bennes. A en juger par le fumet appétissant, Neo devinait que les ordures devaient provenir de la cantine. A cette pensée un haut-le-cœur le saisit et il s’efforça d’en détourner son esprit.

            Recroquevillé dans le noir, il songeait que jusqu’à présent tout s’était plutôt bien passé. Mais presque aussitôt il lui apparut qu’il n’avait encore rien fait et que le pire restait à venir. L’envie de renoncer s’empara brusquement de lui. Renoncer, oui, ne pas courir ce risque, ne pas s’exposer ainsi. Après tout Vladimir s’était peut-être trompé, ou lui avait peut-être menti. Peut-être ne risquait-il rien en retournant tranquillement dans sa chambre, en retrouvant la sécurité de l’habitude. La mortelle sécurité de l’habitude…

           A la lueur rougeoyante de la braise de sa cigarette, Neo jeta un œil à sa montre. 23h10. Il était trop tard pour reculer. Il fallait aller jusqu’au bout, prouver qu’il était un homme et pas seulement une machine à fabriquer de la créativine. Oui, prouver qu’il existait et qu’il avait une volonté propre. Résister.

            Neo écrasa la cigarette contre la benne derrière laquelle il se cachait et enroula la corde autour de son bras, de façon à pouvoir lancer efficacement le grappin. Non sans présence d’esprit il n’était pas resté inactif pendant sa longue attente et en avait profité pour faire des nœuds à intervalles réguliers sur la corde afin de faciliter son ascension. Etant donné sa constitution physique, privée d’activité sportive depuis toujours et de nourriture depuis des semaines, il allait avoir énormément besoin de cette aide. Escalader le mur d’enceinte serait loin d’être une mince affaire.

            Moitié à quatre pattes, moitié rampant, Neo s’extirpa lentement de sa cachette. Un large regard circulaire lui confirma qu’il n’y avait personne aux alentours. Il se releva et courut jusqu’au mur d’enceinte haut de plus de cinq mètres. D’une main tremblante, il saisit le grappin et le lança vers le ciel. Il y eut un bruit mate comme le métal cognait les briques, puis le grappin retomba brusquement. Surpris, Neo n’eut pas le temps de s’écarter et l’instrument vint frapper durement son épaule. Il se mordit le poing pour étouffer un cri et resta un instant prostré par la douleur, appuyé contre le mur.

            Mais peu à peu son esprit s’éclaircit et la peur noua à nouveau son ventre. Il regarda longuement autour de lui, ne vit personne et ramassa le grappin avec un juron sourd. La seconde tentative fut la bonne. Neo se suspendit à la corde et elle tint bon. Il entreprit aussitôt de grimper malgré la souffrance lancinante qui partait de son épaule et irradiait dans sa nuque. Progressant tant bien que mal, il parvint à atteindre le haut du mur.

            A califourchon au sommet, il s’accorda un instant de pause, massant son épaule endolorie, puis entreprit de ramener la corde vers lui, pour la laisser pendre de l’autre côté. Il n’avait pas tiré un mètre de corde qu’un projecteur se braquait soudain sur lui, l’éblouissant violemment. Il sursauta brusquement, manquant de peu de tomber.

            - Ne bougez plus ! hurla une voix stridente tandis qu’une alarme se déclenchait. Ne bougez plus !

            Pris de panique, Neo abandonna la corde et se suspendit par les mains, laissant son corps pendre dans le vide. Il ferma les yeux et lâcha. Il atterrit brutalement sur des pavés, roulant sur le sol, se cognant la tête contre le mur. Sans comprendre d’où lui venait une telle énergie, il se releva et se mit à courir dans la direction indiquée par Vladimir, ignorant le sang qui coulait dans ses yeux d’une profonde coupure au front.

            Il avait parcouru une cinquante de mètres, entendant s’ouvrir derrière lui la grande porte d’enceinte, puis les motos des gardes se lancer à sa poursuite, lorsqu’un lampadaire à la lueur tremblotante lui dévoila qu’il était arrivé devant le magasin de chaussures. Il accéléra encore l’allure et tourna dans la première rue à droite au moment où les motos le rejoignaient. Tandis que les gardes manœuvraient leurs engins pour s’engager à leur tour dans la ruelle, Neo fut à nouveau ébloui par la lumière de deux phares.

            Sans qu’il puisse rien distinguer de plus que des ombres, il sentit que quelqu’un attrapait sa main et le poussait dans la voiture. Celle-ci démarra en trombe, fonçant vers les motards. Les gardes tentèrent de se ranger, mais l’un d’eux percuta frontalement la voiture. Sa moto passa sous les roues du lourd véhicule, et l’homme s’écrasa contre le pare-brise dans un hurlement, avant de passer par-dessus le toit.

            En se retournant, Neo le vit par la vitre arrière, inerte sur le sol tandis que ses collègues se précipitaient vers lui. L’écrivain se rendit brusquement compte qu’il était si essoufflé qu’il n’arrivait plus à respirer. Il étouffait malgré tous ses efforts pour contrôler ses inspirations. Paniqué, il lutta un moment, avant de s’évanouir.

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Published by Anaïs Cros - dans Textes
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commentaires

Dharmakyliune 12/06/2008 15:49

Trépidant !!!!!!!! la suiiiiiiiiiiite :-)

Lothar 12/06/2008 11:12

Houhou c'est plein d'adrénaline tout ça ! Chouette chouette !

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  • : Les Lunes de Sang
  • Les Lunes de Sang
  • : Je suis auteur et le but de ce blog est de communiquer avec mes lecteurs, autour de ma série de fantasy Les Lunes de Sang et de mon roman fantastique La Mer des Songes, mais aussi de futures publications éventuelles, de manifestations auxquelles j'aurais l'occasion de participer, etc. Pour en savoir plus sur mes romans, n'hésitez pas à cliquer sur les catégories qui portent leur nom. Et pour me contacter, laissez un commentaire. Je reviendrai vers vous dès que possible. Merci de votre visite !
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